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J'aime pas les autres

J'aime pas les autres

Auteur :

Editeur : Julliard

«Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j'ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu'ils m'aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez. C'est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu'ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres. J'aime pas les autres.»
De la petite école à la grande, y compris celle de la vie, des premiers baisers à la longue quête de l'âme soeur, la jeunesse du narrateur, Anatole Berthaud, aurait pu être parfaitement heureuse... s'il n'y avait pas eu les autres. Entre roman d'apprentissage et récit autobiographique, le dernier livre de Jacques A. Bertrand nous enchante, comme toujours, par sa finesse, son humour et son élégance d'esprit.

Jacques A. Bertrand est, entre autres, l'auteur de Tristesse de la Balance et autres signes (sixième édition), du Pas du loup (prix de Flore), de L'Infini et des poussières, La petite fille qui se souvenait d'avoir parlé avec l'ange, Derniers camps de base avant les sommets, L'Angleterre ferme à cinq heures et La Course du chevau-léger.

15,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
123 pages
ISBN : 978-2-2600-1719-6
Extrait

Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j'ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu'ils m'aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.
C'est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu'ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres.
J'aime pas les autres.

Au début, je ne me suis pas méfié. Je parlais avec tout le monde. Pourtant, je ne maîtrisais pas encore parfaitement la langue. Je discutais avec les mouches. C'est comme les autres, les mouches. Vous espérez vous faire des copines, vous leur faites des politesses, de grands sourires et des bababas, et, toc, elles vous atterrissent dans l'oeil.
- Mais pourquoi cet enfant pleure ?
Ça, c'est ma mère. Elle insiste.
- Il a tout ce qu'il lui faut. Son pouce, sa girafe en caoutchouc, son parc avec les petites boules de bois qu'il peut faire tourner tant qu'il veut...
Mon parc, tu parles. Les boules. Il y a même des mouches qui piquent. Pas que des mouches.

Un peu plus tard, à la maternelle, pendant la récréation, ou au cours d'une séance de jeux interactifs, je ne sais plus, il y a cette gamine qui a l'air gentil, j'aime bien ses cheveux et sa petite robe, je vais la serrer dans mes bras. Elle se met à hurler. La maîtresse débarque en urgence avec ses yeux en forme de gyrophares, une hyperthyroïdienne.
- Mais qu'est-ce qu'il a, ce môme, il est obsédé sexuel ou quoi ?
Moi ?

Un peu plus tard encore, en cours préparatoire, je suis le premier à savoir lire et écrire. Mais je n'ai pas de pot : le maître, c'est mon père. Il s'occupe aussi du cours élémentaire.
Si je fais un quart de faute à la dictée, c'est le drame.
Si je suis premier, c'est normal. Si, par malheur, je ne suis que deuxième, ça tourne à la tragédie.
- Tu as fait trois quarts de faute !
(Quand je pense au nombre de fautes entières que la plupart des gens font...)

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