Posée sur l'arc des Petites Antilles, la Guadeloupe est l'île la plus étendue, la plus belle aussi peut-être, à la fois battue par l'Atlantique et bercée par la mer des Caraïbes. Mais la Guadeloupe, c'est en réalité sept îles, à commencer par Karukera, comme on la nomme en créole, l'île principale, qui a la forme d'un curieux et gigantesque papillon végétal. Les alizés l'auraient portée là, sous les tropiques, et cette indolente s'y serait plu - ne pouvant d'ailleurs plus bouger ses vastes ailes chargées de gommiers, de fougères, d'acomats-boucan et de palmistes-montagnes. Un vrai rêve de peintre obnubilé par le vert. Avec des touches d'orchidées...
Guadeloupe si douce, abandonnée : longues plages blanches de Sainte-Anne, plages noires de Trois-Rivières, anses bordées de mangroves et de cocotiers. Une île tropicale, grouillante et sonore de vie. Voici la pluie brève et brutale, et le vent qui monte - s'arrêtera-t-il ? Le cyclone, ici, est un monstre qui fait des ravages. Le volcan domine le paysage, Soufrière qui bouillonne, totem menaçant de la Guadeloupe, qui semble dormir pour l'éternité. Oui, ce «confetti d'empire» est un monde à part et à part entière. Saint-John Perse, natif de l'île, la célébra dans son oeuvre : «J'ai rêvé l'autre soir d'îles plus vertes que le songe où les navigateurs descendent au rivage en quête d'une eau bleue...»
Le charme des îles consiste à marier à tout instant l'inconciliable : sucre et rhum, grimaces et sourires. Les alizés et les cyclones. Les volcans et la végétation paradisiaque. Les souvenirs d'époques fastueuses et le péché originel de l'esclavage. L'indolence, les klaxons de bienvenue, la tchatche charmeuse et l'orgueil sourcilleux, les bouffées imprévisibles de violence. |