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Traverser l'hiver

Traverser l'hiver

Auteur : Mélanie Wallace

Editeur : Grasset

Sélection Rue des Livres

Lorsque June débarque dans le motel de Mabel, quelque part sur la côte Atlantique des États-Unis, cette dernière saisit immédiatement la fragilité de la situation. June semble trop jeune pour être mère, son compagnon affiche un comportement hostile et, quand il disparaît au bout de quelques jours, laissant June et son bébé Luke sans la moindre ressource, Mabel décide de leur venir en aide. Elle-même est veuve, et toujours en butte à un deuil qui ne veut pas passer. Lorsque l'hiver arrive, elle doit faire appel à son amie Iris, car les bungalows de son motel ne possèdent pas de chauffage. June et Luke sont alors relogés dans un pavillon au fond du jardin d'Iris, à la seule condition de ne pas rompre l'isolement absolu dans lequel vit cette dernière. June ne sait donc presque rien de la mort violente de son mari Matthew, ni de la rupture avec sa fille Claire, devenue photographe, et ne peut pas encore comprendre la décision d'Iris de passer sa vie retirée de la société. Mais elle sera guidée par Duncan, l'avocat et homme de confiance de sa bienfaitrice, et Oldman, un ancien reporter-photo dont le visage a été déchiqueté par un singe, qui se prend d'affection pour elle et son bébé. Quand Claire revient dans sa ville natale, après de longues années d'absence, accompagnée de Sam une gueule cassée de la guerre de Vietnam la vie de June prend une nouvelle tournure.

Des destins entrecroisés de personnages cabossés, abandonnés, en deuil ou en colère : rares sont les écrivains capables de dire avec autant de délicatesse que Melanie Wallace la solitude des êtres humains malmenés par la vie.

20,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
304 pages
ISBN : 978-2-2468-6112-6
Les avis

La presse en parle

Meurtries par le deuil ou maltraitées, les héroïnes de l’Américaine se tiennent pourtant debout, dignes, et gardent un mystère pudique. Fort et intrigant.

Quatre femmes sans homme. Ou presque. Elles sont veuves, abandonnées ou délibérément seules. Et courageuses, et obstinées, allant vaillamment leur chemin ou leur désespoir, leur solitude.

Les puissantes et éni­gmatiques héroïnes de l’Américaine Melanie Wallace saisissent par leur rigueur, leur volonté de ne jamais s’apitoyer, de taire des souffrances qu’on devinera à peine. Elles sont droites et justes dans la tourmente. Et la romancière très forte de construire ce captivant récit rien que sur des silences, des non-dits, des absences. Que le lecteur traque comme dans un thriller. Car de chapitre en chapitre, un personnage cache l’autre ; et semble prendre toute la lumière pour mieux nous enfermer dans son opaque mystère. Mêmes les dialogues disparaissent parfois dans la prose intense de l’Américaine, jusqu’à faire corps avec la matière, la nature, les sons environnants.

La vieillissante Iris, atteinte de parkinson, a ainsi choisi de raser puis de reconstruire le domaine où un mari psychopathe lui a fait subir trop de sévices, dont elle n’a pas voulu laisser trace. Elle a tout pris sur elle, pour elle, choisissant de préserver en l’éloignant leur fille unique, Claire. Au risque de la perdre, d’en faire une jeune femme à jamais seule, elle aussi. L’unique amie d’Iris, Mabel, peine quant à elle à se ­remettre du mortel infarctus d’un compagnon très aimé. Elle survit à son chagrin par son travail – gérer un motel – et son empathique curiosité de l’autre. C’est ce qui l’a fait recueillir cette étrange adolescente transparente et fière que le père de son jeune bébé vient juste de quitter. Qui est June ? On ne le saura jamais vraiment.

Meurtris par la guerre ou la crainte de l’autre sexe, les rares hommes qui accompagnent ces femmes mutiques n’en révèlent rien. Le monde de Melanie Wallace est de noire solitude. Mais les paysages sauvages y deviennent sourdement protecteurs et complices. Et ces êtres au cœur pur qui affrontent tant de secrets et de vides intérieurs ont une ampleur, une dignité qui forcent le respect. De la tragédie, on passe alors à une tout humaine rédemption. Splendide.

Fabienne Pascaud, Télérama

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