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Extrait

Un sac

Auteur : Solène Bakowski
Editeur : Milady

La famille de ma mère brillant par une absence exemplaire, personne ne s'enquit de la malheureuse. Les jours et les nuits passèrent, les semaines ensuite sans que personne ne se préoccupât du sort d'Élise Caravelle. Pendant ce temps, Monique Bonneuil, elle, était aux petits soins : elle préparait les repas que ma mère n’avalait pas, elle faisait le lit que ma mère ne rejoignait jamais, elle racontait des histoires que ma mère n’écoutait pas, elle la lavait, l’habillait, la déshabillait, la rhabillait sans que ma mère ne bronche. Devenue pantin désarticulé, ma mère se laissait porter, au propre comme au figuré. La vieille, elle, ne pouvant croire un seul instant à l’ampleur des dégâts, restait persuadée que ma mère n’avait rien besoin de plus que de se faire dorloter et que la vie, bientôt, reprendrait son cours. Pourtant, la situation s'éternisait et ma mère, emmurée vivante, restait désespérément en elle-même, sourde aux appels de la voisine et de la vie qui, l'air de rien encore, poussait ses entrailles un peu plus chaque jour pour se faire une place au chaud.
Ma pauvre mère ne ressemblait plus à grand-chose et les jours glissaient sur elle sans même qu'elle ne s'en rende compte. Ils se suivaient à l'identique, rythmés par le bruit profond de l’horloge du salon, horloge que la voisine tenait de sa marraine, qui la tenait elle-même de sa grand-mère et qu’elle espérait pouvoir à son tour léguer à quelqu’un. Cette horloge, que l’on se refilait de générations en générations, semblait avoir la sagesse de ceux qui regardent le monde depuis des lustres et qui savent.