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L'Atelier du roman, numéro 6, printemps 1996 : La critique a-t-elle besoin des romanciers ?
De Collectif, G. Scarpetta, Milan Kundera
Editeur : Belles Lettres
Parution le : 7 Février 1996

En tout cas, un bon critique, c'est-à-dire quelqu'un qui ne se considérerait pas comme un agent culturel destiné à signaler au public des produits culturels (les livres), quelqu'un qui serait donc également un bon critique de la société, pourrait lui aussi devenir un spécialiste de toute la consternante fantasmagorie qui tend socialement à rendre le roman impossible. Ca pourrait être cela, en fin de compte, le propre de la critique : repérer ce qui tend à rendre le roman impossible. Depuis la guerre, la littérature française ne s'appartient plus. Elle est la propriété des Biographes, Biographes nouvelle espèce, qui ne sont plus des écrivains, [...] mais des universitaires, mais des critiques qui publient des biographies : des spécialistes, des gens qui instruisent. Qui instruisent même des procès.
Dans L'Age d'or du roman, dans cet essai critique de douze romans récents du monde entier, Guy Scarpetta va à contre-courant : l'oeuvre d'abord et l'oeuvre seulement. Aucune trace biophilique : nous n'apprenons sur les auteurs que le strict nécessaire à la compréhension du roman. Aucun exhibitionnisme : l'amas de ces prétendus savoirs qui lient l'oeuvre étudiée à son milieu, à son époque et aux besoins psychologiques de l'artiste nous est épargné. Ici, rien que les romans dans leur singularité, dans leur richesse d'objets d'art particuliers. Weber formule ses idées sur la bureaucratie entre 1905 et sa mort en 1920. Je suis tenté de remarquer qu'un romancier, en l'occurrence Adalbert Stifrer, a été conscient de l'importance fondamentale de la bureaucratie pour la modernité cinquante ans avant le grand sociologue. [...]
Weber a fait une analyse sociologique, historique, politique du phénomène de la bureaucratique. Stifter a posé une autre question : vivre dans un monde bureaucratique, qu'est-ce que cela signifie in concreto pour un homme ? comment son existence en est-elle transformée ? Dialectiquement, dynamiquement, "romanesque" et "roman" restent à travers l'histoire en étroite association. D'où l'intérêt théorique, mais aussi le relatif échec, de certains "nouveaux romans" : en rejetant la notion même de personnage, commune au "romanesque" et au "roman", ils ont imprudemment rompu le lien.

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