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La Clef : La Confession impudique
De Junichirô Tanizaki
Editeur : Gallimard
Parution le : 18 Mars 2003

Un respectable professeur d'université, à l'âge du démon de midi, ne parvient plus à satisfaire sa jeune femme dotée d'un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s'aperçoit que la jalousie est un incomparable stimulant. Chacun des deux époux tient un journal, sachant très bien que l'autre le lit en cachette... Un roman audacieux sur un sujet délicat.

  • [Poche]

  • Commentaires Amazon

    2008-01-18Note : 3/5
    Erotisme bourgeois dans le Japon d'après-guerre
    Non Folio ne cherche pas à damer le pion à la collection Pocket des romans érotiques qui fleurissent dans les gares : ce bouquin est un roman japonais qui date de ... 1956 !
    Autant dire que les charmes secrets sont, depuis, un peu éventés !
    Mais l'idée, même si elle est d'époque, est plutôt originale.
    D'un âge avancé, Monsieur commence à faiblir et peine à satisfaire Madame.
    Histoire d'entretenir sa propre jalousie et donc sa flamme, il entreprend de tenir un journal intime racontant ses fantasmes.
    Et en laissant soigneusement traîner la clef du tiroir, il s'assure que Madame lira bien ses «secrets».
    Pour ne pas être en reste, sa femme gourmande ouvre elle aussi un journal intime (à l'époque, on n'appelait pas encore ça des blogs).
    Contrairement à ce qu'on pourrait supposer, cette situation n'est pas le prétexte à différentes descriptions plus ou moins osées (on est en 1956 au Japon, et pas en 1968 à San Francisco).
    Certes on n'y parle pas que de fleurs et de petits oiseaux (Madame est quand même dotée, je cite page 13, « d'un organe absolument exceptionnel », sic !), mais tout le charme de ce badinage libertin repose sur la position alambiquée des deux personnages et des tiers qu'ils veulent bien mêler à leurs jeux : c'est la règle du «je sais que tu sais que je lis ...» (jeu c'est que tu lis ... ?) avec toutes ses déclinaisons.
    Comment amener l'autre (qui lira forcément ce que l'on écrit soi-disant en secret) à comprendre ce qu'il doit faire ou accepter (sachant qu'on lira ensuite ce qu'il aura écrit en secret, ...).
    Du sexe oui, mais du sexe cérébral ! Une sorte de marivaudage à la mode nipponne, dans le cadre bourgeois et officiellement bien-pensant d'un couple japonais de l'immédiat après-guerre.
    Le tout est de savoir qui manipulera l'autre, qui saura faire preuve de la plus grande duplicité et finalement, qui écrira le dernier mot dans son journal intime ... page 196.
    On n'en dit pas plus pour ne pas trop en « dévoiler » mais sachez qu'on aurait presque pu classer ce petit bouquin dans les polars ...

    2006-08-06Note : 5/5
    un livre exun livre exceptionnel
    la découverte d'un milieu de non dit, un couple qui pense communiquer au travers de leurs journaux personnels, une fable impitoyable sur la vie, l'amour, la mort,
    la vieillesse et la bête sadique qui sommeille en l'homme.
    À lire, à relire, à digérer... Un livre à la fois angoissant tout autant que philosophique.....
    Inutils de raconter l'histoire qui s'y déroule, vous la découvrirez vous même....

    2006-02-03Note : 4/5
    Extase !
    Un couple tente de ranimer la flamme en excitant et stimulant le jeu délicat de la jalousie. Mariés depuis plus de vingt ans, Ikuko et son époux sont tombés dans une routine, surtout que l'homme (d'une cinquantaine d'années) découvre que tout effort l'affaiblit et l'épuise considérablement. Or, la femme a des besoins insatiables, des envies jamais assouvies. Suite à une première ivresse, Ikuko perd connaissance et s'endort dans son bain ! Le mari, aidé par Kimura (préalablement prévu pour devenir le gendre idéal de leur fille, Toshiko) va vite nourrir une sensation d'exaltation en exploitant cette présence attirante. D'ailleurs, ça marche : sa femme et lui tombent en symbiose sexuelle, un stade jamais atteint depuis leur nuit de noces !

    Cela peut paraître malsain et "cochon", pourtant le contenu est bien loin d'être aussi déluré ! D'abord, ce roman a été publié en 1956 et, rien que par son sujet, faisait un grand bond en avant dans le domaine érotique. Puis, l'auteur est japonais, avec toute l'implication classique et de réserve qu'on attribue à cette culture. Enfin, alors que les romans contemporains n'hésitent pas à appeler un chat "un chat", chez Tanizaki on parle de "la chose" sans jamais la nommer ! Je dois d'ailleurs avouer avoir ressenti quelque étonnement à cette narration, me demandant s'il s'agissait bien de la même "chose" à laquelle je pensais. Sans paraître pour une idiote, c'est simplement que le style, de toute beauté, est très pudique, même si son propos, paradoxalement, déballe, dévoile, "ose" !

    J'ai donc beaucoup aimé - il s'agit d'une histoire de séduction éternelle, avec l'utilisation d'outils peu orthodoxes, loin de toute moralité, et qui flirte avec le péril de la "limite". L'homme et la femme écrivent tout deux des journaux, qu'ils se cachent l'un à l'autre, tout en voulant que ce soit lu ! Ambivalent jusqu'au bout, donc. Junichiro Tanizaki a pour cela une technique toute fascinante ! Tout n'est que subtilité, on parle d'ailleurs de Tanizaki comme l'écrivain de "l'empire des sens" ! Les frontières sont infimes entre la volupté, le plaisir, la jouissance et la souffrance. Adepte du mentir-vrai romanesque, Tanizaki est l'écrivain à la fois classique et excentrique, sage et subversif, exerçant sur le lecteur un irrésistible attrait. Je n'ai qu'un mot à ajouter : lisez-le !

    2004-12-12Note : 5/5
    De l'art d'aimer...
    Tanizaki épargne à la confession l'atmosphère du partage sain, il la projette contre les abîmes du désir, de la violence des sentiments avec pudeur, malgré ce titre évocateur, cette retenue toute asiatique. On pensera à L'Histoire D'O de Réage, l'écriture comme moteur du fantasme érotique, peut etre aussi comme seule échappatoire à un non-dit qui brise qui brule, les tabous sociaux volent bien au dessus de l'art poétique. Ce chef de file des auteurs qui dérangent, censuré il y a peu de temps encore, apporte la satisfaction de voir que l'homme peut encore s'affranchir de ces chaines sociales. Ogawa a écrit des ouvrages similaires sur l'obscurantisme du désir, Sade aurait été ravi de constater que certains ont su dire sans montrer, c'est une chronique de l'humain dans sa bestialité . Comme dans les films de Park Chown Hook c'est vers l'homme total que Tanizaki tend. Ovide n'aurait pas fait mieux ...

    2003-06-11Note : 4/5
    Une histoire sombre mais délicieuse !
    Un des livres que j'aurai retenu cette année, mettant en scène deux personnages torturés par leurs désirs mais retenus par les traditions asiatiques de vertue et de pudeur.
    Une fenêtre ouverte sur la culture asiatique où le lecteur est le voyeur qui observe ce couple dans ses jeux pervers de mensonge et de manipulation ... Malgré tout, l'intrigue est bien ficelé, tour à tour Mari et Femme se laissant manipuler par le coinjoint le lecteur devra savoir deviner le vrai du faux, dans les confessions diaristes comme dans l'attitude des personnages. un régal !

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