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Charlotte Delbo: La vie retrouvée

Prix Femina Essai 2016

Charlotte Delbo: La vie retrouvée

Auteur : Ghislaine Dunant

Editeur : Grasset

« Je rencontrais une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie pour toucher l'âme, le corps qui souffre ce qu'un être humain ne doit pas souffrir. Les mots peuvent dire ce qu'il est à peine supportable de voir, et de concevoir. Et ils peuvent ramener l'amour que Charlotte Delbo avait eu pour toutes celles, ceux qu'elle avait vu souffrir. La lucidité, la capacité de dire et d'écrire était là. Une langue pouvait rendre ce qui avait eu lieu. Le trou que faisait dans notre humanité la catastrophe d'Auschwitz, un écrivain me donnait le moyen de le raccommoder avec une oeuvre qui en faisait le récit. Elle avait cherché la beauté de la langue dans le terrible des mots ciselés en arrêtes coupantes. Elle les disait avec la douceur qui prend quand l'au-delà de la douleur est atteint.
Elle l'écrivait des années plus tard, ouvrait les images restées, elle interrogeait avec liberté les souvenirs au moment où elle les écrivait, elle découvrait la vie retrouvée ». G. D.

24,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
608 pages
ISBN : 978-2-2468-5995-6
Les avis

La presse en parle

Une biographie prodigieuse défriche la vie de Charlotte Delbo, déportée qui passa le reste de sa vie à témoigner. D'une grande justesse.

Le livre s'ouvre sur l'exploration d'une maison abandonnée, entourée de hautes herbes et de rideaux d'arbres, en bordure d'un talus grillagé. Une ancienne gare devenue pavillon de chasse, que Charlotte Delbo (1913-1985) acheta pour y vivre, des années après son retour des camps de la mort. En deux, trois pages abyssales, un défrichage, un déchiffrage. A quoi tient une biographie réussie ? A l'écriture, avant tout. Une riche documentation peut sembler suffire. Alors, on n'aura qu'un pavé à émietter, une banque de données à picorer qui ne laisseront de traces qu'en surface. Si une plume se pique de mettre de l'ordre dans la vie d'autrui, d'en fouiller les tréfonds pour mieux en comprendre les si­gnes extérieurs, alors un chemin initiatique s'ouvre au lecteur.

Ghislaine Dunant a réussi ce prodige, d'autant plus exemplaire que son sujet est monumental, écrasant. Comment trouver la juste place pour raconter le destin effroyable de la résistante communiste Charlotte Delbo, qui vit son mari fusillé au mont Valérien en 1942, avant d'être déportée à Ausch­witz, puis à Ravensbrück jusqu'en avril 1945 ? Comment trouver le juste mot pour parler d'une immense femme de lettres, qui consacra le restant de son existence à raconter l'inconcevable, dans des livres protéiformes inspirés par ses souvenirs des camps ? Ghislaine Dunant relève ces défis sans jamais sortir de l'ombre. Elle donne à voir sans jamais disparaître. Respectueuse et perspicace, elle commente, analyse, met en lumière. Dissèque finement les textes de son modèle plutôt que de les paraphraser. Offre de longues pages, concrètes et factuelles, de récit du quotidien de cette rescapée, comme pour la réinscrire dans la vie réelle. Dans cette « vie retrouvée », comme l'indique le sous-titre de sa biographie qui résume parfaitement toute l'entreprise littéraire et existentielle de Delbo.

Sans doute la réussite de cet ouvrage vient-elle aussi de la reconnaissance. Elle-même auteure d'un roman salutaire sur l'enfermement psychiatrique (Un effondrement), Ghislaine Dunant dit avoir été sauvée par la lecture d'Aucun de nous ne reviendra, le livre phare de Charlotte Delbo. Comme cette dernière fut sauvée par Le Misanthrope de Molière, qu'elle échangea contre un bout de pain à Ravensbrück. Entre les deux femmes, le miracle de la littérature a eu lieu. Une transmission secrète, un échange souterrain. « Quand on a regardé la mort à pru­nelle nue / C'est difficile de réapprendre à regarder les vivants aux prunelles opa­ques », écrivit Charlotte Delbo. Cette biographie dessille, lave le regard pour le préparer à se plonger dans une oeu­vre majeure encore trop méconnue. Pour que le passage de relais silencieux se poursuive.

Marine Landrot, Télérama

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