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L'Enfant de sable
De Tahar Ben Jelloun
Editeur : Seuil
Parution le : 1 Septembre 1985

"L'enfant que tu mettras au monde sera un homme. Il s'appellera Ahmed même si c'est une fille! J'ai tout arrangé". La femme accepte ce pacte grâce auquel elle est enfin en complicité avec son époux. Par l'auteur de«La Plus haute des solitudes».


Commentaires Amazon

2008-01-27Note : 3/5
La chute
Le livre est palpitant au début, mais globalement inégal.La fin m'a un peu décue, car elle décrit la chute d'un "homme" ayant fatalement choisi de sombrer et s'en plaignant.

"L'enfant de sable" nous plonge dans une histoire, inspirée d'un fait divers authentique: la terrible tragédie de la huitième enfant d'un couple désespéré de n'avoir eu que des filles. Ahmed naîtra homme dans un corps de femme, car son père l'a décidé.Il semble que l'amour ne peut être donné qu'à un enfant de sexe masculin, c'est pourquoi le jeune protagoniste semble heureux dans ses premières années.

Avec le temps, sa fausse identité le conduira à sa chute. Parqué dans sa solitude, souffrant de la folie de sa mère, de la passivité de ses soeurs, après la mort de son père, il se laissera mourir. Cette seconde partie est suffocante, troublante et parfois insoutenable. On se demande pourquoi il ne lutte pas, n'essaie pas de sortir de ce cercle vicieux conduisant irrémédiablement à sa perte. L'enfant de sable, s'émiettant, critique chez ses soeurs, le mal envahissant dont il est lui-même atteint: l'enfermement, le désespoir, la haine de soi et des autres.
Plusieurs personnages fantomatiques apparaissent alors et le récit devient cauchemardesque. L'histoire semble, comme le héros, mourir lentement, dans une longue agonie. Plus de lumière, une descente aux enfers éprouvante moralement et parfois insoutenable pour le lecteur.

Le livre charme cependant par sa poésie tournée vers une fascination pour le néant et l'anéantissement: "Je m'en vais sur la pointe des pieds. Je ne veux pas peser lourd au cas où les anges, comme il est dit dans le Coran, viendraient me porter jusqu'au ciel. J'ai vidé mon corps et j'ai incendié ma mémoire. Je suis né dans un faste et une joie fabriqués. Je pars en silence. Je fus, comme le dit le poète, "le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux". Je fus une erreur et je n'ai connu de la vie que les masques et les mensonges."

2007-04-28Note : 4/5
Un être évanescent
L'enfant de Sable est un poème. Un poème incandescent, un vertige embrasé qui dévoile la destruction d'une identité.
Tahar Ben Jelloun, écrivain franco-marocain du XX siècle, met souvent en scène des personnages marginaux voués à l'errance, refoulés dans le silence et l'indifférence. A travers une écriture chaotique et discontinue, approchant parfois la dimension du rêve, il fait immerger un langage interdit en rapport avec le corps, la sexualité et le statut de la femme.
Dans ce livre, L'enfant de Sable, il aborde surtout le thème d'une enfance saccagée, celle d'un enfant auquel on a volé son identité. Se matérialise alors dans un univers crépusculaire un personnage étrange, solitaire, sombre et cruel, dont les traits indéfinis sont modelés par diverses voix narratives.
Mais ce personnage semble n'apparaître que pour disparaître. Le jour de sa naissance est aussi celui de sa mort. A la nuit succède la lumière du jour ; à la guerre, la victoire. L'aube apporte la nouvelle de l'heureux événement et la réhabilitation d'un père qui jusque là n'avait eu que des filles.
Seulement, la victoire du père ne peut être qu'apparente, ce ne peut être q'une illusion. Car le mensonge agit souterrainement. La trahison subsiste. La bataille du Jour et de la Nuit est éternelle. Cet être qui déjà n'existe plus, cet être qu'il a créé échappera peut-être à son contrôle.
A travers ces mots, Tahar Ben Jelloun dénonce la condition de la femme qui est n'est pas reconnue. Il dénonce aussi le vol d'une identité, le « meurtre » d'un enfant, qui ne sera désormais qu'un « enfant de Sable », un être évanescent.

"Suite" : "La Nuit sacrée".

Extrait :
" Un livre tel que je le conçois est un labyrinthe fait à dessein pour confondre les hommes avec l'intention de les perdre. " (Le conteur)

2006-06-05Note : 5/5
La lecture de Patryck Froissart
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Titre : L'enfant de sable
Genre : roman
Editeur : Seuil (Paris, 1985)


Tahar Ben Jelloun est un sorcier, un forgeron, un griot détenteur du pouvoir de ces charmeurs de serpents, ou d'auditeurs, qui faisaient autrefois la magie de la place Jamaa El Fna, et qui apparaissaient régulièrement, fidèlement, à un endroit fixé de tous les souks villageois.
Le lecteur est transporté dès les premières pages sur le tapis persan, oriental, marocain.
L'histoire d'Ahmed, que son père a appelé de ce nom d'homme par honte d'avoir eu avant lui sept filles, est le récit d'abord intime, déchirant, lourd, d'une secrète histoire de famille. Seuls les parents, l'accoucheuse, puis l'intéressé(e), savent qu'Ahmed est la huitième fille.
Le roman n'est pas linéaire, reste inachevé, comporte des zones d'ombre, est à plusieurs voix, à plusieurs narrateurs qui se contredisent, ou se complètent, peut-être (au lecteur de choisir, d'imaginer, de remplir les vides), à la manière, justement, de ces récits interminables qui courent de place en place, de conteur en conteur, enjolivés, exagérés, personnalisés par les fantasmes de chaque diseur, comme les Mille et Une Nuits dont chaque conte aurait été composé par une personnalité différente.
Le Je des narrateurs, prétendus témoins, ou héritiers du cahier journal d'Ahmed, se mêle à celui du personnage, les versions s'entrecroisent, s'entremêlent, dans un jeu savant, labyrinthique, de miroirs, de routes, de lieux géographiques ou littéraires, où le narrateur auteur finit par se perdre lui-même, volontairement, avec délectation, jusqu'à s'identifier à au moins un autre grand auteur, qu'on reconnaît comme étant Jorge Luis Borges, dont le zahir apparaît brusquement dans les fils d'une histoire de plus en plus embrouillée, qui se dilue dans les sables du désert, c'est-à-dire l'intertexte.
On comprend que Le Clézio, lui-même conteur des sables et des déserts, ait aimé ce roman qui n'a pas de fin, et qui a toutes les fins : « Tahar Ben Jelloun sait nous retenir au bord du sommeil par quelque rebondissement possible qu'il fera attendre jusqu'au matin, surtout qu'au bout il y a le Secret, une Toison d'Or, qui est la récompense du lecteur et le cadeau du scribe... ».
A chacun d'y découvrir son propre secret.
Patryck Froissart, le 3 mars 2006





2003-11-16Note : 5/5
Au delà de la réalité
Dans une approche directe, on est confronté à une société où l'homme et la religion sont les seuls au pouvoir. La femme, tenue à l'écart, n'a qu'à se soumettre à la volonté de l'un et de l'autre. De cet affrontement, naît Ahmed qui bouleversera les coutumes et les connivences. Ahmed, femme de nature, homme d'éducation relèvera le défi en s'appropriant les droits de l'homme mais n'arrivera pas à changer de peau...La confusion et la solitude seront les compagnons de cet être qui n'est point ordinaire. Les conteurs se disputeront sa vie et son histoire et Ben Jelloun, dans un art bien distingué réussira à créer l'intrigue, le sel des contes arabes.

2003-09-13Note : 4/5
Realité bien deguisée en ironie!!
Si j'avais lu ce livre sans connaitre le nom de l'écrivain, alors j'aurrai deviné que Tahar Benjelloun est l'auteur! Un style uncomparable...une belle histoire triste mais rigolotte au meme tps, á travers de laquelle il décrit la société marocaine, une société qui ne sait plus ou donner la téte au juste...modernité ou tradition...c ou le chemin le plus sure...choix difficile...car les deux chemins se croisent, pour se séparer de nouveau...et á mon avis Tahar est l 'un des écrivains rares, qui ont ce sens et la capacité de décrire ce paradoxe....
Mon commentaire peut apparaitre uncomprensible, mais j'en suis sure, que pas mal d'entre vous le comprendrait bien..et ce sont ceux, qui serrait mieux lire entre les ligne de ce livre "enfant de sable"!!!

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