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Aristote au Mont-Saint-Michel
Les racines grecques de l'Europe chrétienne
De Sylvain Gouguenheim
Editeur : Seuil
Parution le : 6 Mars 2008

Battant en brèche l'idée reçue selon laquelle l'Occident n'aurait découvert le savoir grec au Moyen Âge qu'au travers des traductions arabes, ce livre montre que l'Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec. C'est que le Mont-Saint-Michel constitue le centre d'un actif travail de traduction, notamment des textes d'Aristote, dès le XIIe siècle. Par ailleurs, l'hellénisation du monde islamique est plus limitée et partielle que ce que l'on raconte généralement, et elle fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta largement étranger à l'esprit grec. L'hellénisation de l'Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens. Si le terme de racines a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont grecques, celles du monde islamique ne le sont pas.

Vos avis

Tout à fait opportun ,documenté et argumenté loin de la vulgate bien-pensante multiculturellement correcte qui nous est assénée par des médias porte-voix...
Certains,comme moi, le savaient déjà mais cela va mieux en le disant et en dégonflant les baudruches des nouveaux dogmes implicites et inavoués et la doxa qui en découle comme un "catéchisme" qui ne dit pas son nom
Alexandre



Commentaires Amazon

2008-07-24Note : 1/5
Rien de bien nouveau
Rien de bien nouveau dans ce livre bourrés d'erreurs de fait et d'analyse qui prétend démontrer que l'Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l'héritage grec.

L'ouvrage va à contre-courant de la recherche contemporaine, qui s'est efforcée de parler de translatio studiorum et de mettre en avant la diversité des traductions, des échanges, des pensées, des disciplines, des langues. S'appuyant sur de prétendues découvertes, connues depuis longtemps, ou fausses, l'auteur propose une relecture fallacieuse des liens entre l'Occident chrétien et le monde islamique, relayée par la grande presse mais aussi par certains sites Internet extrémistes. Dès la première page, Sylvain Gouguenheim affirme que son étude porte sur la période s'étalant du VIe au XIIe siècle, ce qui écarte celle, essentielle pour l'étude de son sujet, des XIIIe et XIVe siècles. Il est alors moins difficile de prétendre que l'histoire intellectuelle et scientifique de l'Occident chrétien ne doit rien au monde islamique !

Il serait fastidieux de relever les erreurs de contenu ou de méthode que l'apparence érudite du livre pourrait masquer : Jean de Salisbury n'a pas fait aeuvre de commentateur ; ce n'est pas via les traductions syriaques que ce qu'on a appelé la Logica nova (une partie de l'Organon d'Aristote) a été reçue en Occident ; enfin, et surtout, rien ne permet de penser que le célèbre Jacques de Venise, traducteur et commentateur d'importance, comme chacun le sait et l'enseigne, ait jamais mis les pieds au Mont-Saint-Michel ! Quant à la méthode, Sylvain Gouguenheim confond la présence d'un manuscrit en un lieu donné avec sa lecture, sa diffusion, sa transmission, ses usages, son commentaire, ou extrapole la connaissance du grec au haut Moyen Age à partir de quelques exemples isolés. Tout cela conduit à un exposé de seconde main qui ignore toute recherche nouvelle - notons que le titre même de son livre est emprunté à un article de Coloman Viola... paru en 1967 ! Certains éléments du livre sont certes incontestables, mais ce qui est présenté comme une révolution historiographique relève d'une parfaite banalité.

On sait depuis longtemps que les chrétiens arabes, comme Hunayn Ibn Ishaq, jouèrent un rôle décisif dans les traductions du grec au IXe siècle. De plus, contrairement aux affirmations de l'auteur, le fameux Jacques de Venise figure aussi bien dans les manuels d'histoire culturelle, comme ceux de Jacques Verger ou de Jean-Philippe Genet, que dans ceux d'histoire de la philosophie, tel celui d'Alain de Libera, la Philosophie médiévale, où l'on lit : «L'Aristote gréco-latin est acquis en deux étapes. Il y a d'abord celui de la période tardo-antique et du haut Moyen Age, l'Aristote de Boèce, puis, au XIIe siècle, les nouvelles traductions gréco-latines de Jacques de Venise.» La rhétorique du livre s'appuie sur une série de raisonnements fallacieux. Des contradictions notamment : Charlemagne est crédité d'une correction des évangiles grecs, avant que l'auteur ne rappelle plus loin qu'il sait à peine lire ; la science moderne naît tantôt au XVIe siècle, tantôt au XIIIe siècle. Le procédé du «deux poids, deux mesures» est récurrent : il reproche à Avicenne et Averroès de n'avoir pas su le grec, mais pas à Abélard ou à Thomas d'Aquin, mentionne les réactions antiscientifiques et antiphilosophiques des musulmans, alors que pour les chrétiens, toute pensée serait issue d'une foi appuyée sur la raison inspirée par Anselme - les interdictions d'Aristote, voulues par les autorités ecclésiastiques, n'ont-elles pas existé aux débuts de l'Université à Paris ? La critique des sources est dissymétrique : les chroniqueurs occidentaux sont pris au pied de la lettre, tandis que les sources arabes sont l'objet d'une hypercritique. L'auteur enfin imagine des thèses qu'aucun chercheur sérieux n'a jamais soutenues (par exemple, «que les musulmans aient volontairement transmis ce savoir antique aux chrétiens est une pure vue de l'esprit»), qu'il lui est facile de réfuter pour faire valoir l'importance de sa «révision».

Au final, des pans entiers de recherches et des sources bien connues sont effacés, afin de permettre à l'auteur de déboucher sur des thèses qui relèvent de la pure idéologie. Le christianisme serait le moteur de l'appropriation du savoir grec, ce qui reposerait sur le fait que les Evangiles ont été écrits en grec - passant sous silence le rôle de la Rome païenne. L'Europe aurait ensuite réussi à récupérer le savoir grec «par ses propres moyens». Par cette formule, le monde byzantin et les arabes chrétiens sont annexés à l'Europe, trahissant le présupposé identitaire de l'ouvrage : pour l'auteur, l'Europe éternelle s'identifie à la chrétienté, le «nous» du livre, même quand ses représentants vivent à Bagdad ou Damas. La fin du livre oppose des «civilisations» définies par la religion et la langue et ne pouvant que s'exclure mutuellement. L'ouvrage débouche alors sur un racisme culturel qui affirme que «dans une langue sémitique, le sens jaillit de l'intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d'abord de l'agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. [...] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie [...] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu'elles défient presque toute traduction». On n'est alors plus surpris de découvrir que Sylvain Gouguenheim dit s'inspirer de la méthode de René Marchand (page 134), auteur, proche de l'extreme droite, de Mahomet : contre-enquête (L'Echiquier, 2006, cité dans la bibliographie) et de La France en danger d'Islam : entre Jihad et Reconquista (L'Âge d'Homme, 2002), qui figure en bonne place dans les remerciements. Il confirme ainsi que sa démarche n'a rien de scientifique : elle relève d'un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables.


Citons pour terminer Gustave Le Bon dans "La Civilisation des Arabes" (en 1884!) qui affirmait aux auteurs minimisant le rôle de l'appport de la civilisation islamique dans la transmission des sciences et de la philosophie grecque à l'Europe :

"Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c'est à des infidèles que l'Europe chrétienne doit d'être sortie de la barbarie, et une chose si humiliante en apparence ne sera que bien difficilement admise... Par leur influence morale, ils ont policé les peuples barbares qui avaient détruit l'empire romain ; par leur influence intellectuelle, ils ont ouvert à l'Europe le monde des connaissances scientifiques, littéraires et philosophiques qu'elle ignorait, et ont été nos civilisateurs et nos maîtres pendant six cents ans."

2008-07-20Note : 1/5
une manipulation de l'hstoire pour quelle idéologie?
Un texte très discutable avec des bases historiques biaisées, très dans la tendance actuelles de l'islamophobie
à manipuler avec des pincettes et en se bouchant le nez

2008-07-17Note : 1/5
Beaucoup d'erreurs, peu de nouveautés
Intrigué par la polémique et intéressé au sujet, j'ai acheté et lu le livre... pour en sortir fort déçu. En effet rien de ce que l'on n'y trouve n'est nouveau (l'auteur reprend nombre de travaux antérieurs de spécialistes, sans rien ajouter de nouveau si ce n'est quelques erreurs factuelles), tandis que la présentation est fortement biaisée: les arguments favorable à la thèse sont largement exposés, mais tous ceux pouvant la remettre en cause ignorés (en particulier le rôle des traductions de l'arabe aux XIIe et XIIIe siècle, particulièrement dans les domaines des mathématiques, de la médecine ou de la philosophie).

Bref il s'agit d'un livre "à charge" qui n'a pas grand chose de scientifique. Dommage, car le sujet méritait un bel ouvrage de synthèse en français. Je vous conseille donc plutôt de lire les ouvrages de Dimitri Gutas (par exemple Pensée grecque, culture arabe) pour une meilleure appréciation du rapport de la civilisation arabe au savoir grec

2008-07-16Note : 5/5
enfin la vérité
Enfin un auteur, qui sait de quoi il parle, qui ose dire la vérité sur les origines exactes et les transmissions du savoir occidental. Certes, cela ne plaira pas aux tenants de la pensée unique (de gauche si possible et proarabe à tout crin) ni à ceux qui ne pensent qu'au pétrole, mais il ne fait que rétablir un état de fait. Alors, il en y en aura toujours pour nous seriner que les arabes ont inventé le "zéro"... oui, et alors ? les Egyptiens ont construit les pyramides sans connaître le zéro, les Grecs et les Romains ont réalisé des prodiges d'architecture sans connaître le zéro et on accumuler les exemples. D'ailleurs parler de l'oeuvre civilisatrice de l'islam qui fait de la femme un non-être, qui exploite l'esclavage, qui interdit la représentation de l'Homme (bravo les progrès de la peinture, de la sculpture s'il n'y avait que l'islam).
Il faut à tout prix lire ce livre qui est une oeuvre de salubrité publique.

2008-07-10Note : 5/5
Un travail précis, documenté et nécessaire
Le livre de Sylvain Gouguenheim, écrit dans un style d'une très grande clarté, est un ouvrage essentiel pour permettre à tout un chacun de "re-comprendre" le Moyen-Âge de l'Europe occidentale et chrétienne. La richesse des notes et la rigueur de la documentation traduise le sérieux du trvaail accommpli par l'auteur.

La thèse exposée dans le livre est simple et peut être résumée par cette citation de la page 198 :
"En tout état de cause, le processus de progrès culturel et scientifique qui anime l'Europe médiévale des VIIIe-XIIe siècles paraît de nature endogène. Il est fort probable que, bénéficiant de cette dynamique, de sa quête séculaire du savoir grec, qu'illustre le courant de traductions établi autour du mont Saint-Michel, l'Europe aurait suivi un chemin identique même en l'abscence de tout lien avec le monde islamique. L'intermédiaire arabe, sans être inexistant, n'eut sans doute pas la portée décisive qu'on lui attribue ; quant à parler d'Islam des Lumières, c'est occidentaliser à l'excès la pensée des falâsifa et leur attribuer plus d'influence qu'ils n'en eurent au sein de leur propre société".

Au bout du compte, "Aristote au mont Saint-Michel" permet de conjurer la prédiction de Pauwels - « Quand on ne reconnaît plus les siens, c'est que l'on est plus des leurs. » - pour nous permettre de rédouvrir que notre Moyen Âge n'avait rien d'un âge sombre. Travail salutaire pour lutter contre les déformations idéologiques post-modernes, comme l'a été celui de Pétré-Grenouilleau sur l'histoire de l'esclavage.

Lien Internet

Polémique autour d'un essai sur les racines de l'Europe
Dans son livre "Aristote au Mont Saint-Michel", l'universitaire Sylvain Gouguenheim nie l'apport des intellectuels arabes dans la transmission du savoir grec à l’Europe au Moyen-Age. Islamophobie ? De nombreux spécialistes – notamment Alain de Libera, dont nous publions la tribune – s'insurgent contre la thèse contenue dans cet ouvrage.

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