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  Fiche livre


Un effondrement
De Ghislaine Dunant
Editeur : Grasset
Parution le : 5 Septembre 2007

« Je voulais écrire ce livre avec une voix douce, cette histoire pour laquelle j'étais restée longtemps sans voix. J'ai raconté mon effondrement comme un tremblement de terre sans bruit, et la traversée des jours où j'avais tout perdu sans bien comprendre, en saisissant l'étrangeté de ce qui était là, parce que je n'arrivais plus à vivre et que tout était étrange. J'ai construit ce récit sans écrire le mot dépression, je n'ai pas cherché à exposer la maladie ou ses raisons. Je n'ai pas pris le ton de l'autobiographie, ce qu'on apprend de la vie de la narratrice prend peu de place. Ce sont les journées qu'elle vit que j'ai cherché à écrire. Les lieux, ce qu'elle y trouve, ce qu'elle sent d'elle et des autres. Les situations où elle touche ce vide qui la cerne jusqu'à l'insupportable. La vie qu'elle guette, qu'elle attend, qu'elle ne sait pas comment attraper mais dont elle attend tout le temps un signe. Et ceux qui sont là, qu'elle scrute, qui la désespèrent, qu'elle ne comprend pas ou qu'elle se met à rechercher parce que, auprès d'eux, ce sera enfin l'ouverture. J'ai voulu raconter cet effondrement sans pathos, sans plainte surtout, parce que l'état de dénuement m'a paru riche. Une réponse à la honte. J'ai cherché à le faire vivre ce dénuement avec des mots et des phrases qui tâtonnent, qui suivent le singulier trajet que fait la peur dans la tête, ou la stupeur. Je me suis émerveillée de la netteté des images qui étaient restées après plus de trente ans, elles étaient si fortes qu'elles se détachaient. Elles ne comptaient plus pour moi mais pour ce qu'elles racontaient. Ce qui s'est dessiné derrière le livre que j'écrivais, c'était cette question, comme c'est difficile d'être un être humain, une personne. C'est devenu le titre dans ma tête, la phrase qui me guidait. La narratrice est face à ce qu'elle est ou n'arrive plus à être, face à l'incertitude de vivre. Tout doucement et comme sans s'en apercevoir, les autres, un voisin de chambre, Robert, l'herbe sur laquelle elle vient s'asseoir avec eux à la tombée du jour, ce moment volé à la clinique, vont devenir réels à ses yeux, vont exister pour ce qu'ils lui donnent, sa vie à elle. »


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2008-08-07Note : 3/5
Sur le fil du rasoir
Ecrire sur la dépression ,c'est écrire sur le fil du rasoir : ne pas tomber dans l'auto-apitoiement tout en arrivant à faire partager aux lecteurs ce que l'on a vécu (je doute qu'on puisse écrire sur ce thème sans l'avoir approché au plus près).11jn5iRbqDL
Ghislaine Dunant ,en évitant le second écueil typique , "Regardez comme je suis plus fort(e)maintenant",n'exhibe pas cet effondrement comme d'aucuns leur douleur. Elle y revient, presque de manière clinique, presque comme si elle parlait d'une autre et cette autre c'est elle même, mais il y a longtemps déjà...
On frémit, en lisant que dans les années 70 on pratiquait encore en france les électro-chocs,on a envie de secouer ses soignants qui ne parlent pas ou presque pas aux malades, qui n'expliquent rien du traitement subi par les patients.
Une écriture qui, parfois, m'a rappelé celle de Duras. Une écriture au plus près de cet engourdissement provoqué par les médicaments, une recherche mais "Comment pouvais-je dire au médecin que j'avais perdu quelque chose, il me manquait quelque chose pour faire tout ça et je ne savais pas ce que c'était? ".
Un livre qui nous entraîne avec lui et que je n'ai pas su lire d'une traite, éprouvant le besoin de "bouffées d'oxygène". Une écriture très belle comme assourdie.

2008-04-25Note : 5/5
Le maillage du néant
Il y a un peu de "La donation" dans cet "effondrement". Et j'ai adoré le livre de Florence Noiville, un peu moins celui de Ghislaine Dunant, mais ce dernier reste très bien écrit, et à lire de toute façon...
Elle présente de façon très juste, via le délitement progressif, latent, de sa narratrice, le morcellement angoissant, mortifère de la psychose, terme qui n'est d'ailleurs jamais employé dans le livre. La narratrice ne comprend pas ce qui lui arrive à l'interieur d'elle, elle ne comprend pas plus ce qui lui arrive dans cette clinique, où personne, semble-t-il ne prend la peine de lui expliquer quelque chose. Elle gobe tous les jours un pot de confiture, personne ne lui dit pourquoi. Les autres patients sont comme elle des ombres abandonnées là. Elle questionne très justement cette sorte d'exil où sont relégués les malades. L'épisode du faux bar-café est vertigineux, donne le frisson.
Ne cherchez pas de vraie histoire dans ce roman, il n'y en a pas... C'est plus un maillage linguistique, tissé autour du rien qui effraie, du rien "d'en dedans".
J'aime.

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