|
Fiche livre | | |
 |
 Cliquez pour agrandir | Se perdre De Annie Ernaux Editeur : Gallimard Parution le : 30 Mai 2002
« [...] Je n'ai jamais rien su de ses activités qui, officiellement, étaient d'ordre culturel. Je m'étonne aujourd'hui de ne pas lui avoir posé plus de questions. Je ne saurai jamais non plus ce que j'ai été pour lui. Son désir de moi est la seule chose dont je sois assurée. C'était, dans tous les sens du terme, l'amant de l'ombre.
[...] J'ai conscience de publier ce journal en raison d'une sorte de prescription intérieure, sans souci de ce que lui, S., éprouvera. À bon droit, il pourra estimer qu'il s'agit d'un abus de pouvoir littéraire, voire d'une trahison. Je conçois qu'il se défende par le rire ou le mépris, "je ne la voyais que pour tirer mon coup". Je préférerais qu'il accepte, même s'il ne le comprend pas, d'avoir été durant des mois, à son insu, ce principe, merveilleux et terrifiant, de désir, de mort et d'écriture. »
Annie Ernaux. | [Poche]Collection : FolioLa presse en parleIl y a une dizaine d’années, Annie Ernaux publiait un petit livre en forme de déclaration, Passion simple. Aujourd’hui, elle nous livre le matériau brut de ce roman, Se perdre, qui, outre les quelques pages d’introduction, se veut le journal de cette passion, consigné minutieusement jour après jour - Annie Ernaux tient son journal depuis ses seize ans. En mettant en lumière ce court opus au regard de sa matière première, l’auteur donne à penser, sur l’amour d’abord, ou plutôt ce sentiment dangereux d’appartenance, sur la littérature et le besoin d’écrire, ensuite. Durant toute son histoire avec « S », son amant russe, l’auteur se trouve justement dans l’impossibilité d’écrire autre chose que des commandes et ce journal, qui offre une « vérité autre » que celle de son roman ultérieur, néanmoins autobiographique.
Si Passion simple était un véritable concentré, elliptique et poétique, d’une histoire d’amour que chaque lecteur pouvait s’approprier, Se perdre est une histoire singulière, histoire vécue et soufferte. D’un côté le travail de l’écrivain, de l’autre celui de la femme. Encore que cette dichotomie commode ne s’applique pas au travail d’Annie Ernaux. Les deux ouvrages se répondent, créant une passionnante et vertigineuse mise en lumière du travail de l’auteur. D’une très grande pureté formelle, les deux ouvrages s’enchâssent pour livrer deux aspects d’une même histoire.
A posteriori, on finit même par douter qu’il n’y ait une quelconque spontanéité dans ces deux ouvrages, tant l’emboîtement semble parfait, quoique jamais pesant. Annie Ernaux joue sur un décalage des temps de la narration. Ainsi Passion simple (Passé simple ?) nous disait une histoire à l’imparfait. Se perdre joue, quant à lui, de l’infinitif et du temps présent, un présent à valeur d’intemporel. Des décalages temporels entre les romans, et au sein même des ouvrages, comme pour dire ce temps autre de la passion : « J’ai mesuré le temps autrement, de tout mon corps ».
Mais il y a également derrière cette recherche stylistique une volonté affichée de s’extraire de ce que l’on attend d’elle en tant qu’écrivain. Parlant d’élèves de littérature qui disent à la narratrice que « l’on doit écrire au présent ou au passé simple », elle répond : « J’écris au passé composé parce qu’on parle au passé composé. » Annie Ernaux ne cherche qu’à rendre compte le plus fidèlement possible de la vérité des sentiments et des possibilités infinies de la littérature.
Plus que l’histoire, banale et sublime à la fois, de la passion d’une femme et d’un homme marié, Annie Ernaux réalise avec ces deux opus le rêve caché de tous les lecteurs : leur faire pénétrer les secrets de l’écriture. Chloé S., Urbuz.com |
Commentaires Amazon| 2005-10-24 | Note : 4/5 | L'amant russe Dix ans après "Passion simple", Annie Ernaux revient sur cette histoire en publiant son journal de l'époque, de 88 à 89, durée où elle a perdu corps et tête pour un diplomate russe, âgé de trente-cinq ans, blond aux yeux verts, marié. De lui, on apprend vite qu'il aime les belles voitures de vitesse, les vêtements de marque, la boisson (vodka et whisky) et "paraître". Cet homme porte des slips hideux et fait l'amour en gardant ses chaussettes ! Cet homme aussi laisse lambiner Annie pendant des jours, puis des semaines, sans donner un coup de fil. Pourtant Annie a cet homme dans la peau, au point de perdre la tête, l'envie de vivre sans lui, le besoin d'écrire. Pendant cette période, elle n'a écrit que son journal. Lorsque l'amant quitte la France, elle pourra expurger sa douleur, son manque et le désir frelaté en écrivant donc "Passion simple", court roman percutant qui met à nu le désir d'une femme et la relation charnelle, passionnelle entre elle et son amant...Bref, "Se perdre" parle au présent, on y croit encore, même si l'histoire remonte à dix ans. L'Annie de quarante-huit ans est transparente dans son attente, son déchirement, son manque et son envie de Lui. Elle expose son désir de femme pour un homme plus jeune, l'expliquant par une envie de revivre des événements antérieurs (fin des années 50 et début 60). Plus que ça. Ce texte est criant, sans fard. Il dit la voracité, le besoin, la folie, la jalousie, la solitude. C'est gênant par moments combien cette femme brillante et intelligente peut s'abaisser à une telle désolation pour un homme qui la mérite à peine. Mais c'est une femme amoureuse, le désir a toujours fait partie de sa vie, explique-t-elle, quitte à la perdre ! Alors il faut lire ce journal d'une amoureuse exaltée, parfois rejetée, négligée. Si l'on est contre l'idée du voyeurisme ou opposée à l'auto-fiction, passez votre chemin... Sinon, en lisant pareille histoire, j'inclus Annie E. parmi les plus grandes amoureuses de l'histoire littéraire. Et j'ai aussi beaucoup aimé sa comparaison, vers la fin, avec Simone de Beauvoir et "Les mandarins".
| | 2001-12-26 | Note : 4/5 | De "passion simple" à passion vraie. Annie Ernaux, l'auteur du livre, peut très vite devenir une amie. Pourquoi? Parce qu'elle sait se livrer comme elle est, de la manière dont on aimerait tous et toutes pouvoir se dévoiler. Elle écrit son journal depuis ses 16 ans, et là, elle nous en livre un passage, court, certes, mais tellement intense. Qu'importe les mauvaises critiques lui reprochant un manque de pudeur, après tout, vous n'êtes pas obliger de le lire. S'il on décide de lire un "journal" c'est pour mieux connaitre son auteur. Voilà pour le premier point. Deuxième point, sujet du livre, "la passion", après " passion simple" , où, en quelques pages, on prend conscience de l'ampleur d'une passion et des dégats qu'elle occasionne, on réalise, par le biais de "Se perdre", qu'effectivement, une passion est forcement destructrice, et incontrolable. Tout en n'ayant conscience de son erreur, le sujet de la passion n'a d'yeux que pour son objet, comment dans ce cas ne pas craindre de rencontrer notre propre "S"?...
|
Donnez votre avis  Acheter ce livre| Acheter en ligne | Acheter chez votre libraire | Amazon
 | Indiquez votre code postal pour trouver les librairies près de chez vous |
|