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Les rochers de Poudre d'Or

Les rochers de Poudre d'Or

Auteur : -Mouriquand

Editeur : Editions Gallimard

Avril 1892, Inde, colonie britannique. Des profondeurs du souscontinent, ils sont poussés vers l'océan. Un exilé volontaire et nostalgique sur les traces de son frère, un paysan meurtri par la misère et la domination des propriétaires terriens, une fascinante veuve au sang royal fuyant le bûcher, un candide joueur de cartes espérant trouver l'eldorado de l'autre côté de " l'Eau noire " Ils rejoignent une centaine d'autres Indiens entassés dans les cales de l'Atlas pour les vertiges mortels d'une traversée de plusieurs semaines vers une île qu'on leur promet merveilleuse et fertile. Tout bas, on leur raconte que sous les rochers de ce pays mystérieux et clément sommeille l'or. Ils ne savent pas qu'ils vont remplacer les esclaves des champs et passer de la soute à la soue, entre le bleu du ciel et le vert de la canne à sucre. Juin 1892, île Maurice, colonie britannique. Le drapeau est anglais mais ce sont les Français, installés ici depuis deux siècles, qui font marcher les affaires. Ce matin-là, ce sont eux qui attendent les Indiens de l'Atlas. Les destinées vont se nouer entre réves et douleurs, haines et désirs, dans le village de Poudre d'Or aux rochers défiant le ciel et la terre et les songes des hommes. Le journal de bord du médecin ivre, la rencontre des Noirs libérés de l'esclavage et des Indiens déportés resteront des moments inoubliables de ce roman historique fondé sur des faits avérés, tant l'auteur a le don de faire voir et d'émouvoir.

13,70 €
Vendeur : Amazon
Parution :
176 pages
ISBN : 978-2-0707-6724-3
Extrait

« 22 mai
Il s'appelait Chotty Lall d'après le registre et avait quarante-trois ans. Il est mort dans la nuit et, contrairement aux autres morts, les Indiens ont tenu à le remonter sur le pont. Je ne vois pas ce qu'il a de si différent des autres. Il me semble bien qu'il avait quelque chose de propre sur lui - pas l'habituel dhoti sale que la plupart se trimballent. Ils ont psalmodié encore Ram Nam Satya Hai un nombre incalculable de fois jusqu'à ce que ça me donne mal au crâne. On dirait que ça les fait rentrer en transe. Ils étaient tous montés sur le pont, même les plus faibles. Ils ne sont plus qu'une centaine désormais, je crois. Chotty Lall est mort de diarrhée, comme les autres. Ils ont posé son corps un instant sur le pont, ont allumé de l'encens et Sainam a tourné autour de lui sept fois. Nous regardions ça avec intérêt. Pourquoi cette cérémonie, pourquoi lui ?
Lall était torse nu et j'ai remarqué que son corps était zébré de grosses cicatrices épaisses, comme des anciennes brûlures ou des morsures de fouet. Les Indiens avaient marqué son front de rouge et mis quelque chose de vert dans sa bouche. Du bétel, je crois, cette feuille que les Indiens chiquent à longueur de journée. William, à côté de moi, a enlevé sa casquette en disant : "Ils essaient de lui faire une cérémonie de morts digne.
- Pourquoi lui ? ai-je demandé.
- Je ne sais pas. Il était un peu leur chef, je pense, ou un grand frère", m'a-t-il répondu.
William ne m'a pas regardé une seule fois en parlant. Il semblait très intéressé par ce qui se passait devant nous et j'essayais de me souvenir de ce type. Il avait été la cause de cet incident au départ de Calcutta. Il serrait son baluchon comme s'il n'avait pas plus précieux sur terre. Je me souviens surtout de sa femme qui criait sur le port et lui qui pleurait, après.
Durant le voyage, il a toujours été parmi ceux réquisitionnés pour nettoyer le pont ou transporter des personnes trop faibles. Je me souviens aussi de lui près du corps du vieux pêcheur. »

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