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Tu Montreras Ma Tete au Peuple

Tu Montreras Ma Tete au Peuple

Auteur : Deserable Franc

Editeur : Gallimard

 

6,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
208 pages
ISBN : 978-2-0704-5967-4
Les avis

Voilà une vision « plurielle » ou « kaléidoscopique » de la période révolutionnaire de la « Grande Terreur » dans un texte qui nous donne à voir quelques personnages, les uns emblématiques, les autres peu ou moins connus, victimes ou exécuteurs de cette période sanglante où la guillotine, « élevée au rang d’institution » a fait tomber un nombre vertigineux de têtes : « Deux mille neuf cent dix-huit, dont mille trois cent soixante-seize, en l’espace d’un mois et demi, entre la Loi de Prairial et le neuf Thermidor ». Le « vertueux » Robespierre, le froid Saint-Just, l’accusateur public et impitoyable Fouquier-Tinville, Marat, « l’ami du peuple », et bien d’autres, furent ces bourreaux qui en massacrant leur propres frères d’armes, en plus de tous ceux qui affichaient et disaient innocemment ou imprudemment leur différence, ont plongé la Révolution française dans un atroce bain rouge sang, dévoyant le beau projet politique de liberté, d’égalité et de fraternité.
D’aucuns ont stoïquement vécu leur embastillement et leur mise à mort, d’autres ne l’ont pas accepté et se sont révoltés mais tous ont terminé leur vie sous « la lame du rasoir national ». Ce sont ces révoltés-là, et ces pauvres et innocentes victimes, que le romancier François-Henri Désérable nous montre dans leurs derniers moments et leurs dernières paroles dans dix courts récits, variés et brillants, sobrement et superbement écrits. Des récits qui font revivre le geste meurtrier de Charlotte Corday, arrivée de Caen pour tuer Marat qui « pervertissait la France par ses écrits », le dernier et fameux banquet à la Conciergerie des Girondins, « coupables de rien, fors leur opposition à la Montagne, il n’en fallait pas plus pour connaître les honneurs de l’acier », la colère de Danton dont la voix de stentor ne pouvait plus porter que dans l’enceinte d’un simulacre de tribunal (« Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine », lancera-t-il au bourreau sur l’échafaud).
Les poètes et les savants n’échapperont pas à l’horrible et meurtrière sentence d’une Cour expéditive. Lavoisier ira à l’échafaud (« La République n’a pas besoin de savant ni de chimiste ! » aurait asséné le juge, « cet abruti de Cofinhal »), tout comme le doux et lyrique poète André Chénier. Tous victimes de la folie d'une «justice révolutionnaire qui était révolutionnaire avant d'être justice». Tous accueillant avec dignité leur macabre sort et « bravant la mort avec autant de courage » : la meurtrière de Marat, sous la pluie («dans les cieux, les anges pleuraient»), un sourire aux lèvres, Vergniaud et ses dix-neuf amis girondins chantant à pleins poumons La Marseillaise juste avant que la lame du bourreau en chef de la Terreur ne les réduise au silence, Marie-Antoinette, enfin, ravagée de douleur de ne pouvoir une ultime fois embrasser ses enfants, mais gardant ce « visage impassible, nimbé d’une aura divine, digne jusqu’à l’échafaud ».
Pour clore le funèbre tableau, l’implacable exécuteur Robespierre, encerclé par ses ennemis dans l’Hôtel de Ville de Paris, tentera de se suicider, sans succès. L’échafaud l’achèvera, lui aussi : « Le couperet tomba. Et le rideau de cette grande pièce qu’avait été la Révolution tomba avec lui ».
Après ce premier et brillant récit qui nous restitue avec puissance et empathie cette période révolutionnaire ivre de sang, de violence et de mort, François Henri Désérable a récidivé en nous servant il y a peu un magnifique « Evariste », récit de la vie brève, fulgurante et tragique du mathématicien français Evariste Gallois. Notre jeune romancier, à l’image de son congénère Eric Vuillard, a bien du talent pour faire revivre notre Histoire, l’Histoire qui s’écrit avec une grande hache comme le disait Georges Perec.

Jacques Brélivet

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