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Love
De Toni Morrison
Editeur : 10 X 18
Parution le : 22 Mai 2008

Avec Love, son dernier roman, Toni Morrison travaille sur la mémoire et l’obsession. Nous y découvrons un groupe de personnages féminins littéralement captivés par un homme, décédé depuis vingt-cinq ans au moment où s’ouvre le roman, vers le milieu des années 1990.

Cet home, Bill Cosey, possédait jadis un hôtel pour Noirs fortunés, sur la côte est des USA. L’hôtel connut son heure de gloire au milieu du 20ème siècle ; tout ce que la communauté noire comptait d’artistes, de médecins, d’hommes d’affaire ou de femmes du monde venait s’y retrouver pour prendre du bon temps au bord de l’océan. Le mouvement pour les droits civiques et la déségrégation ont bouleversé cet univers présenté comme idyllique, si l’on oublie le caractère très exclusif de la politique commerciale mise en place par Bill Cosey, qui refusait l’accès à son établissement aux plus pauvres de sa communauté. L’hôtel a fini par fermer, et la demeure familiale est devenue le champ de bataille de deux femmes, Heed, la veuve de Cosey, et Christine, la petite-fille du maître des lieux. Ce sont d’anciennes « meilleures amies » d’enfance, mais leur amitié connut un tournant fatal lorsque Cosey, lui-même veuf, choisit de se remarier avec Heed, qui avait alors onze ans.

La différence d’âge entre cet homme, déjà grand-père, et cette petite-fille n’est pas le seul sujet de scandale. Heed vient par ailleurs d’une famille extrêmement pauvre et illettrée et elle a le plus grand mal du monde a tenir sa place dans un univers familial très critique. Heed et Christine deviennent peu à peu les meilleures ennemies du monde, surtout après la mort de Cosey, qui laisse derrière lui un testament fort ambigu. La lutte des deux femmes, pour savoir qui est l’« enfant chérie » à laquelle reviendra la fortune de Cosey, constitue un des moteurs du roman. Christine veut faire appel de la décision du juge, pendant que Heed, qui a recruté une jeune fille, une tête brûlée du nom de Junior, entend fabriquer avec elle un faux testament, qui serait plus indiscutable.

À la toute fin du roman, les deux femmes se retrouvent dans l’hôtel abandonné, dans des circonstances dramatiques, qui seules leur permettront de se parler enfin, de se retrouver et de comprendre que chacune n’a finalement plus que l’autre, avant le retournement final, dû à la voix narrative, venue d’outre-tombe, de L, une autre de ces femmes qui gravitaient autour de Bill Cosey.

Love, en apparence, ne semble pas s’attaquer à de grandes et tragiques questions, comme avait pu le faire Beloved. Il n’empêche que Toni Morrison nous plonge à la fois dans une réflexion sur l’histoire de la communauté afro-américaine qui est tout sauf conventionnelle, et dans un huis clos psychologique, qui lui permet une présentation extrêmement pénétrante des relations entre les femmes et l’homme, des relations des femmes entre elles, toujours en rivalité pour être l’élue de cet homme aux multiples facettes, qui sont autant de facettes imaginaires qu’elles ont elles-mêmes mises en place. De fait, Love est également bel et bien un roman qui parle d’amour, qui parle de l’amour.

  • [Poche]

  • Commentaires Amazon

    2004-09-15Note : 5/5
    Ne vous fiez pas au titre!
    Non, il ne s'agit pas d'un roman à l'eau rose. On tournerait d'ailleurs plutôt autour de la haine que de l'amour. C'est du moins ce que j'ai cru jusqu'aux dernières pages. Mais, la haine et l'amour sont indissociables.

    Toni Morrison dépeint très bien cette société noire, ses travers (elle ne les épargne pas) mais aussi ses difficultés, ses trahisons (celle de vouloir vivre comme les blancs). Derrière la façade du fastueux hôtel de Bill Cosey, on se rend compte petit à petit de l'horreur qui se cache. Des manipulationset des perversions adultes qui ont menés deux petites filles liées d'une amitié passionnelle à une haine destructrice.
    Les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, grâce à une intelligente construction, qui alterne les récits des différents personnages mais aussi grâce à des vérités cachées et de savants oublis. La situation de départ peut sembler claire : mais on se rend compte que les apparences sont réellement trompeuses. Et ce coup de théâtre final, aussi surprenant que convainquant, deux qualités pas si fréquentes.

    Toni Morrison m'a également épatée par son écriture, de toute beauté! Un bijou! Elle décrit avec brio des paysages, des couchers de soleil et surtout la maison où les deux amies/ennemies cohabitent et l'hôtel. On s'y croirait et un petit sentiment de tristesse m'a étreint en refermant le livre et en quittant l'univers créé par le prix nobel.

    2004-05-20Note : 4/5
    Le fantôme de l'amour
    Ce dernier roman de l'auteur de Beloved contient toujours les ingrédients classiques qui ont fait la renommée de l'écrivain: sa plume riche et puissante, la myriade de voix narratives, la topologie de l'enfermement.
    Paradise m'avait déçue et j'avais eu le sentiment d'une technique trop appuyée qui finalement nuisait à l'histoire.
    Ce n'est pas le cas pour Love qui offre un magnifique tableau de ces femmes qui errent dans une maison vide et se battent pour un territoire illusoire,dans une station balnéaire désaffectée, un peu à la manière des héroïnes du film Qu'est-il arrivé à Baby Jane.
    Leur histoire se recompose, pièce après pièce et le point que l'on croyait central, l'homme, le sultan du gynécée, Bill Colsey, se retrouve finalement, lui et les autres personnages masculins, relégué à la périphérie de cette prison pour femmes.
    L'amour n'est finalement pas celui d'un homme pour ses femmes, ni la passion obsessionnelle qu'il leur a transmise, mais l'amour entre deux femmes, Christine et Heed qui finissent par se rejoindre, au delà du drame.
    Un sublime voyage dont on sort assez chamboulé...

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