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Les Vestiges du jour
De Kazuo Ishiguro
Editeur : 10/18
Parution le : 5 Septembre 2002

Le vieux majordome Stevens a passé sa vie à servir les autres, métier dont il s’acquitte avec plaisir et fierté. C’est un homme qui se croit heureux. Jusqu’à ce voyage qu’il entreprend vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante du château, la femme qu’il aurait pu aimer s’il avait su ouvrir ses yeux et son coeur...

  • [Poche]

  • Commentaires Amazon

    2007-02-07Note : 5/5
    Le poids de la servitude
    Tout au long du voyage à travers cette Angleterre qu'il découvre, Mr. Stevens passe au crible ses souvenirs de Darlington Hall dans ses fonctions de majordome, ramenant le contexte au c?ur des années 30. Ainsi, petit à petit, il réalise qu'il a dévoué sa vie à un maître imparfait et bien moins défendable qu'il ne le pensait sur le moment. Puis surtout il prend plus ou moins conscience qu'il est probablement passé à côté de sa propre existence et peut-être aussi du bonheur. Il a porté son travail de majordome à de tels extrêmes de perfection qu'il a mis sous clé ses propres émotions.
    Pourtant, Miss Kenton (ancienne intendante) était bel et bien attirée par sa personnalité malgré son armature imperturbable. Vainement, elle a tenté à maintes reprises de le forcer à réagir pour finir par ne communiquer avec lui plus que par joutes ou par non-dits. Car l'extrême dévouement de Mr. Stevens a toujours eu raison de ses éventuelles émotions, étouffées au nom de la dignité de son travail, convaincu « qu'on peut s'estimer comblé que si l'on a donné son c?ur à son maître. » Dans ses sacro-saintes fonctions, il s'est toujours interdit d'intervenir dans sa vie et sur son destin.

    Et au cours de ce voyage, fouillant par la même occasion son passé, il finit par se sentir plus ou moins coupable d'avoir ainsi laissé échapper sa vie au profit d'une dignité assujettie à une forme de servitude. Pourtant, il n'en sera jamais à regretter la joie et la fierté d'avoir bien fait son travail. Ce qu'il paie bien cher.

    Ce livre est construit sur la base de deux histoires d'amour parallèles : une relation homme - femme impossible et une autre unissant aveuglément le domestique à son maître. Très vite le lecteur se laisse emporter par l'élégance de l'écriture tout en effleurements et en raffinement. Le style de l'auteur s'accorde à merveille à cet univers flegmatique emprunt de réserve et d'impassibilité.


    2006-10-16Note : 3/5
    une certaine Angleterre des années 50
    J'ai aimé ce livre pour la qualité de son écriture qui nous transporte dans les émotions retenues par les limites de la dignité de ce majordome méticuleux. Cette conversation intérieure que M. Stevens s'autorise nous fait découvrir une solitude surannée, un déclin britannique d'une certaine Angleterre des années 50, une Angleterre qui n'a pas résisté aux bouleversements précédant la Seconde Guerre Mondiale.

    2006-04-13Note : 5/5
    Comment rater sa vie avec dignité
    Mr Stevens fut longtemps l'obéissant majordome de Lord Darlington. Mais il fut surtout prisonnier d'un idéal, celui du parfait majordome. Stevens est froid, non par nature mais parce que selon lui un majordome doit faire preuve de dignité. Ce qui apparemment n'est guère compatible avec la chaleur humaine. Stevens est un majordome qui joue à être un majordome. Il y a quelque chose d'inhumain dans son comportement vis-à-vis de son père ou de Mlle Kenton : il place cet idéal au dessus de tout sans vraiment se rendre compte des conséquences. Et ceci à une époque où d'autres en Europe placent un autre idéal de perfection "über alles".

    Lord Darlington se pique de politique internationale. Entre les deux guerres il veut, par humanisme, venir en aide à une Allemagne en crise économique et identitaire. Trop angélique pour cette diplomatie sous-terraine il fait le jeu des nazis. Il est faible parce que trop humain. Il finit par décider de licencier deux servantes parce qu'elles sont juives. Mr Stevens exécute l'ordre de son employeur sans le remettre en cause, ce ne serait pas digne. Quelques années plus tard Lord Darlington regrettera, mollement.

    Lord Darlington cherche à faire le maximum avec le bout de pouvoir qu'il a, principalement mettre des gens en relation. Et cette grenouille qui essaie de se faire aussi grosse qu'un b?uf ne maîtrise pas la situation ni ces enjeux qui le dépassent. Stevens quant à lui se refuse à agir, il ne fait qu'obéir. Il aurait sans doute pu influencer son employeur (par exemple pour éviter le licenciement des servantes juives) mais ça ne serait pas digne. Alors il ne fait rien. Leurs vies sont vaguement ratées. Oh, ni l'un ni l'autre n'a fait quoi que ce soit de très grave, mais ils n'ont pas non plus accompli grand-chose. Stevens se refuse à vivre sa propre vie. Au grand désespoir de Mlle Kenton il ne vit que la vie de Lord Darlington. Les deux hommes visaient trop haut et n'obtiennent finalement rien. Stevens a raté sa vie, certes. Mais avec dignité.

    2005-12-09Note : 5/5
    Evénement!
    Il est de ces livres dont la lecture demeure plaisante, où l'histoire nous touche sans nous brusquer, où à la fin on n'en sort léger, satisfait, heureux d'avoir parcouru ces pages d'une finesse et d'une justesse infimes.

    Il est de ces romans comme celui-ci, où le style lié à l'histoire suscitent en nous une réflexion acerbe sur le dévouement, la satisfaction du travail bien fait, sur la vie, ... Plus exactement sur celle de ce Mr Stevens, et s'il n'avait pas fait ce qu'il a toujours considéré comme un acte de son rang, n'aurait-il pas connu un plus grand bonheur?

    Pour tous ceux qui ne l'ont pas encore lu, n'attendez plus!

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