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Extrait

Le Théâtre du Corps

Auteurs : Marie-Claude Pietragalla, Soisic Belin
Editeur : Presses de la Renaissance

Ce fut ma première fois et, comme pour toutes les premières fois, on ne souhaite qu'une seule chose, que tout se passe pour le mieux, dans le meilleur des mondes, être bien entouré, par des personnes fiables en qui on peut avoir confiance. Oui, car écrire à deux n'est pas chose aisée, cela requiert une attention de part et d'autre, cela implique une fluidité dans le dialogue, il faut que les esprits se marient élégamment et qu'entre eux se tisse la confiance.
Ce fut donc Marie-Claude Pietragalla, plus communément nommée Pietra, la danseuse étoile, comme certains ont tendance à la résumer.
Un message sur mon répondeur, une voix forte et douce, déterminée, un timbre rassurant, celui d'une femme passionnée qui souhaite s'exprimer et témoigner de la difficulté d'être indépendante dans le milieu de la danse.
Je la rencontre quelques semaines plus tard dans les loges du Grand Rex, c'est une femme immobilisée de force qui ne peut pas danser, qui s'inquiète mais qui reste positive. C'est ça, sa force ! Cette détermination, ce feu sacré qui l'anime, c'est un leitmotiv qui la pousse depuis sa plus tendre enfance et sa formation à l'Opéra de Paris. Nous sommes à un moment crucial, la présentation parisienne de son nouveau ballet, M. et Mme Rêve, un spectacle conçu par elle et Julien, le chorégraphe et codirecteur du Théâtre du Corps, un spectacle qu'elle est dans l'obligation de décliner et d'offrir à une de ses danseuses.
J'ai tant de choses à évoquer avec elle : son parcours, sa danse, sa vie de chorégraphe, de directrice de compagnie, le Théâtre du Corps... Continuer, évoluer, créer, croire et se donner les moyens d'accomplir ses rêves. Ce sont des chutes qui l'ont façonnée, tant physiques que psychologiques. Les événements de Marseille sont derrière elle. Je sens pourtant que le sujet est sensible, comme une blessure certes cicatrisée, mais qui s'irrite à chaque frôlement, et mes questions seront ces frôlements, je sais que nos entretiens seront douloureux parfois, mais je sais aussi qu'elle ne le montrera pas, elle y fera face car c'est comme cela qu'elle avance et qu'elle est ce qu'elle est, une femme forte, une femme vraie. Un modèle que j'ai envie de décrire, de défendre, peut-être même de devenir - car qui ne voudrait lui ressembler ?
Elle est un être d'une telle légèreté et d'un tel aplomb. Elle paraît si fragile et se dévoile si imposante, cette dichotomie me plaît, m'intrigue, me parle et m'inspire.
Pietra et Julien Derouault ne pouvaient pas être de meilleures premières fois, je ne pouvais pas trouver meilleur sujet que le Théâtre du Corps. Faire de la danse un art complet, y mêler le chant, les jeux d'acteurs et la musique, en tenant compte du public, car le spectacle vivant n'est pas égoïste, il se doit d'être partagé, il n'existe d'ailleurs que grâce à ce partage, ce dialogue entre celui qui donne et celui qui reçoit, les deux étant actifs dans le résultat final.
J'espère que la lecture de ce moment de vie vous sera agréable, du moins autant que furent pour moi son écriture et les instants partagés avec celle qui se raconte.