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Quartier général du bruit
De Christophe Bataille
Editeur : Grasset
Parution le : 23 Août 2006

Janvier 1934. Un homme dans la trentaine, élégant, décidé, range sa voiture devant une belle demeure où l'on choque les grands dépressifs, avant de les installer, tels des azalées, des hellébores, dans une verrière qui domine Paris.
Kobald, c'est son nom, rend visite à son ami, son patron, son maître, un homme à moustache, qui somnole devant une gouache : Berrnard Grasset. L'éditeur génial a déjà publié Radiguet, Cocteau, Kafka. Mais aussi Hitler et Trotski. Il s'est disputé avec Malraux. Dans Paris-papier, on dit qu'il est fou. Chaque année, le Patron reste de longs mois vides à Meudon, dormant parmi les manuscrits et les lettres, hébété. Puis, en tweed et cravate, il reconquiert Saint-Germain des prés : le centre du monde.
Kobald n'a qu'une idée en tête, s'assurer que le roi est mort. Que le Patron, lessivé par la lecture sans fin, par son métier, par les auteurs, leurs caprices, leur génie parfois, lessivé par ses amours, lui laissera sous peu les clefs de la maison des livres, sise depuis vingt ans au 61, rue des Saints-Pères.
Ce roman étonnant nous conte six mois de passions chez les " gens du papier ". Six mois de lutte entre ces deux hommes qui s'aiment fraternellement, s'épient, se mentent, mentent à tous les autres, surtout, en souvenir du temps où, venus de province, ils n'avaient qu'un costume pour deux et pour les soirs de fête. Six mois qui s'achèvent par la remise du prix Goncourt 1934.
Quartier général du bruit est donc un roman sur la littérature, et la passion absolue de la littérature. Dans cette secte un peu à part, on croise peu de notaires. Les éditeurs jettent les manuscrits par les fenêtres, lisent jour et nuit, se baignent, une page à la main, et récitent la " Chanson du mal-aimé " à celle qu'ils aiment. On croise aussi des romanciers, des révolutionnaires, des poètes, quelques industriels, des femmes de haute tenue ou de basse volée, des joueurs de pokers - rois secrets de notre époque.

  • Littérature

  • Commentaires Amazon

    2006-12-27Note : 4/5
    Violent et iconoclaste
    Bernard Grasset, fondateur des éditions portant aujourd'hui son nom, était manifestement un homme étrange, tourmenté, violent et passablement agité du bocal comme l'aurait écrit Céline. C'est pour restituer cette vision tourmentée de l'homme que Christophe Bataille, écrivain et éditeur chez Grasset, a signé ce très court roman.

    Quartier général du bruit se lit comme on regarde un miroir brisé : les fragments sont épars et renvoient chacun une image de Grasset. Dans le livre, on suit Kobald, son assistant, qui convoite le poste de son patron du jour où ce dernier finit à l'asile pour cause de délire aggravé. La progression de l'ambition de Kobald ne semble pas suivre un trajet linéaire, mais je n'en jurerais pas, d'où ma référence aux fragments. Vision d'un Grasset à l'hôpital, vision d'un Grasset jouant du revolver ; soirée mondaine où tout Paris se presse ; retour du patron fou... Dans quel ordre tout cela est-il censé se lire ?

    C'est avec une écriture étrange, violente, désordonnée et par moment à la syntaxe incorrecte que Bataille met en scène les tourments de Kobald, sorte de clone de Grasset dont il aurait épousé la folie sans avoir le bocal suffisamment solide pour tout supporter.

    L'édition, c'est l'électricité + les mots, s'exclame Grasset dans le livre ; on n'est pas là pour parler littérature mais business. Ce livre témoigne aussi de quelque chose de comme si les romans n'étaient finalement qu'un appendice justifiant le commerce que Bernard Grasset en faisait : un moyen en soi plutôt qu'une fin.

    Etrange et parfois inquiétant, ce Quartier général du bruit se lit comme certains psychiatres entendent leurs patients raconter leurs délires. Par moment on croirait lire du Nietzsche ou du Céline sous acide. Est-ce un compliment ? En tout cas, un roman à lire sans hésiter !




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