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Cocteau : Sur le fil

Cocteau : Sur le fil

Auteur : François Nemer

Editeur : Gallimard

« Si j'écris, je dérange. Si je tourne un film, je dérange. Si je peins, je dérange. Si je montre ma peinture, je dérange et je dérange si je ne la montre pas. J'ai la faculté de dérangement. Je m'y résigne, car j'aimerais convaincre. Je dérangerai après ma mort. Il faudra que mon oeuvre attende l'autre mort lente de cette faculté de dérangement. Peut-être en sortira-t-elle victorieuse, débarrassée de moi, désinvolte, jeune et criant : Ouf ! » (Jean Cocteau, Journal d'un inconnu).Ouf ! en effet. Il aura fallu attendre trente ans pour que l'oeuvre de Cocteau sorte du purgatoire et se fasse connaître dans toute son extension. Trente ans pour qu'on cesse de considérer la dispersion de cette oeuvre sur tous les supports, sur tous les fronts de l'art, comme une faiblesse congénitale, mais plutôt comme une force singulière. Trente ans pour qu'on renonce, enfin, à la « ranger », à l'étiqueter. Ecrivain, poète, critique, cinéaste, dessinateur, animateur de la scène musicale française, Cocteau déploie des années dix aux années soixante une activité incessante, presque monstrueuse. Ni les tombereaux de haine qui accompagnent périodiquement ses manifestations publiques, ni son recours chronique à l'opium ne parviennent à freiner cette rage de produire, qui nous donnera entre autres chef-d'oeuvres Plain Chant, Thomas l'imposteur, Le Discours du grand Sommeil, Les Enfants Terribles, Les Parents Terribles, Opium, La Voix humaine, La Difficulté d'être, Le Sang d'un Poète, Orphée, La Belle et la Bête ... Dans une telle oeuvre, l'inverse exact du monolithe proustien, il faut faire le tri. Non que Cocteau s'étale ou tire à la ligne : il écrit vite, mais sec ; son style est nerveux, tout en muscles. Il dessine au trait et va droit à l'essentiel. Son cinéma, c'est le montage, « cut ». Seulement on mesure rarement à quel point la vie de Cocteau a été longue : ce dandy frivole et magnifique que Proust décrit dans La Recherche du temps perdu, est aussi l'idole de la nouvelle vague, l'ami de Truffaut. L'iconoclaste de Parade est aussi la vedette des années cinquante, l'habitué des galas et de la Croisette, l'alter ego de Jean Marais. Cette dernière image - sa dernière incarnation - est restée dans nos mémoires. Elle lui a beaucoup nui. Son dernier style graphique, figé, gauche, a fait oublier la grâce de son oeuvre antérieure. Son cinéma, parfait, son oeuvre poétique, magnifique, n'ont pu corriger cette image poussiéreuse. Il fallait donc tout reprendre du début, et passant en revue toutes les « vies » de Cocteau, y dégager une ligne de force, un fil à suivre, pour mieux comprendre une des plus singulières aventures artistiques du siècle passé.

François Nemer est co-commissaire de l'exposition Jean Cocteau, sur le fil du siècle, présentée à l'automne 2003 au Centre Pompidou. Il collabore à la revue Cinéma depuis sa création.

14,80 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
128 pages
ISBN : 978-2-0703-0154-6
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