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This is not a love song
De Jean-Philippe Blondel
Editeur : Robert Laffont
Parution le : 16 Août 2007
Sélection Rue des Livres

Dans ses années de jeunesse, la «lose» lui collait à la peau. Aujourd'hui Vincent a le vent en poupe et la quarantaine conquérante : marié à une fille de la grande bourgeoisie britannique, père de deux enfants, il dirige à Londres une chaîne de restauration en plein essor. Pour cela il a dû fuir : la France et sa petite classe moyenne engourdie, ses parents et leur pavillon «qui craint», son frère et sa vie étriquée - et Étienne, son meilleur ami, son double inversé, dont il n'a plus jamais pris de nouvelles. Étienne qui a suivi le chemin opposé - Étienne qui est devenu SDF. Mais cela, Vincent l'ignore. Jusqu'à ce mois de juillet où il revient dans sa ville natale. Et se prend en pleine tête ses certitudes d'homme qui a «réussi» sans un regard pour ceux qu'il laissait derrière lui...

Une histoire de fraternité dérangeante, à la noirceur vénéneuse, comme une claque aux petits arrangements avec notre conscience. Plus âpre, plus grinçant, plus violent, très différent de ce à quoi il nous avait habitués, le sixième roman de Jean-Philippe Blondel étonne, détonne. Et séduit.


Marié, père de deux enfants, professeur d'anglais, Jean-Philippe Blondel vit à Troyes, où il est né en 1964. Il a publié chez Delphine Montalant Accès direct à la plage (prix Québec-France du premier roman) et 1979, et chez Robert Laffont Juke-Box, Un minuscule inventaire (prix littéraire du conseil général de l'Aube), et Passage du gué (prix Gaël et prix Fol'Lire).

  • Littérature française

  • Commentaires Amazon

    2008-02-13Note : 4/5
    Un roman surprenant mêlé d'antipathie
    Alors que sa femme Susan et ses deux filles partent passer une semaine de farniente chez ses beaux-parents, Vincent, la quarantaine, décide de quitter l'Angleterre et d'aller voir ses propres parents, un peu à contre-coeur, en France. C'est la première fois, depuis dix ans qu'il a quitté le pays, qu'il reste aussi longtemps. D'habitude, il ne fait que passer, en coup de vent...un moyen, sans doute, d'oublier le "loser" qu'il était alors et qu'il est parfois resté dans les yeux de son entourage. Il est à présent un homme d'affaire à qui tout réussi, et il contemple avec écoeurement cette famille qui lui semble si éloignée de ce qu'il est aujourd'hui. La vie semble s'être arrêtée dans cette petite ville de province sans charme qu'il retrouve sans plaisir. Vincent s'ennuie bien vite des conversations banales de ses anciennes connaissances. Pourtant, l'attitude de Céline, sa belle-soeur, l'intrigue...

    Mon avis : Je dois avouer que malgré les louanges lues ici et là ce livre m'a un peu déçu. J'ai eu beaucoup de mal à dépasser le sentiment d'antipathie que je ressentais vis à vis du narrateur, Vincent, son détachement, son ton hautain, son sentiment de supériorité... Pourtant, l'intrigue est bien efficace et malgré une première partie où je me suis autant ennuyée que le personnage, j'ai été bluffée par cette histoire bien ficelée et ce mécanisme à double facette qui s'enclenche tout à coup (ceux qui l'ont lu me comprendront). N'hésitez donc pas à trouver l'occasion de vous faire votre propre idée sur ce livre ! Vous lirez, pour le moins, une bien belle histoire, à défaut de tomber amoureuse du personnage !




    2007-08-27Note : 4/5
    Ce n'est effectivement pas un 'roman' d'amour !
    En quittant la France dix ans auparavant, Vincent tournait le dos à la "lose" qui s'accumulait depuis l'adolescence et connaissait son apogée en cohabitant avec l'ami de toujours, Etienne. Puis il a rencontré une jeune anglaise, Susan, et a choisi de la suivre et de faire peau neuve de l'autre côté de la Manche.
    Ni remords, ni regrets.
    Aujourd'hui c'est un homme sûr de lui, qui a réussi. Il est marié, a deux enfants, mène une carrière prospère.
    Pour une semaine, Vincent doit cependant faire face à son passé, à ses fantômes et ses démons. Il retourne seul chez ses parents, il revoit son frère cadet, ses amis, son ex. Tout a un goût amer et rance. L'envie de fuir à nouveau le tenaille. Même son ironie mordante ne peut lui tenir la tête hors de l'eau.
    De plus, face à sa belle-soeur Céline, il boit la tasse en apprenant le sort qu'a connu son pote Etienne après son départ.
    « Est-ce qu'on est responsable des gens avec lesquels on a vécu, une fois que notre histoire commune s'est terminée ?
    Est-ce qu'on se doit d'accompagner ceux qui nous ont accompagnés, doucement, jusqu'à la porte de sortie de notre existence pour que leurs fantômes ne viennent plus jamais s'interposer ?
    Est-ce que je suis un bourreau ? Est-ce que j'ai donné l'ordre d'exécution ? »

    J'ai éprouvé des sentiments multiples en lisant ce roman. D'habitude, ce qu'écrit Jean-Philippe Blondel ne force pas le lecteur à se questionner. On prend ce qu'il nous donne, et puis basta. L'écrivain a une renommée assez lisse. Ses dernières publications ne cessaient d'être accompagnées de l'avertissement au lecteur fidèle : attention, roman plus âpre, plus grinçant, plus violent, très différent, blablabla.
    J'attendais d'être bousculée, pour l'instant je conservais mes acquis.
    Et puis, j'avais été prévenue : « This is not a love song » pourrait décevoir et déranger. Il pourrait décontenancer et échapper aux idées reçues.
    Il pourrait ne pas plaire.
    Ce coup-ci semblait être le bon.

    J'ai compris ce qui fâchait : Vincent est un personnage arrogant, odieux, immonde, infect. Trop railleur, carrément pédant, sûr de ses choix, manquant totalement de moralité. Mais bon...
    J'avais envie de ne pas l'aimer, or l'infâme individu a su me séduire. Un comble ! J'ai tendance à détester les personnalités imbues d'elles-mêmes, les quadras conquérants et sarcastiques. Mais l'auteur Blondel est parvenu à corrompre mes défenses naturelles, à gagner mon indulgence.
    Alors j'ai lu d'une traite ce qui éclaboussait notre héros moqueur, au point de ne plus être étonnée par son regard et ses verdicts. Je me suis attachée progressivement à son discours, comprenant de plus en plus ce qui activait cette machine, froide en apparence. Je ne parvenais plus à le détester, je ressentais des affinités !
    Cela reste donc une affaire de goûts. On aime, ou on n'aime pas. Ce nouveau roman de l'auteur pourra désillusionner, personnellement j'ai apprécié.
    Je reste toutefois sceptique devant la fin du roman, concernant la confession de Céline (un peu trop mélo, à mon goût). Et puis Vincent et ses jugements à l'emporte-pièce sont parfois trop pesants, trop faciles.
    A tenter !

    2007-08-26Note : 5/5
    "This is a love song " for me !
    Non, ce n'est pas une histoire d'amour que nous livre ici Jean-Philippe Blondel, mais un récit plus virulent, plus dérangeant, plus sarcastique que ceux auxquels il nous avait habitués. Un roman qui étonne, détonne... et une fois encore séduit terriblement.

    Vincent a quitté la France (« cette décharge d'illusions ») pour l'Angleterre afin d'échapper au destin de loser qui semblait tout tracé pour lui. De fait, en l'espace de dix ans, il y est parvenu. Marié à une aristocrate anglaise, père de deux enfants, avec Le train bleu, son entreprise de « malbouffe qualité », il est devenu quelqu'un de connu et de reconnu. Un self made man froid, intraitable, avec un compte en banque à la place du caeur. A son train, Vincent refuse d'accrocher les wagons du passé : il n'y a de place que pour une locomotive, lui, et le sort de ceux - famille, amis - qu'il a laissés avec mépris sur le quai de gare en France lui importe peu. Il fonce droit devant lui sans jamais se retourner. Jusqu'à ce mois de juillet où il revient passer quelques jours dans sa ville natale. Dans son esprit, il s'agit de « revenir à la case départ. Mesurer le chemin parcouru. Se glorifier. Un petit stage d'autosatisfaction ».
    Et c'est là que l'homme plein de certitudes voit sa cuirasse se fendiller. Il est devenu quelqu'un, certes, mais à quel prix ? Il a réussi socialement, certes, mais a t-il pour autant réussi sa vie ? Suffit-il de traverser la Manche pour pouvoir tourner la page ? Jean-Philippe Blondel nous appelle, nous interpelle. Et le lecteur de réaliser que Vincent vainc sans vaincre : il s'est donné l'illusion d'avoir réussi. L'illusion seulement...
    Une écriture fluide, percutante, des ruptures de rythmes qui viennent donner toute leur force aux propos et bousculer notre conscience. Comme Vincent, le lecteur est dérangé dans ses certitudes, appelé à réfléchir sur le sens de sa vie.
    Alors, oui, ce livre se démarque des précédents. Et pourtant, ce roman ressemble à ses prédécesseurs en ce sens que l'émotion vous prend à la gorge, que l'auteur encore une fois fait montre d'une capacité à se glisser dans la peau de chaque personnage, homme comme femme, avec une aisance et une justesse sidérantes. Un roman qui se VIT bien plus qu'il ne se lit.

    Entre ce livre et moi, je le chante tout haut «This is a love song » !
    Je vous le conseille ardemment.
    Vraiment.





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