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Fiche livre | | |
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 | Trop bien élevé De Jean-Denis Bredin Editeur : Grasset Parution le : 2 Novembre 2007
Ce que je voudrais ici, c'est décrire les premières années d'un enfant trop éduqué, et, à travers lui, si je le puis, les sentiments, les mentalités, les rites qui dominaient encore une part de la bourgeoisie quand vint la guerre de 1939. Je voudrais tâcher de retrouver ceux que j'ai connus, aimés, et chez eux, toute la peine qu'ils se donnaient pour fabriquer des enfants très solitaires et parfaitement bien élevés (...). Comment vivre, marcher, respirer, sans déranger ? Frapper avant d'entrer, s'effacer dans les portes, sourire, toujours sourire... Il ne suffira pas d'une vie entière pour se faire pardonner d'exister." (J.-D. Bredin) Du même auteur : L'Affaire ; Lettre à Dieu le Fils. |
Commentaires Amazon| 2008-10-17 | Note : 5/5 | La pudeur est une défense, si légitime... Ce livre m'a confirmé une chose que je savais déjà pour l'avoir vécue dans mon coeur: une nounou, une "Demoiselle", est souvent la personne qui sauvera l'enfant d'une possible frigidité affective. Tendresses retenues résultant d'un amour parental par trop capitonné, amidonné et qui se protége sans doute de quelques éventuelles souffrances futures.
Que de phrases justes, que de descriptions touchantes, que d'émotions relatées avec pudeur mais écrites néanmoins après tant d'années... c'est dire comme elles ont dû continuer à vibrer, synapses incandescentes.
Ces phrases justes résonnent en écho dans mon âme. Merci Monsieur Bredin.
| | 2008-04-15 | Note : 5/5 | Je traîne les pieds dans les feuilles mortes, pour marquer mon chemin La plupart des critiques de la vie bourgeoise font leurs attaques par l'extérieur. Ils affirment avoir subit une espèce de transsubstantiation, avoir dépassé le foyer et l'éducation, planant au-dessus de la société, libres comme l'oiseau. Ce qui fait ce livre si singulier c'est que l'auteur reconnaît que son éducation a fait de lui ce qu'il était - et qu'il est toujours.
Un chagrin profond met son empreinte sur ces souvenirs d'enfance, le chagrin d'avoir été élevé dans un monde qui a tout donné mais qui a demandé en même temps de prendre possession de toute l'existence de l'homme. En un certain sens le récit reflète l'affirmation du philosophe allemand G.W.F. Hegel: "La société civile est devenue la puissance prodigieuse qui attire l'homme à elle, exige qu'il travaille pour elle, qu'il lui doive tout ce qu'il est et n'agisse que par son intermédiaire."
Tous les miniscules gestes, les mouvements, les règles de la vie de tous les jours sont montrés comme les conditions indispensables pour vivre dans un milieu social particulier. Cela est fait d'une écriture sans affectation, riche de détails vivants - s'approcher de quelqu'un dans la rue, l'éviter, lui sourire, s'asseoir sur une chaise, aller à l'école, entrer dans une chambre, tout sous les règles sévères et inalterables d'un milieu aisé et cultivé. Internalisés comme des demandes intérieures ces règles pourraient développer une conscience de culpabilité, une crainte de commettre une faute, la honte d'être vivant.
Être "bien élevé" obtient une importance primordiale, car ce "bien élevé" est le nom d'un profond modelage du corps et de l'esprit qui donne accès à tout ce que vous recherchez - le travail, le respect, l'amour et tous les merveilleuses créations de la culture bourgeoise. La contrainte paralysante émanant de l'alliance impie entre l'affection et les demandes est évidente, ainsi que l'impératif de se distinguer pour obtenir la tendresse des personnes sans lesquelles la vie n'est pas la peine d'être vécue. - "Tâche d'être le premier. Fais-moi plaisir."
En même temps l'expérience de la guerre et de l'occupation sont sinistrement présente dans le livre, l'angoisse du garçon dont le père était d'origine juive. Sur des pages émouvantes le lecteur le suit se promenant dans le Marais la nuit, est témoin de l'apparition de l'étoile jaune, des rafles, des bruits de voitures, des femmes qui se battent en vain, des élèves au lycée qui disparaissent sans un mot, sans trace. Inoubliable est le portrait du camarade d'école Feldman qui devait mourir à Auschwitz.
M. Bredin est maintenant un vieil homme. Il a contribué d'une manière importante à la vie culturelle française ainsi qu'à la défense de ces droits légaux sans lesquels nulle nation civilisée peut subsister. Il a été chargé d'honneurs. Mais le prix pourrait être lourd. La loyalité et l'opposition, la fidelité et l'aversion sont unis fatalement dans un mode d'existence dont on ne s'évade pas sans mettre tout ce qu'on chérit en jeu. "Trop bien élevé" est un livre courageux, beau et triste.
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