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La Reine du silence - Prix Médicis 2004
De Marie Nimier
Editeur : Editions Gallimard
Parution le : 17 Août 2004

Mon père a trouvé la mort un vendredi soir. Son Aston Martin s'est écrasée contre le parapet d'un pont. La jeune femme assise à ses côtés était d'une beauté peu commune.
Il n'y a rien à raconter, n'est-ce pas, rien à dire de cette relation. Je n'étais pas dans la voiture. J'avais 5 ans.
De mon père, il me reste peu de souvenirs, et quelques trésors : une montre qui sonne les heures, un stylo dont la plume penche à droite et cette carte postale, où il me demandait en lettres capitales :
QUE DIT LA REINE DU SILENCE ?

Cette phrase posait une énigme impossible à résoudre pour la petite fille que j'étais, énigme cruelle et envoûtante qui résume toute la difficulté du métier d'enfant. Enigme qui, à l'époque, se formulait ainsi :
Que pourrait bien dire la Reine du silence sans y perdre son titre, et l'affection de papa ?
Ou encore : comment, à la fois, parler, et ne pas parler ?
J'étais coincée. Prise au piège de l'intelligence paternelle.


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2007-02-01Note : 4/5
Pas toujours facile d'être la fille de son père
Bien des années après le tragique accident de Roger Nimier, sa fille est enfin parvenue à affronter les réalités de la vie de son père. Elle semble dans ce livre se libérer un tant soit peu du terrible poids de certaines vérités enfouies jusque-là, consciemment ou non. Dans ?la reine du silence?, l'auteure exorcise ses propres souffrances sans pour autant sombrer dans le pathétique facile ni dans l'autolâtrie. Un style qui frôle l'autodérision par moments, ce qui rend la lecture assez dynamique.

Très vite cette introspection douloureuse m'a fait penser aux « mots pour le dire » de Marie Cardinal où la narratrice tente de conjurer tant bien que mal ses névroses liées à une enfance torturée.
Ici, c'est l'amour mutilé par l'accident du parent qui déséquilibre la petite fille de l'époque et à qui il faudra tant d'années pour oser affronter cette réalité en reconstituant l'existence réelle de ce père trop tôt disparu.

Marie Nimier a certes hérité d'un nom en littérature mais au prix de bien des névroses.


2006-02-21Note : 4/5
Le meilleur livre à ce jour de Marie Nimier
Dans LA REINE DU SILENCE, Marie Nimier cherche à percer le mystère de ce père tutélaire, disparu alors qu'elle n'avait que 5 ans. Même s'il s'agit de Roger Nimier, il n'y a ici aucune impudeur, et la démarche de l'auteur, même si elle est très personnelle, n'a rien de nombriliste.
Marie Nimier nous entraîne dans une enquête, ou plutôt dans une quête passionnante, elle s'interroge sur son enfance, sur les apparences et les faux-semblants, mais aussi sur tout ce qui constitue une identité, et sur les fondements de l'art.

2005-10-09Note : 5/5
troublant
Il est parfois difficile de parler de la paternité ou plus précisément de ce sentiment qu'une fille aurait voulu insufflé à ce père absent et qui ne reviendra pas.Peut-être est-ce à travers ces propres maternités que Marie Nimier a trouvé la force de mettre des mots sur son "ressentiment" vis à vis de son père.J'ai refermé son ouvrage, troublée et invitée à me replonger dans mes souvenirs enfouis. Merci pour tant d'émotions!

2004-12-29Note : 4/5
Contre toute attente ? ...
... Oui, car quatre mois après, je suis toujours sous le charme de cette confession romancée. Le livre de Marie Nimier, primé par le Médicis, est un indispensable de cette année 2004 ! Quatre mois donc ont passé et je suis encore hantée par les souvenirs diffus de Marie pour son père. Il y a des instants fugaces, saisissables. Comme celui où la petite Marie apporte sa dinette pour jouer avec son père, lui prépare une omelette en plastique qui finira en cendrier... Ou cette carte postale reçue de cet homme "Que dit La reine du silence ? ".. Reine du silence, aux yeux d'un père qu'elle n'a su comprendre et qu'elle tente aujourd'hui de cerner - difficilement. Comment aimer un père qui se confie le jour de la naissance de la petite fille - la poisse d'avoir une fille, et pourquoi pas la noyer dans la Seine ? Humour caustique, déplacé et qui blessera la jeune femme de quarante ans. Bien entendu, l'écrivain fera la corrélation avec son suicide manqué de ses vingt ans - thème de son tout premier roman "Sirène" (à lire absolument !). Et ainsi de broder autour des similitudes avec un père longtemps laissé dans l'ombre des souvenirs brumeux... La question du père au sens large figure aussi l'un des sujets de ce livre. Un père comme Roger Nimier vous flanque finalement un sacré poids pour grandir. Et si sa mort prématurée a servi la petite fille pour grandir ? Aujourd'hui, avec ce livre merveilleux, elle tente de cerner le personnage, de grandir et de se sortir d'une enfance pas toujours brillante. "La reine du silence" est à lire, à lire, à lire !!!!

2004-09-06Note : 4/5
Précieux
Contre toute attente, je suis tombée sous le charme de cette bouleversante confession de Marie Nimier. Dans "La Reine du silence" c'est tout un déballage d'amour, de pudeur et d'émotions feutrées qu'elle dévoile. Pour qui ? son père, Roger Nimier, l'écrivain connu pour "Le Hussard bleu" ou "Les enfants tristes", prématurément disparu dans un accident de voiture. Il avait 36 ans. Dans son livre, Marie Nimier ne fait pas l'apologie d'un père fabuleux, aimant, présent et fier de ses enfants. Non, c'est plus un constat déconfit, elle rétablit une vérité, redessine un portrait d'un homme qu'on connaissait intelligent, facétieux et charmeur en société. Dans son foyer, cet homme n'était qu'une ombre, qui s'enfermait dans sa chambre pour écrire, ou partait au bureau chez Gallimard. Le livre ne rend pas une image glorieuse du père. Loin de là. Pourtant on a du mal à en vouloir à l'écrivain disparu, à la jeune femme qui en parle désormais. Et pourquoi ce livre? Pas pour rétablir la vérité finalement, seulement pour se libérer elle-même. Elle ne dévoile pas des souvenirs de fond de tiroirs, juste des anecdotes de ci, de là. Elle n'avait que cinq ans à la mort de son père. Les souvenirs qu'elle glane aujourd'hui proviennent de la mémoire de ses proches, des gens qui ont traversé l'annonce du décès et le deuil en première ligne. Plus ou moins. Marie Nimier semble mettre en corrélation les événements de sa vie avec son passé lié à la disparition de son père : pourquoi aujourd'hui elle a tant de mal à obtenir son permis de conduire, qu'est-ce qui l'a amenée à l'écriture, quel est le poids de l'héritage, le degré de l'hérédité dans l'écriture... C'est tout un ensemble pointilleux, une sorte de journal de bord. Marie Nimier écrit les yeux fermés, dit-elle. Et son livre est un chuchotement, une préciosité que j'ai beaucoup apprécié. Ni impudique, ni caracoleur. Juste un souffle, un murmure qui donne envie de (re)plonger dans les oeuvres de Roger et Marie Nimier respectivement.

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