Principia rhetorica : Une théorie générale de l'argumentation

Une théorie générale de l'argumentation
Auteur : Michel Meyer
Editeur : Fayard

La rhétorique, comme discipline, naît et fleurit à certaines époques de l'Histoire. Est-ce par hasard ?
Le Ve siècle avant J.C., au moment de l'apogée du théâtre grec, qui voit la société basculer d'un modèle aristocratique à un modèle démocratique, est certainement un moment déterminant dans la compréhension du phénomène rhétorique en Occident.
La Renaissance des villes italiennes, contre les forces du Moyen Age, est constitutif du renouveau de la rhétorique et de son importance dans la vie civile et intellectuelle que connaît l'Italie du moment, avec sa peinture, son architecture, sa science nouvelle, avec Galilée et sa poésie nouvelle, avec Dante.
La troisième grande période du retour en force de la rhétorique est la nôtre. Et la question qu'on est chaque fois tenté de poser est "pourquoi ?". A quoi sert la rhétorique, dans des contextes intellectuellement aussi riches?
En fait, on ne peut répondre complètement à ces questions qu'en rappelant qu'on est là en présence de moments de liberté, de bouleversements ou de recherche de soi. Les points de vue multiples sont redevenus possibles. Les intellectuels du vingtième siècle n'aimaient guère la rhétorique tant qu'ils sont demeurés aveuglés par les certitudes confortables des idéologies.
Par contre, quand celles-ci s'effondrèrent dans les odeurs de la mort de masse, la rhétorique tant honnie redevint l'arme des débats enfin possibles et l'instrument de ceux qui préféraient les incertitudes de l'ouverture intellectuelle au charme mortel des idéologies totalitaires. On peut même parler à cet égard d'un "tournant rhétorique".
Depuis lors, la rhétorique, et sa petite soeur - ou sa grande soeur, comme on voudra - l'argumentation, n'ont cessé de croître en importance, au point de devenir un nouveau paradigme pour les sciences humaines, se substituant peu à peu à la linguistique qui fit les riches heures du structuralisme.
Aujourd'hui, la rhétorique est partout. Elle a gagné le coeur de notre société médiatique, jusqu'à la vie privée où il faut plaire et séduire. L'origine du phénomène est intéressante et, par bien des côtés, elle est caractéristique des grands renouveaux qu'a connus la rhétorique au long de son histoire.
L'effondrement des idéologies a cette fois donné naissance à des sociétés pluralistes où la libre discussion et les opinions divergentes sont considérées comme normales et saines. Il est primordial de pouvoir convaincre, et mal ressenti d'imposer. La démocratisation des rapports humains, comme la remise en cause des hiérarchies existantes au profit de leur redéfinition, a engendré au fil des décennies une société dominée par l'impératif de communication.
Quant aux sciences humaines, elles argumentent plus qu'elles ne démontrent. Elles avancent des raisons que l'on peut toujours remettre en question ou réinterpréter, parce que l'homme lui-même a pris conscience qu'il était un être problématique qui ne saurait échapper au questionnement sur soi, sur le monde, sur les autres. Si la rhétorique connaît aujourd'hui de nombreux usages qui vont de la politique aux médias, de la conversation quotidienne à la publicité, la discipline elle-même est née il y a plus de deux mille ans. Elle fleurit dans des périodes très particulières, quand les modèles anciens s'estompent et que les nouveaux se font attendre.
Malgré cette continuité et ces résurgences, la rhétorique s'est considérablement renouvelée depuis qu'elle a vu le jour dans le monde grécoromain. Elle a laissé derrière elle nombre de conceptions, souvent contradictoires, qui ont fait le régal de ses détracteurs, dont le plus célèbre est Platon qui ne voyait en elle qu'une manipulation des esprits. Pourtant, de la critique littéraire à la psychanalyse, du droit à la science politique, de la linguistique à l'étude des motivations des acteurs sociaux, la rhétorique s'est révélée au fil du temps un puissant outil d'analyse et de compréhension de soi et des rapports humains.
Force est malgré tout de constater que, si elle a endossé de nombreux vêtements et connu bien des développements, en retour, on a peu réfléchi à ses contours précis comme à ses fondements ultimes. Seule la mise en évidence de ceux-ci permet de dégager une rationalité de la rhétorique dans son ensemble, qui apparaît aux yeux de beaucoup comme totalement éclatée.
L'ambition de ces Principia Rhetorica est non seulement de faire le point sur toutes ces ramifications, mais aussi de développer une vision générale, cohérente et articulée, qui mette en lumière la réelle unité de la rhétorique à partir de principes clairs et évidents.

23,00 €
Parution : Septembre 2008
324 pages
ISBN : 978-2-2136-3696-2
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