L'Italie la nuit

Auteur : Jean Védrines
Editeur : Fayard

L'Italie la nuit restitue les voix et les jours d'une poignée d'habitants du Sud italien, des gens de peu, des simples, des pauvres que ces dernières années ont à peine enrichis.
Tous habitent la région la plus solaire de la Péninsule, les Pouilles, où l'ombre du passé s'allonge plus qu'ailleurs, agitée de brigandages et mauvais coups, prétendument chassée par l'éclat d'une modernité qui illuminerait et ferait étinceler un pays tout neuf.
Dans cette lumière aveugle qui plaît tant aux touristes, aux hommes du Nord, ils semblent pourtant drapés de nuit, étranges et nocturnes. Fantômes du fascisme, de la guerre civile et de la Libération, enfants rouges taraudés par la révolution, têtes brûlées des années de plomb, ils se croient déchus, indignes du passé glorieux de leur pays. Car ils n'ont pas réussi à gommer l'obscurité de leurs origines, leur misère première, à balayer les vieilles peurs, les très anciennes rivalités soldées dans les rixes.
Derrière les politesses fraîchement apprises, les titres ronflants dont ils se gratifient, grondent encore les anciennes violences, les vieilles ruses, les vices archaïques. L'antique avarice du baron Calproni sert de modèle enseigné dans les écoles de marketing, les misérables sassi de Matera s'improvisent lofts de bobos milanais...
Le renversement de perspectives est décrit avec humour au fil de dix-sept chapitres où les personnages se croisent, se racontent, s'éclipsent un moment puis reviennent. Leurs voix, comme recueillies par Giovan, celui qui s'est exilé en France, causent enfance, politique, repas et femmes, bien sûr. Parce qu'à Bari ou à Foggia, Beppé a bien le droit d'aimer la belle Dottoressa - hanches pleines et seins généreux, mariée à un autre - à condition qu'il le raconte par le menu et le mot juste aux clients du bar Fidori.
Cet amour du récit bien fait, qui suffit à la béatitude de celui qui l'entend, c'est celui de Jean Védrines et l'autre sens du titre de ce roman. L'auteur puise ses mots dans une nuit qui semble précéder les aubes française et italienne, comme à la recherche de ce qui fut, ou aurait pu être, la langue mêlée des deux soeurs latines. Une langue réinventée en somme, absolument originale et neuve. Et gare à qui ne goûterait comme il faut cette phrase rythmée, cadencée, sensuellement offerte !
"T'as pillé, volé mes histoires du bar Fidori, et elles te reviennent par petits morceaux rongés, des miettes sales, des rognures. À cause du train, des secousses, déplacements, tu ne saisis que des bribes, des éclats, des vues pressées, rapides, guignées de côté, de guingois. Tu ne peux pas faire autre chose : une oeillade au paysage, une aux voyageurs, un sein qui renfle, une jambe qui pointe... Tandis qu'au bar Fidori, sur la terre ferme, immobile, moi je vous montre, dépiaute, dessine la Dottoressa toute entière ! Une peau, des rondeurs, plissures, paysages infinis !"

21,50 €
Parution : Août 2008
321 pages
ISBN : 978-2-2136-3771-6
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