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Melchior et les innocents

Melchior et les innocents

Auteur :

Editeur : Pocket

Sélection Rue des Livres

Fontenay, quartier des Bas-Ormeaux. Les tours ont remplacé les pavillons décrépis, mais la misère est toujours là. La violence, les faits divers tristement banals, la banlieue qui s'embrase toutes les nuits : Jean-François Melchior, commissaire principal, voit sa ville sombrer peu à peu. Et c'est lui qui est chargé d'y faire régner un semblant d'ordre... En ce moment, un de ses collègues et amis se débat entre la vie et la mort. Pour découvrir son assaillant dans ces conditions, il faudrait avoir les nerfs sacrément solides. Et c'est d'abord contre lui-même que Melchior va devoir se battre pour mener son enquête la plus personnelle.

6,70 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
342 pages
ISBN : 978-2-2661-3898-7
Extrait

Lundi, 8 h 18

Un jour, on avait traité Melchior de sale flic. C'était dans une autre saison.
Ce jour-là, le commissaire avait failli perdre pied. Ses lèvres s'étaient mises à trembler malgré ses mâchoires rudement crispées. Une fulgurante mortifi­cation l'avait frappé en plein ventre... Pourtant, il devait bien s'y attendre ! Mais il s'était laissé attraper comme un gosse naïf giflé par surprise pour un méfait ignoré. La honte l'avait bouleversé.
Souvent, Melchior avait cherché à exorciser cette anecdote mesquine en la racontant autour de lui sur un ton dérisoire. Mais, même si les circonstances étaient idiotes et l'événement anodin, son désarroi secret res­tait cruel comme au premier jour.
Le commissaire y songeait encore, ce matin-là, devant sa fenêtre, tout en nouant une cravate dans un reflet de soleil projeté par la façade glacée de l'im­meuble d'en face. C'était un lundi.
Il y eut un grésillement, un grelottement avorté, puis le doigt qui avait dû hésiter sur la sonnette se mit à tapoter le bois de la porte.
- Entre ! cria Melchior. J'ai des problèmes de cravate ! T'as la clé, non ?
Dans l'ombre de la vitre, il toisa désespérément sa cravate noire à rayures grises, avant de tout arracher de son cou et de recommencer.
On fourailla dans la serrure, la porte s'ouvrit. L'ins­pecteur divisionnaire Chemineau inséra dans l'entre­bâillement un bec prudent, tandis que son oeil rond de gallinacé hésitait encore.
- Je ne suis pas seul ! prévint Chemineau. La jeune dame est avec nous...
Melchior se tourna vers l'entrée, penchant la tête de côté comme si un homme invisible le tirait violemment par l'extrémité de sa cravate, depuis l'autre coin de la pièce.
- Il se trouve qu'elle habite le quartier et ça l'ar­rangeait que je passe la prendre... Sa voiture est au garage, se justifia Chemineau.
- Entrez quand même !... Ferme cette porte ! Est-ce qu'on a le temps de se faire un café ici, puisqu'on n'a plus rendez-vous au Mi-chemin des pêcheurs ?
Melchior vit entrer, derrière l'inspecteur, une petite blonde d'une trentaine d'années aux joues rebondies que deux ailes de cheveux lisses arrondissaient encore. Le commissaire nota un béret de feutre rouge et un imperméable beige, des souliers bas à talons carrés. Coincée par les grosses joues, la bouche couleur de groseille paraissait petite et froissée comme un bonbon écrasé dans son papier.
- Je suis à vous tout de suite ! rassura-t-il.
Il fit un sourire, un signe de tête, et continua de s'emmêler les doigts dans sa cravate.
- Jef, vous n'avez pas d'autre cravate ? sembla reprocher Chemineau.
De la pointe du pied, le commissaire fit vaciller la porte de la penderie. Une troupe de cravates multico­lores et chamarrées comme des girls de music-hall se mit à frétiller sur le revers de la porte.
- Ma fille Vanessa m'offre une cravate à chaque fête des pères depuis une bonne vingtaine d'années... Elle dit que je suis le seul flic qui porte encore des cravates.
- Mais vous êtes le seul flic qui porte encore une cravate ! souligna l'inspecteur sur un ton de bouderie hors de propos.

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