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Le Temps Est Assassin

Le Temps Est Assassin

Auteur :

Editeur : Presses Cite

Eté 1989
La Corse, presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne.
Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite... et bascule dans le vide.
Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux.
Eté 2016
Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l'accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
A l'endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre.
Une lettre signée de sa mère.
Vivante ?

21,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
400 pages
ISBN : 978-2-2581-3670-0
Les avis

Le style est assassin
Je vous fais grâce d’un résumé du roman de Michel Bussi. D’autres que moi s’en sont chargés, assez adroitement d’ailleurs car il n’est pas facile de rendre compte du subtil jeu de piste organisé par l’auteur pour surprendre et égarer ses lecteurs avant de tout éclaircir dans les dernières pages. Lectrice attentive aux parutions de Michel Bussi qui m’avait séduite avec Un Avion sans elle et Nymphéas noirs, je n’ai pas hésité à acheter son dernier opus, Le Temps est assassin. Làs ! Quelle déception ! Certes, il y a la bonne idée de l’alternance des chapitres sur deux époques de la vie d’une jeune femme, alternance aussi de deux modes de narration, journal intime d’une adolescente et récit chronologique à la 3ème personne du retour de celle-ci sur les lieux où elle a perdu sa famille dans un accident de la route, vingt-sept ans plus tôt. J’ai notamment apprécié la fraîcheur un peu acide de la narratrice du journal et la justesse avec laquelle l’auteur évoquait cet âge de la vie où l’on se cache pour observer, avec rage parfois, jalousie aussi, envie de savoir passionnément ce que signifie « grandir ». Voilà ! Fin des louanges. Comment ? direz -vous, mais l’intrigue ! Eh bien, justement, elle ne m’a pas convaincue. Lectrice de romans policiers, je ne suis en général pas trop regardante sur la vraisemblance. Après tout, il suffit de se laisser embarquer. Malheureusement, dans ce cas précis, le charme n’a pas opéré. Pour ne pas dévoiler la fin du livre, je me bornerai à citer, sans précisions, deux situations assez étonnantes : un vieil homme de presque 90 ans qui vient de sortir d’un séjour à l’hôpital, notez-le bien, saute dans la mer d’une hauteur de vingt mètres, en une trajectoire parfaite, évitant les rochers acérés qui émergent juste en dessous, pour sauver deux personnes en train de se noyer. Il parvient à les tirer l’une après l’autre de leur fâcheuse situation (que je ne dévoilerai pas) et à les ramener successivement vers le bord alors qu’elles sont bâillonnées et ligotées _ deux poids morts donc _ à leur maintenir la tête hors de l’eau à la seule force de ses bras alors que le mer déchaînée se fracasse contre les rochers et que les secours n’arrivent pas. Moi je dis : chapeau ! Mais bon, un Corse, un vrai, c’est du solide ! Héritage génétique sans doute, son arrière- petite-fille échappe elle-même à une mort certaine en faisant du canyoning et en sautant de dix mètres de haut au-dessus d’une cascade, la corde de rappel ayant lâché. Bon, les miracles existent, mais quand même ... Ce qui m’a le plus accablée au cours de cette lecture, ce qui m’a fait « décrocher » à plusieurs reprises, c’est l’écriture à l’eau de rose la plus concentrée qui soit de Michel Bussi, ce sont des clichés dignes d’un roman de la collection Harlequin. Un exemple ? On n’a que l’embarras du choix. La «bimbo » de l’histoire, une certaine M- C, reconnaît vingt-sept ans après l’accident qui a coûté la vie au jeune homme qu’elle aimait qu’elle a eu depuis de nombreux amants mais qu’elle ne l’a jamais oublié. « Je vous le jure, Clotilde, je vous le jure, chaque fois que je fais l’amour, et Dieu sait si ça m’arrive souvent avec des hommes différents, pas une fois je n’oublie de penser à votre frère. Si j’étais écrivain, je crois que cela ressemblerait à une dédicace […], pas une fois je n’oublie de lui dédier cette petite mort qu’il n’a jamais connue. ». C’est beau, n’est-ce pas ? Et d’un goût ! Offrir son orgasme, la « petite mort » à un vrai mort ! La même bimbo, des années et des années plus tard, n’a rien perdu de ses charmes, merci la chirurgie esthétique ! Elle saute du haut du grand plongeoir d’une piscine _ décidément, on saute beaucoup dans ce roman !_ et, je cite à nouveau : « Le corps traversa l’eau comme une flèche, presque sans qu’aucune goutte ne gicle. Un plongeon superbe. De professionnelle. De sirène. M-C… ressurgit quelques secondes plus tard. L’ondine septuagénaire fit jaillir de son maillot blanc transparent deux seins tendus comme des obus. [M-C] aimait raconter qu’elle se faisait regonfler les seins chaque année, avant l’été. Le jour où elle mourrait, on l’allongerait sur le dos dans son cercueil mais grâce à eux, ils ne pourraient pas fermer le couvercle ! ». Joke. C’est une blague. Moi, je trouve ça affligeant, d’autant que l’auteur poursuit « Elle réajusta son maillot transparent devant les hommes au torse épilé taillé en V, stupéfaits par la mémé. ». Michel Bussi plaît aux lectrices. Il sait les faire rêver à coup de métaphores poétiques. Ainsi, lorsque l’héroïne va connaître une nuit d’amour attendue depuis des années, son amant la dépose dans une barque, « tel un chargement de dynamite qu’il n’aurait fallu en aucun cas mouiller ». La comparaison n’est-elle pas bien trouvée ? Oui, dans ce roman, ce qui est assassin, c’est le style ! La scène se poursuit dans une ambiance on ne peut plus romantique : « Au loin, dans un silence de cathédrale, M-C (la bimbo), entonnait a capella Sempre giovanu. Clotilde avait tenté de tenir jusqu’à ce chant pour ouvrir son sexe à celui de … ( je vous laisse le plaisir de découvrir le nom de l’élu) imaginant que la jouissance serait plus intense […] Elle n’avait pas pu résister quelques minutes de plus et avait joui pendant le refrain de Joe le taxi. ». Eh oui ! la chanson de Vanessa Paradis, c’est moins corse, mais beau quand même, vous ne trouvez pas ? Alors que sauver de ce désastre littéraire ? la Corse peut-être, ses paysages époustouflants de beauté, ses parfums, son sens de l’honneur. Je laisse aux insulaires le soin de dire s’ils se reconnaissent dans ces clichés. Quoi qu’il en soit, reconnaissons-le, Michel Bussi est un auteur qui sait ficeler une intrigue presque aussi bien que Marc Lévy et Guillaume Musso avec qui il partage l’honneur d’avoir été publié en plus d’un million d’exemplaires. On a les pairs qu’on mérite !

michka99

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