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68, mon amour
De Daniel Picouly
Editeur : Grasset & Fasquelle
Parution le : 5 Mars 2008

29 mai 1968, la France est paralysée par les grèves. Tandis qu'au matin, De Gaulle, fatigué, en proie au doute, s'apprête à quitter l'Elysée à bord d'un hélicoptère pour rejoindre la résidence du général Massu à Baden Baden, notre narrateur, fervent gaulliste et désormais étudiant en première année de droit, quitte la cité Million près d'Orly pour la faculté d'Assas, à bord du camion poubelle de son beau-frère. Au même moment, un physionomiste des Renseignements généraux observe les allées et venues devant l'immeuble du premier ministre, un certain Georges Pompidou... Une folle journée commence ! Dans les coulisses des ministères et de l'assemblée, où les ambitions pourraient bien se dévoiler. Boulevard Saint Germain, où, malgré les charges de CRS, le narrateur amoureux joue au chat et à la souris avec Gersende, camarade d'études et demoiselle de la haute, déjà fiancée. Non loin de Notre-Dame, où les amis de la cité, Saint Mexan, miraculé après sa chute du toit d'une HLM, et Nanette, la sainte aux cheveux rouges, unis par un amour explosif, préparent un attentat. En Allemagne, où se joue l'avenir de la France, tandis que Madame Massu tente de faire la conversation à Yvonne De Gaulle. Une journée historique, qui s'achève sur la rencontre, dans un café de l'Odéon, du narrateur avec une grande éditrice parisienne... Tissant petite et grande histoire, Daniel Picouly nous emporte comme à bord d'une machine à remonter le temps dans un roman vrai et plein d'invention, où la drôlerie et la légèreté ponctuent brillamment l'émotion du souvenir.

  • [Mai 68]
  • Extrait

    Avoir 20 ans en 68,
    c'est surtout avoir 20 ans.


    1

    29 mai 1968, sept heures

    Le Général de Gaulle a disparu.
    Personne encore ne le sait. Pas même lui.
    A cette heure, il se recueille dans la petite chapelle de l'Elysée, au rez-de-chaussée de l'aile Est. Le général est seul. Il se tient à sa place habituelle agenouillé sur un prie-Dieu. Il est Immobile, la tête inclinée. Sa silhouette de pénitent se découpe sur le vitrage bleuté de la fenêtre en ogive. Le motif est parfaitement centré, le contour net et plutôt fidèle. Il n'y aurait rien à redire à la composi-tion édifiante qui nous est proposée : un Charles de Gaulle en Saint-Sauveur. Rien à redire, si ce n'était le nez qui offusque la légèreté du trait, mais surtout cette haute carcasse qui s'entête à ne pas respecter les propor-tions du lieu. Il y a là un conflit de représentations. La masse du Général emplit la chapelle comme un fruit prisonnier de sa bouteille. Elle l'engonce aux épaules, se bute le haut du crâne à la voûte et finit de guerre lasse par dévorer tout l'espace. Si bien que dans ce petit jour qui peine à devenir, le Général de Gaulle ressemble à un vitrail cannibale.

    Sur le velours rouge du prie-dieu, un éclat de lumière facétieux perce son alliance à la main droite et tente de le distraire de son recueillement. De Gaulle grogne. Il est mécontent. Ce n'est pas le moment de l'importuner. Il décroise ses mains et retourne à la conversation qu'il menait avec sa fille... Anne, c'est à croire qu'on ne veut pas nous laisser en tête à tête ce matin. De quoi parlions-nous ? Des événements du dehors, bien sûr. De ce mois de mai. J'espère que tu n'en es pas lassée. Déjà trois semaines de désordres. Une éternité. Où en sommes nous, aujourd'hui ? Au plus mal, je te l'avoue. Cet après-midi, les communistes organisent une manifestation qui peut mener à l'insurrection et au renversement du pouvoir. Le mien. Je comprends ton étonnement, Anne. Lundi matin, je t'avais quittée confiant, les accords d
    ... Lire la suite

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