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Le Capital

Le Capital

Auteur :

Editeur : Grasset

A travers les aventures de Marc Tourneuillerie, patron de la plus grande banque européenne, ce roman est la satire la plus féroce, la plus drôle et la plus efficace que l’on ait jamais écrite sur le monde capitaliste actuel.
On y découvre la vie d’un établissement financier où la soif d’argent et de pouvoir s’habille des atours de la rationalité gestionnaire. On y évolue dans les milieux de l’élite économique et de la jet-set internationale entre Paris, Londres, New York, Davos, Tokyo…
On y vit dans les paradis artificiels de la drogue, les images artificielles d’Internet, la bulle artificielle des fortunes éphémères, le temps artificiel du décalage horaire, le sexe artificiel des fantasmes délirants.
On y réalise que les nouveaux jeux vidéo sont en train de tuer nos enfants, les nouvelles valeurs de tuer notre humanité, les nouvelles idoles de tuer nos désirs… et que nous sommes peut-être tous devenus des monstres.
Bienvenue dans le monde merveilleux du capitalisme à ciel ouvert !

21,90 €
Vendeur : Amazon
Parution :
589 pages
ISBN : 978-2-2466-5781-1
Extrait

Ce qui suit est le récit de cinq années de ma vie. La durée d'un plan de stock-options.

Le conseil d'administration du Crédit Général vient à l'instant de me porter à sa présidence.
Me voilà triomphant, moi Marc Tourneuillerie, quarante et un ans. Tout nouveau potentat de la plus grande banque européenne. Phénix de la finance. Top gun précoce des affaires.
A quelle inestimable aptitude dois-je la fulgurance de ma réussite ? Qu'y a-t-il en moi de si désirable pour m'assigner une haute destinée ? Pourquoi m'aime-t-on autant ? Est-ce la pénétration de mon regard bleu ? La calvitie naissante qui me fait paraître plus vieux que mon âge ? La puissance de mon buste ? La vivacité de mon intelligence ? La voracité de mes désirs intimes ? Je suis une merveille de la nature. Je mérite mon sort d'exception. Je m'admire.

Le coup de ma désignation à la présidence du Crédit Général avait été monté depuis des semaines. Jacques de Mamarre, mon prédécesseur, m'avait dit de me tenir prêt.
Je me tenais prêt mais rien ne venait. La mécanique s'était enrayée.
Dans le big business, pareille nomination n'est jamais acquise d'avance. L'incertitude subsiste jusqu'au dernier moment. Jacques - j'étais invité à l'appeler par son prénom depuis qu'il m'avait informé de mon sort - en avait épuisé plus d'un, des types comme moi. Il faisait miroiter une succession prochaine, avant de reculer l'échéance de loin en loin. Aucun des candidats pressentis ne s'était lassé d'attendre une issue favorable. Jacques de Mamarre avait dû les foutre à la porte. " Ils veulent mon sang. Je suis chez moi ici. Personne ne me dictera ma conduite. Qu'ils s'en aillent ! " Les récalcitrants au départ avaient beaucoup perdu à vouloir résister. Jacques s'était acharné. Un bain de sang. Des magnifiques carrières ratatinées pour de bon. Qui voudrait d'eux après un tel échec ? La réputation de looser leur collait à la peau.
Au moins quatre dauphins putatifs s'étaient succédé avant moi. Un bandit de grand chemin qui piochait dans la caisse, un névrosé qui martyrisait son monde, un immature qui perdait pied à la première contrariété. Le pire qu'avait eu à connaître Jacques était un pédé, le dernier en date des successeurs. Un type honnête, capable et mesuré pourtant. C'était à lui que Jacques en voulait le plus. Comment avait-on pu lui faire une chose pareille ? Une tantouze à la tête de l'établissement bancaire le plus puissant en Europe ? Il irait se faire péter la rondelle dans la salle des coffres. Il réglerait ses michetons avec un chéquier du Crédit Général. Souillure !
Parce qu'il n'avait pas révélé son orientation sexuelle à temps, son éviction avait tourné au massacre. Jacques avait mis les homophobes, nombreux dans l'état-major de la banque, de son côté. " Qu'il aille se faire mettre ! Dehors les fiottes ! " Un lynchage collectif. Une fatwa du business lancée contre lui.
Si je réussissais là où d'autres avaient échoué, je le devais à la chance. Jacques de Mamarre s'était découvert un cancer des testicules, diagnostiqué au stade quasi terminal. Il avait longtemps refusé de consulter. Etre affligé d'une maladie des couilles lui paraissait attentatoire à sa virilité.
Peu de temps avant la découverte de son cancer, à mesure que l'hypothèse de ma désignation à la présidence se précisait, Jacques avait commencé à envisager les modalités de mon éviction. Je n'allais pas tarder à y passer. Il s'en était ouvert à plusieurs administrateurs, qui m'en avaient informé aussitôt.
Comme la chimiothérapie l'épuisait, il s'absentait de plus en plus souvent. L'activité de la banque s'en ressentait. C'est du moins ce que je prétendais à qui voulait l'entendre. Rien de trop explicite dans mes témoignages : le simple relevé des décisions en souffrance du fait de la maladie du patron. Le moment n'était pas venu de le pousser dehors. Le plus sage était de s'en remettre à l'évolution programmée de sa tumeur maligne. Sans intervenir.

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