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 Cliquez pour agrandir | La Fille tatouée De Joyce-Carol Oates Editeur : Stock Parution le : 12 Avril 2006
Joshua Seigl, la quarantaine, écrivain estimé, riche et séduisant, est maître de son destin. Jusqu'au jour où une mystérieuse maladie l'oblige à engager une personne pour l'assister au quotidien. Lorsqu'il rencontre par hasard Alma Busch, une jeune femme pauvre et illettrée, recouverte d'intrigants tatouages, Seigl ne peut résister à l'envie de jouer les Pygmalion. Convaincu de lui offrir la chance de sa vie, il lui propose le poste et lui ouvre les portes de son intimité. Malheureusement pour lui, Alma Busch n'est pas la créature vulnérable qu'il croit, et lui fait payer très cher son paternalisme... La Fille tatouée est un huis clos érotique qui réunit deux visages de l'Amérique : l'élite cultivée, européenne, urbaine, et les exclus du système, analphabètes, sans ressources ni perspective. Deux mondes qui se croisent mais ne se connaissent pas, et qui surtout ne parviennent pas à se comprendre. Variation magistrale sur le thème du maître et du serviteur, ce roman est sans doute le plus controversé de Joyce Carol Oates. |
Commentaires Amazon| 2006-12-07 | Note : 4/5 | Dédié à Philip Roth Dans ce livre, Joyce Carol Oates fait se rencontrer deux mondes que tout semble opposer.
Tout d'abord, Alma Busch, 27 ans, qui a grandi dans l'enfer misérable de l'Akron valley, au cSur d'une cité minière devenue sinistrée. Alma est en adéquation avec son milieu viscéralement antisémite. Son éducation a été incontestablement influencée par une vive hostilité aux propriétaires banquiers (tous de confession juive) prétendument responsables de la déconfiture des exploitations dans le seul but de transferts financiers, au détriment de ses ouvriers.
Depuis quelques années, sans aucun bagage culturel et social, elle erre de galères en galères, touchant les milieux de la drogue et de la prostitution (ceux-là même qui l'ont marquée de ces disgracieux tatouages), jusqu'à être embauchée comme assistante chez Joshua Seigl.
Lui, proche de la quarantaine, est un auteur renommé, héritier d'une riche famille juive. Il habite seul à Mount Carmel se consacrant pleinement et presque exclusivement à la littérature. Aussi, requiert-il les services d'une assistante pour l'aider dans son quotidien entravé par une maladie nerveuse dégénérative.
Leurs vies s'entrecroisent donc dans un concept d'employé-employeur.
Alors qu'Alma a tout d'un légume social, sans scrupule ni ambition, mue d'un vif esprit haineux et vengeur, ses conceptions vont très sensiblement migrer de la haine à la complaisance. Mais c'est parce qu'avant tout elle a besoin qu'on l'aime et pour y parvenir elle est prête à toutes les abnégations, soumissions et humiliations comme dans sa vie d'avant.
Elle veut pourtant, et cela pas toujours consciemment, venger sa condition sociale rendant responsable, voire coupable, le sémitisme de son employeur. Elle déverse ainsi sa haine exacerbée au quotidien et derrière son dos car, en apparence, la fille tatouée se présente d'une docilité innocente, d'un dévouement respectable.
Dans cet ouvrage, l'auteure emploie toute la noirceur de sa plume pour dépeindre l'aversion maladive et sournoise qui habite Alma dans sa plus abjecte implacabilité. Elle pointe crûment un antisémitisme né de l'obscurantisme flirtant bien souvent aussi avec le déni de l'histoire. Il est peut-être bon de souligner que Joyce Carol Oates dédie ce livre à Philip Roth ce qui en dit long sur son contenu.
Plus je lis les ouvrages de cette auteure et plus je suis conquise par les qualités de son écriture capable de traiter avec précision des sujets aussi exigeants.
Un bon roman, cruel à force de justesse.
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