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Les Enfants de Rifaa : Musulmans et modernes
De Guy Sorman
Editeur : L.G.F.
Parution le : 19 Janvier 2005

Face à la mondialisation ressentie comme une menace, comment sauver l'intégrité de l'islam ? Les musulmans sont divisés. Un premier courant, celui de l'islamisme radical, peut conduire au fanatisme et à la violence ; il mobilise toute l'attention des Occidentaux. Pourtant, une autre tradition propose un islam éclairé et libéral. Son histoire commence en Egypte au XIXe siècle. Le héros en est Rifaa el-Tahtawi, penseur et homme d'Etat. Il modernise son pays en s'inspirant de la France où il a vécu. Depuis lors, les progressistes musulmans se désignent volontiers comme " les enfants de Rifaa ". Enracinés dans leur foi et leur culture, partisans de la démocratie et de l'esprit des Lumières, ils combattent les fanatismes religieux, les idéologies totalitaires et, avec courage, leurs propres tyrans. Pourtant, aucune caméra ne vient en porter témoignage ; pas une ligne dans nos médias. Allons-nous enfin soutenir ces alliés naturels de l'Occident ? Bien souvent, en effet, nos gouvernements préfèrent s'accommoder avec des despotes. Fatale erreur ! A terme, seule la libération des musulmans contre les islamistes, les dictateurs, l'ignorance et la pauvreté, pourra fonder notre propre sécurité. Au Maroc, en Indonésie, en Egypte, en Turquie, en Israël, au Koweït, en Arabie Saoudite, en Iran, au Bangladesh, Guy Sorman a rencontré ces " enfants de Rifaa ". Qu'attendons-nous pour leur tendre la main et tenter ainsi de réconcilier les musulmans avec l'Occident ?

  • [Poche]

  • Commentaires Amazon

    2008-08-23Note : 4/5
    Très bonne introduction
    A travers ce voyage dans le monde islamique et non pas arabe seulement, Guy Sorman se met à la portée de tous pour faire sauter quelques à priori que la propagande occidentale se plaît à faire germer dans nos esprits.
    Sans avoir la prétention de nous entraîner longuement dans le fond des différents visages de l'islam, il nous en dépeint les principaux traits, qu'à loisir nous pourront approfondir dans d'autres ouvrages.
    Ainsi, on sort de cette lecture avec un avis plus objectif que celui subjectif téléguidé par nos bienpensants occupés à produire les mêmes tares que celles qu'ils décrient à corps et à cris.
    Au moins le livre de Sorman permet de rééquilibrer la balance selon laquelle nous serions seuls à détenir la "vérité" ...

    2006-11-14Note : 2/5
    Le voyage d'un Tocqueville superficiel au pays de l'islam
    Dans Les Enfants de Rifaa, Guy Sorman explique que celui qui s'intéresse à l'islam a deux possibilités : se plonger dans les textes de la foi islamique, ou aller à la rencontre des musulmans ; il y a ceux pour qui « l'islam est un » et ceux pour qui il est « la somme des musulmans ». L'essayiste se range sans hésiter dans la deuxième catégorie.

    D'un point de vue épistémologique, la thèse de Sorman (il l'emprunte vraisemblablement à Olivier Roy, mentionné dans sa courte bibliographie) - les textes ne sont rien, seuls comptent ceux qui les portent - apparaît comme un truisme ou une contre-vérité. C'est une truisme de constater que les textes n'agissent pas par eux-mêmes et qu'ils ont besoin de la médiation d'individus, qui leur impriment leur marque, pour façonner le monde. Le Capital de Karl Marx n'a pas créé l'URSS tout seul, il a fallu des marxistes. Mais c'est une contre-vérité manifeste de soutenir que les textes n'ont aucune influence sur la réalité : l'URSS n'aurait point vu le jour, si le Capital n'avait été écrit. Pas de marxisme sans marxistes, pas de marxistes sans les écrits de Marx. L'opposition entre les textes et ceux qui s'en réclament n'est pas seulement paradoxale dans le cas d'un essayiste aussi prolifique que G. Sorman, elle est fausse : l'interprète est important, mais le texte, lorsqu'il présente une certaine cohérence - ce qui est certainement le cas du Coran, de la Sunna et du Fiqh dont c'est d'ailleurs l'objet même -, fixe un cadre. Ce cadre est d'autant plus contraignant dans le cas de l'islam que le Coran est réputé parole divine (ce qui n'est pas le cas de la Bible).

    Sorman se fait l'interprète de la vingtaine de musulmans qu'il a rencontrés de par le monde ; des propos intéressants nous sont rapportés. Mais l'islam, comme parole cohérente et millénaire, porteuse du logos divin, est radicalement absent. Cachez ce Coran que je ne saurais voir ! Curieux respect pour l'islam que sa négation comme parole divine, et comme théologie.

    A Gilles Kepel, Sorman emprunte la thèse de « l'islamisme à bout de souffle ». Les Enfants de Rifaa date de 2003, ce qui permet d'éprouver un certain nombre des prédictions auxquelles s'y livre l'auteur. Sorman analyse par exemple longuement l'avenir de la révolution islamique iranienne, et son diagnostic est sans ambiguïté : « Que cette sortie de la dictature islamique soit devenue un v?u majoritaire ne fait aucun doute. » « La jeunesse iranienne est devenue si ouvertement anticléricale que les mollahs hésitent à s'approcher des universités en costumes de clerc. » « Ce que souhaitent les Iraniens dans leur grande majorité, c'est le renvoi de la religion à la sphère privée (...). » Conclusion : « La fin de règne, quasi biologique, se rapproche. » D'ailleurs la révolution islamique elle-même n'était nullement un phénomène religieux, explique Sorman, mais un phénomène politique, économique et social ; une explication qui présente deux inconvénients : elle est tellement large qu'elle n'explique rien, et elle fait l'impasse sur la cause dont se réclament la totalité des acteurs (un point de vue « externe radical » qui n'est pas sans évoquer la vision marxiste des croisades) : leur foi. Que l'on revienne à la réalité et l'on se souviendra que deux ans après Les Enfants de Rifaa, l'écrasante majorité des suffrages iraniens se portaient sur la candidature d'un homme qui se proposait - il tient parole ! - de radicaliser la révolution islamique. Autant pour l'essoufflement.

    De ce que les textes islamiques n'ont aucune pertinence ou intérêt, il suit, dans la logique de Guy Sorman, que ceux qui plaident pour une réforme théologique de l'islam sont à côté du sujet. Ainsi de Taslima Nasreen, cette apostat condamnée à mort (l'islam ne laisse guère de doute sur la sanction qui frappe l'apostat), contre laquelle Sorman se livre à un réquisitoire qui n'est pas dénué de malveillance. Taslima Nasreen estime que l'oppression des femmes procède du Coran ; dans son livre La Honte, paru en 1994, elle dénonçait, entre autres, le viol de jeunes filles indoues par des musulmans. Sorman affirme que l'oppression des femmes ne procède pas de l'islam mais de « l'oppression partiarcale » qui caractérise le Bangladesh et qu'ainsi elle s'est « trompée de cible ». « Taslima Nasreen a commis un autre impair, plus troublant, poursuit Sorman : elle n'a jamais dénoncé que les viols perpétrés par des islamistes contre des femmes hindoues ; pas une ligne, en revanche, contre les nervis hindouistes qui, en Inde, violent les musulmanes (...). » La conclusion ? « Taslima Nasreen était (et reste) l'alliée des fascistes hindous. » ? relève d'une logique qui n'est pas sans évoquer les procès des Moscou. D'ailleurs, termine Sorman, également critique littéraire, l'?uvre de Taslima Nasreen est « très médiocre ».

    Les Enfants de Rifaa est un modèle de ce que le journalisme peut avoir de pire : l'auteur n'a pas même tenté d'étudier le sujet dont il prétend entretenir ses lecteurs. Sorman ne connaît pas l'islam, il discute et « sent » la réalité de son sujet à travers les propos de ses quelques interlocuteurs. Son livre encombre ceux et celles qui militent pour une réforme profonde de cet islam dont tout qui sait et veut bien lire le Coran, la Sunna et le Fiqh connaît l'intérêt et la richesse, mais aussi la radicale incompatibilité avec les fondements, non seulement de la civilisation occidentale, mais de la modernité.

    Sorman semble considérer qu'il a atteint à une sorte d'expertise générale, qui l'autorise à disserter sur tous les sujets sans exception au motif qu'il a rencontré M. ou Mme Untel ; Tocqueville superficiel, l'essayiste parcourt furieusement le vaste monde en enfilant des formules désopilantes que n'aurait pas reniées Tartarin de Tarascon : « La Charia saoudienne est cruelle, mais elle n'est pas toujours injuste » Késaco ?, émaillant ses guides d'un routard privilégié d'erreurs historiques fâcheuses : « Le royaume franc de Jerusalem dura un siècle, depuis sa création par Baudouin jusqu'à la reprise de la ville par Saladin en 1187 » - c'est Godefroy de Bouillon qui fonda le royaume franc de Jerusalem en 1099, et c'est en 1244 que les musulmans reprirent définitivement la ville sainte - et de considérations non argumentées mais néanmoins énoncées sur le mode péremptoire, comme l' « erreur historique » de la création de l'Etat d'Israël, sur lesquelles il vaut mieux ne pas s'étendre.

    Guy Sorman dispense également sa science au travers d'un blog, d'ailleurs fort intéressant quand il traite de sujets que l'auteur maîtrise, où notre essayiste se réfère régulièrement aux Enfants de Rifaa. Curieusement, dans une note du 20 octobre 2006, il célèbre la Taslima Nasreen néerlandaise, Ayaan Hirsi Ali : « Ecoutons Ayaan Hirsi Ali, écrit Sorman, cette députée néerlandaise qui avec Theo Van Gogh, a durement critiqué l'exploitation des femmes musulmanes perpétrée au nom de l'Islam. » Ayaan Hirsi Ali est une apostat condamnée à mort, une femme qui refuse de se qualifier encore de « musulmane » parce qu'elle considère que l'islam - pas l'islamisme, l'islam - est irréconciliable en l'état avec les institutions les plus élémentaires de la modernité : démocratie, séparation de la religion et de l'Etat, liberté d'expression, égalité hommes/femmes, etc. Et d'inviter sans détour ses interlocuteurs occidentaux à cette démarche parfaitement incongrue aux yeux de l'essayiste planétaire : connaître l'islam. Alors écoutons en effet Ayaan Hirsi Ali, mais en nous souvenant qu'elle défend, avec rigueur, en connaissance de cause et au péril de sa vie, une conception aux antipodes de l'ignorance volontaire de Guy Sorman.

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