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Un roi sans lendemain
De Christophe Donner
Editeur : Grasset
Parution le : 22 Août 2007

Qui a tué l'enfant du Temple ? C'est la question que se pose aussitôt Henri Norden, quand on lui demande d'écrire le scénario d'un film consacré au fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Principal suspect : Jacques-René Hébert, écrivain favori des sans-culottes et directeur du Père Duchesne, le journal le plus scandaleux et le plus célèbre de la Révolution. A l'heure où l'on pense avoir authentifié le cœur de Louis XVII, le tabou sur le destin de ce " roi sans lendemain " est-il vraiment levé ? La réponse est expiatoire. Si elle n'est pas dans le film de Norden, elle se trouve dans le roman de Donner.


Christophe Donner est né en 1956 à Paris. Cinéaste et écrivain, il est notamment i'auteur de L'Esprit de vengeance (1991), L'Empire de la morale (2001), et Bang ! Bang ! (2005), parus chez Grasset.

  • Littérature française
  • Vos avis

    Scénariste à ses heures, l'écrivain Henri Norden accepte la proposition d'une riche femme d'affaires de faire un film sur Louis XVII. Ses recherches sur le sujet l'entraînent sur les traces de Hébert, un écrivain révolutionnaire qu'Henri considère comme Le véritable assassin du petit Capet.Hébert, fondateur du "Père Duchesne" le plus célèbre brûlot de la Révolution,n'a cessé dans ces écrits, d'attiser la violence et la haine du peuple en prônant l'anéantissement complet de la famille royale.
    La Révolution, synonyme de haine aveugle, de barbarie, de chaos. C'est ce que dénonce Christophe Donner dans ce féroce réquisitoire, l'accablant constat de la liberté devenue animale. A cette période tourmentée s'ajoute une réflexion pertinente sur le pouvoir et l'influence de l'écrivain sur ses contemporains.Ce "roi sans lendemain", où l'enfant martyr tend vers le sacré, le divin, est une passionnante leçon d'histoire aux échos résolument modernes.
    Malaura


    Extrait

    Henri en était à la cinquième ou sixième version de son livre sur Ulises.
    Mais bon sang, se dit-il, pourquoi est-ce que je me fais autant de mal, depuis tant d'années, à prêcher dans le désert la cause du vrai, de l'intime ? A quoi mène cette obsession de toucher au nerf ?
    Il se leva d'un bond, propulsé par le désir fou d'en finir avec l'autobiographie, en finir avec tout ce travail d'in­trospection, tellement épuisant au bout du compte. Il avait alors repris son livre depuis le commencement, passant allègrement de la première à la troisième personne du singulier.
    Pour un écrivain comme Henri, c'était un revirement complet. Ses récits farouchement autobiographiques lui avaient valu une réputation d'ennemi du roman, réputation à laquelle il avait fini par s'attacher, tout en continuant d'écrire des romans, mais à la première personne, afin de brouiller les pistes. Car s'il se méfiait de l'imagination, il ne s'était pas gêné pour s'en servir à l'occasion. Au bout du compte, il avait un peu tout essayé, mais on n'avait retenu de lui que son côté rebelle, c'est-à-dire autobiographique.
    Le véritable défi, c'était d'écrire à la troisième personne. Parler de lui comme d'un personnage, qui n'était donc pas tout à fait lui, ça, il n'avait jamais osé. Pourtant, très vite, il en avait ressenti un soulagement profond, un souffle libérateur l'emportait, le poussait dans l'écriture, et à sa grande surprise. A sa grande joie, il avait découvert que son texte, initialement écrit à la première personne, ne perdait rien au change, au contraire, le il ne prenait pas la place du je, mais y ajoutait un vernis subtil, autorisant des digressions plus longues, plus mali­cieuses, et même des incursions à l'intérieur de sa personne, encore plus profondes, plus intelligentes. Comme quoi.
    La seule chose sur laquelle Henri ne reviendrait pas, c'était le titre, Me faire ça à moi, il le garderait, il le trouvait trop bon.
    Lui faire ça à lui, ça n'a aucun sens, se dit-il. Et de toute façon,
    ... Lire la suite


    Commentaires Amazon

    2008-03-19Note : 4/5
    une approche nouvelle
    Comment un arriviste provincial se mue en bourreau du petit roi. Le livre de C. Donner nous emmene dans la vie d'un auteur contemporain ( pas très utile)qui èvoque la mort de Louis XVII en retraçant la vie de Hébert, son bourreau en chef.
    C'est un livre tragique, car au fond Hebert ne voulait pas la mort de l'enfant, il voulait seulement faire carrière. L'ascension de Hébert est racontée étape par étape avec en contrepoint la déchéance physique et morale de l'enfant du Temple. Hébert était il cruel? non il était seulement indifférent.
    Ce livre est très émouvant et remet dans la perspective de la Grande Révolution, le meutre de Louis XVII.
    A lire, non pas parceque on est critique de la Révolution, mais parce que c'est une description, dans un contexte spécialement dramatique, du choix de l'homme entre la fin et les moyens.

    2008-01-24Note : 5/5
    Livre à tiroirs
    C'est un bel exercice de style que ce roman de Christophe Donner : il mêle habilement un roman contemporain (l'histoire de l'auteur), et un roman historique qui lui-même mèle l'histoire de Louis XVI, Louis XVII, Marie-Antoinette (la "grande" histoire) et de Jacques-René Hébert, écrivain populaire, journaliste précurseur de la presse satirique (l'histoire moins connue).
    Enfin, il dresse un portrait du couple royal qui sort un peu des clichés stupides que l'on peut voir souvent (cf le récent film "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola), expliquant l'évolution de Marie-Antoinette, son passage de la frivolité à l'âge adulte, et le caractère particulier de Louis XVI, faible certes, pas à sa place (lui-même le concède volontiers), mais démontrant un vrai courage dans ses prises de positions, privilégiant le peuple et non ses privilèges.

    2007-09-03Note : 5/5
    Un livre éblouissant
    Je sors de ce livre, savouré de la première à la dernière ligne sans lever le nez, à part les pauses-repas et sommeil. On ne raconte pas "Un Roi sans lendemain". C'est un souffle qui se maintient superbement, et qu'on quitte au bord des larmes. Un enfant respire dans ces pages, un coeur bat la chamade comme celui de l'oiseau qui meurt à la fin. Il s'agit de Louis XVII, personnification non seulement du dernier vestige de royauté à anéantir, mais de la jeunesse et de l'innocence à supprimer, parce qu'elles sont, pour Robespierre, un miroir insupportable.Merci à Christophe Donner pour une recherche historique qui n'a altéré en rien la force poétique de l'écriture.

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