Félicien Brédannes est le grand herboriste de Forcalquier. Un de ces hommes qui, à coups de médecines simples et de flacons compliqués, fait la nique au docteur officiel sans, toutefois, s'en faire un ennemi. Félicien est bienheureux en cette nuit de 1870. Il vient de faire l'acquisition d'un corbillard presque neuf qui, grâce à quelques aménagements de bon ton, deviendra la vitrine idéale pour ses futurs clients, ébahis devant tant de richesses et d'audace.
Mais, au détour d'un chemin, son destin va se glacer. Tandis que son cheval refuse d'aller plus avant, le grand Félicien découvre le meurtre le plus vengeur qui puisse exister: cinq cadavres bien alignés, des gendarmes implacablement mis en rang comme pour la parade, mais tués net par des professionnels qui aiment le spectacle au garde-à-vous. Dès lors, M. Brédannes s'en va mener l'enquête dans ses chères basses Alpes qui subissent, de près et de loin, les agitations politiques et les frayeurs de la chute de Sedan.
Biche et ortolans
Pierre Magnan offre tout autre chose qu'un roman historique ou régional. Il nous propose, dans une symphonie glorieuse, les parfums de la montagne de Lure et ceux des femmes, nobles ou commerçantes, délicatement troussées. Il nous raconte les dîners de la noblesse avec biche mitonnée et ortolans qui tournent l'esprit. Il évoque, au détour d'un crime et d'une mauvaise langue trop bien pendue la vie de ces années de guerre où la politique est aussi inquiétante que les bandits de grand chemin. Bref, il nous invite à une fête des sens et de l'esprit avec son héros, amateur de femmes et personnage malin autant que cultivé.
Admirateur et ami de Giono, Pierre Magnan peut s'enorgueillir d'en être le fils généreux. Il porte avec lui toute l'ivresse d'une région rude et violente où les hommes savent aimer et tuer avec la même vigueur. Ce livre est un hymne à la vie autant qu'à la mort, écrit avec la passion d'un romancier qui traque le mot juste et sonore comme il griffe la terre, avec fureur et générosité. eric
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