la lutte farouche C'est une oeuvre de jeunesse, ayant été écrite en 1944 quand Calvino avait 24 ans, bien différente des allégories et des contes surréels de sa maturité. Les souvenirs de ses propres expériences dans la résistance sont toujours frais.La toile de fond ce sont les conflits partisans-allemands en Ligurie en 1944. Mais ce n'est pas une histoire conventionnelle de la résistance, ni une évocation héroïque des partisans. C'est plutôt une perspective néo-réaliste, l'histoire vue d'en bas. Dans ce cas, tout est vu à travers les yeux d'un garçon de diz ou onze ans. Il n'y a donc pas de jugement moral, ni de distinction entre le bien et le mal, ni de perspective historique. Le garçon, Pin, est un enfant tout à fait sauvage, dont la mère morte est depuis longtemps, abandonné par son père et vivant avec sa soeur aînée, prostituée à la disposition des soldats allemands. La vie de Pin est une lutte farouche avec le monde adulte, qu'il veut pénétrer. Pour faire face à ce monde adulte, il déploie une intélligence maline et un sarcasme bien au delà de son age. L'action picaresque du roman commence avec le vol d'un pistolet allemand, qui pour Pin est un objet magique. La plus grande partie du roman traite de ses errances dans les montagnes avec une bande de partisans. L'évocation des partisans - toujours médiatisée à travers les yeux de Pin - n'a rien d'idéalisé. C'est sont pour la plupart des abrutis ou des fantaisistes. Plusieurs hésitent entre la résistance et les brigades fascistes. La lutte contre les allemands paraît tout à fait futile: la bande est toujour ailleurs quand c'est une question d'action armée contre les allemands. Le personnage de Pin fait penser inévitablement à certains autres enfants sauvages de la littérature, notamment au petit vouyou parisien Gavroche dans "Les Misérables" de Victor Hugo. Mais, tandis que Gavroche, doué d'une maturité précoce, domine un peu son environnement , Pin, pour sa part, reste l'enfant ingénu. Il ressent la solitude, le manque d'affection et l'incertitude. Il pleure, il hurle sa détresse. Le lieu des nids des araignées, évoqué dans le titre, reste le coin privilégié de son imagination d'enfant. En somme, une oeuvre frappante, surtout dans la narration où l'auteur maintient sa distance par la sobriété du langage. Une approche tout à fait existentielle à l'histoire, qui est vue d'en bas, à partir de petits faits concrets.
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