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Meuse l'Oubli
De Philippe Claudel
Editeur : Stock
Parution le : 11 Octobre 2006

" J'ai plongé mes bras dans l'eau du fleuve et devant mon regard posé sur la surface de l'eau se sont mis à bouger des milliers d'éphémères dont les pattes et les corps presque transparents fécondaient une brume mouvante. Dans quelques heures, un jour tout au plus, tous seraient morts mais la brume serait là encore, née du mouvement de milliers de nouveaux corpuscules... et bientôt, oui bientôt, ce serait vraiment l'été, le plein été de moissons à venir et de voûtes étoilées, de la chute des ruisseaux dans l'aube des moulins, l'été des forêts épaisses, l'été des mains tendues et des cassis, des goudrons qui suent leur sève sur les départementales oubliées, l'été des empreintes d'un pied nu sur le carreau trempé d'une cuisine, vers les trois heures de l'après-midi, l'été des siestes, des parenthèses d'ombre qui meurent sitôt les persiennes claquées contre le mur blanc de la chaleur. "

  • Littérature
  • Vos avis

    Paule avait presque trente ans et des seins de « rodomontades » ? Paule, sa « petite », « Paule du bord de mer ». Elle l’appelait « mon grand couillon du bord de mer ».Paule « des soirs de Gand et de Lille » Paule est morte d’un mal qui lui rongeait le ventre. Son amant, son grand couillon de plage découvre alors « qu’il y a peu de la grâce au vide » !
    Il fuit, bat la campagne et trouve sur son chemin le petit bourg de Feil, tapi, tranquille dans une boucle de la Meuse. Il « a dit merde à son travail, ne sort plus le jour, vit en fauve », se saoule à mort en compagnie des piliers du bistrot, qui, chacun le sait, sont d’admirables philosophes. « Chaque matin il redevient veuf, « et court aux toilettes pour y dégueuler ses rêves ».
    Un automne, un hiver à hurler aux loups, cent jours, puis trois mois que Paule est morte. Une petite rousse vient à passer, « dans la plénitude de ses vingt années », regard chaste et effronté. Un souffle de printemps !...Il jette à la Meuse le pull et les trois lettres de l’aimée. Il peut partir. Il sait qu’il reviendra à Feil.
    « Feil n’a été qu’un miroir de douleur ou l’homme blessé s’est découvert honteux et serein. »
    Meuse l’oubli : un pur bonheur de lecture. Pris au piège par petites touches, vous êtes enchantés, ému de vous être laissé prendre.
    foxie



    Commentaires Amazon

    2007-06-12Note : 4/5
    Sous le pont de Feil coule la Meuse
    Dans ce tout premier roman de Philippe Claudel, le narrateur déroule son lent, sombre et douloureux travail de deuil suite à la disparition de sa compagne Paule. Pour tenter d'apaiser son malheur qui bégaye dans cet environnement partagé à deux, il quitte tout ce qui peut encore lui rappeler son amie défunte. Il échoue chez Madame Outsander à Feil, petite ville qui a si bien joué son rôle de miroir, sur un méandre de la Meuse. Là, où tout est admirable d'insignifiance, il égrène les jours dans l'absence de l'être aimée. Lui qui était enfin parvenu à trouver dans les yeux de Paule son autre enfance, celle que sa mère, prostituée, lui avait toujours refusée l'entourant plutôt de moult humiliations et brimades, il se retrouve à nouveau seul face à une incommensurable douleur. Il s'offre alors le droit de vivre pleinement sa mélancolie et ses larmes. Sa douleur, il la crie aussi en noircissant les pages de plusieurs cahiers, ses "Conquérant"
    Au fil des saisons qui s'écoulent aussi lentement mais invariablement que l'eau de la Meuse, cette souffrance insurmontable du début s'atténue et se cicatrise.
    "Je redeviens quelconque.
    Feil m'a permis, dans le jeu de l'oie mis en place à mon insu depuis mon arrivée, de passer bien des cases et d'arriver à la dernière []Ne suis-je pas le suiveur consentant de ce parcours né de la mort de Paule et qui m'a ramené, sans que je n'y prenne garde, vers ce que je voulais fuir et oublier ? Mais revenu au lieu de douleur, je ne retrouve que le souvenir de la douleur et non plus sa morsure."

    Ce livre, très sombre, est un pénétrant parcours de la souffrance occasionnée par la disparition de l'être aimée jusqu'à ne devenir qu'une pâle cicatrice. Son écriture aux détails rigoureux que certains apparentent à Simenon dans ses ambiances brumeuses et grises (comparaison dont il est bien difficile de se détacher tant elle se vérifie), est profonde de sincérité mais de pudeur aussi. Dans un style incontestablement poétique, par moment excessif peut-être, Philippe Claudel développe avec beaucoup de grâce les profondeurs du manque et de l'absence.

    2007-05-28Note : 4/5
    L'acceptation du deuil
    Le narrateur prend refuge dans le village de Feil en Belgique pour tenter de surmonter le chagrin que lui a causé la mort de sa compagne Paule, décédée à la suite d'une maladie qui a duré trois mois. Il s'installe dans ce village après avoir sombré dans la dépression dans l'appartement qu'il occupait avec Paule puisuqe tout lui rappelait sa présence et aussi son absence. Le narrateur trouve à se loger chez Madame Outsander et s'intègre petit à petit dans la vie paisible de Feil. Son attachement pour le lieu et ses habitants grandit au fur et à mesure que son séjour se prolonge. Ce séjour a finalement la vertu thérapeutique qu'il espérait après la mort de Paule, ce qui fait qu'il est en mesure, à la fin du roman, de quitter Feil l'esprit serein.
    L'auteur montre comment un homme s'accommode du renoncement à la personne aimée, comment il accepte son deuil et montre aussi que le temps est le seul remède qui puisse atténuer la souffrance. Un roman assez réussi mais qui manque un peu de force si on le compare à "La petite fille de M. Linh" ou le superbe "Les âmes grises".

    2007-04-15Note : 4/5
    Sous le pont de Feil coule la Meuse
    Dans ce tout premier roman de Philippe Claudel, le narrateur déroule son lent, sombre et douloureux travail de deuil suite à la disparition de sa compagne Paule. Pour tenter d'apaiser son malheur qui bégaye dans cet environnement partagé à deux, il quitte tout ce qui peut encore lui rappeler son amie défunte. Il échoue chez Madame Outsander à Feil, petite ville qui a si bien joué son rôle de miroir, sur un méandre de la Meuse. Là, où tout est admirable d'insignifiance, il égrène les jours dans l'absence de l'être aimée. Lui qui était enfin parvenu à trouver dans les yeux de Paule son autre enfance, celle que sa mère, prostituée, lui avait toujours refusée l'entourant plutôt de moult humiliations et brimades, il se retrouve à nouveau seul face à une incommensurable douleur. Il s'offre alors le droit de vivre pleinement sa mélancolie et ses larmes. Sa douleur, il la crie aussi en noircissant les pages de plusieurs cahiers, ses "Conquérant"
    Au fil des saisons qui s'écoulent aussi lentement mais invariablement que l'eau de la Meuse, cette souffrance insurmontable du début s'atténue et se cicatrise.
    "Je redeviens quelconque.
    Feil m'a permis, dans le jeu de l'oie mis en place à mon insu depuis mon arrivée, de passer bien des cases et d'arriver à la dernière []Ne suis-je pas le suiveur consentant de ce parcours né de la mort de Paule et qui m'a ramené, sans que je n'y prenne garde, vers ce que je voulais fuir et oublier ? Mais revenu au lieu de douleur, je ne retrouve que le souvenir de la douleur et non plus sa morsure."

    Ce livre, très sombre, est un pénétrant parcours de la souffrance occasionnée par la disparition de l'être aimée jusqu'à ne devenir qu'une pâle cicatrice. Son écriture aux détails rigoureux que certains apparentent à Simenon dans ses ambiances brumeuses et grises (comparaison dont il est bien difficile de se détacher tant elle se vérifie), est profonde de sincérité mais de pudeur aussi. Dans un style incontestablement poétique, par moment excessif peut-être, Philippe Claudel développe avec beaucoup de grâce les profondeurs du manque et de l'absence.


    2006-03-17Note : 4/5
    Sous le pont de Feil coule la Meuse
    Dans ce tout premier roman de Philippe Claudel, le narrateur déroule son lent, sombre et douloureux travail de deuil suite à la disparition de sa compagne Paule. Pour tenter d?apaiser son ?malheur qui bégaye? dans cet environnement partagé à deux, il quitte tout ce qui peut encore lui rappeler son amie défunte. Il échoue chez Madame Outsander à Feil, ?petite ville qui a si bien joué son rôle de miroir?, sur un méandre de la Meuse. Là, où ?tout est admirable d?insignifiance?, il égrène les jours dans l?absence de l?être aimée. Lui qui était enfin parvenu à trouver dans les yeux de Paule son autre enfance, celle que sa mère, prostituée, lui avait toujours refusée l?entourant plutôt de moult humiliations et brimades, il se retrouve à nouveau seul face à une incommensurable douleur. Il s?offre alors le droit de vivre pleinement sa mélancolie et ses larmes. Sa douleur, il la crie aussi en noircissant les pages de plusieurs cahiers, ses Conquérant (?Je souhaite forcer les mots à travailler mon deuil, à le dire, à exiger d?eux ce que moi-même je me refuse à faire ou ne le peux?).
    Au fil des saisons qui s?écoulent aussi lentement mais invariablement que l?eau de la Meuse, cette souffrance insurmontable du début s?atténue et se cicatrise.
    ?Je redeviens quelconque.
    Feil m?a permis, dans le jeu de l?oie mis en place à mon insu depuis mon arrivée, de passer bien des cases et d?arriver à la dernière [?]Ne suis-je pas le suiveur consentant de ce parcours né de la mort de Paule et qui m?a ramené, sans que je n?y prenne garde, vers ce que je voulais fuir et oublier ? Mais revenu au lieu de douleur, je ne retrouve que le souvenir de la douleur et non plus sa morsure.?

    Ce livre, très sombre, est un pénétrant parcours de la souffrance occasionnée par la disparition de l?être aimée jusqu?à ne devenir qu?une ?pâle cicatrice?. Son écriture aux détails rigoureux que certains apparentent à Simenon dans ses ambiances brumeuses et grises (comparaison dont il est bien difficile de se détacher tant elle se vérifie), est profonde de sincérité mais de pudeur aussi. Dans un style incontestablement poétique, par moment excessif peut-être, Philippe Claudel développe avec beaucoup de grâce les profondeurs du manque et de l?absence.
    Apparemment, ce sujet qui semble tant lui tenir à c?ur, n?avait pas été entièrement développé à son goût puisqu?il l?exploite à nouveau quelques années plus tard dans son autre roman ?J?abandonne?.

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