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Le pavillon des cancéreux

Le pavillon des cancéreux

Auteur :

Editeur : Robert Laffont

Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à " l'exil perpétuel ", il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, année de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenchent une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Revenu de son exil américain, il s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de 89 ans.

12,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
780 pages
ISBN : 978-2-2211-9334-1
Extrait

Le pavillon des cancéreux portait... le numéro treize. Paul Nikolaïevitch Roussanov n'avait jamais été superstitieux et il n'était pas question qu'il le fût, mais il ressentit une pointe de découragement lorsqu'il lut sur sa feuille d'entrée : «Pavillon treize». On n'avait même pas été assez malin pour donner ce numéro à un quelconque pavillon des prothèses ou des maladies du tube digestif...
Quoi qu'il en fût, dans toute la République, il n'avait maintenant d'autre recours que l'hôpital...
-Je n'ai pas le cancer, n'est-ce pas, docteur ? Ce n'est pas le cancer ? demandait Paul Nikolaïevitch avec espoir et, délicatement, ses doigts effleuraient cette vilaine tumeur qui lui poussait là, sur le côté droit du cou, et qui grossissait presque de jour en jour ; pourtant, la peau qui la recouvrait était toujours aussi blanche et inoffensive...
- Mais non, mais non, bien entendu, lui répondit pour la dixième fois le docteur Dontsova pour le tranquilliser, tout en couvrant de sa large écriture les pages de son dossier de maladie. Quand elle écrivait elle mettait ses lunettes, des lunettes carrées aux coins arrondis, et dès qu'elle avait terminé, elle les enlevait. Elle n'était plus très jeune et sa figure était pâle, très lasse.
Cela s'était passé il y a quelques jours, à la consultation des cancéreux. On n'en dormait déjà pas de la nuit, quand on était envoyé à cette consultation, et voilà que le docteur Dontsova avait prescrit à Paul Nikolaïevitch une hospitalisation immédiate !
Accablé par la maladie imprévue et inattendue qui avait en deux semaines fondu comme un ouragan sur l'homme insouciant et heureux qu'il était, Paul Nikolaïevitch se sentait maintenant doublement accablé à l'idée d'avoir à se soumettre au régime commun de l'hôpital ; cela ne lui était pas arrivé depuis si longtemps... Alors on avait téléphoné à Eugène Semionovitch, à Chendiapine, à Oulmasbaïev ; ceux-ci, à leur tour, avaient téléphoné, exploré toutes les possibilités, demandé s'il n'y avait pas dans cet hôpital de chambre réservée, ou si l'on ne pouvait pas, au moins provisoirement, en organiser une dans une petite pièce. Mais en raison du manque de place on n'aboutit à rien. Le seul point sur lequel on réussit à s'entendre par l'intermédiaire du médecin-chef de la cité hospitalière fut que le malade pourrait échapper aux formalités d'accueil, au bain réglementaire et au pyjama uniforme de l'hôpital.
Et c'est ainsi que Ioura avait amené, dans leur petite Moskvitch bleu ciel, son père et sa mère jusqu'au bas des marches qui conduisaient au pavillon treize.
Bien qu'il gelât un peu, deux femmes en blouses de futaine lavées et relavées étaient debout sur le perron de pierre ; recroquevillées de froid, elles attendaient, immobiles.

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