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Allmen et les libellules

Allmen et les libellules

De Martin Suter

Editeur : Christian Bourgois Editeur
Parution le : 5 Mai 2011
ISBN : 978-2-2670-2173-8
EAN13 : 9782267021738
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Johann Friedrich von Allmen, élégant gentleman d'une quarantaine d'années, est issu d'une très riche famille suisse. Bel homme, raffiné, séducteur et collectionneur d'art, il a dilapidé avec imprudence les millions dont il avait hérité de son père. Au début du roman, il habite encore dans le somptueux immeuble qui appartenait à sa famille mais n'y est plus que le locataire de l'entreprise à laquelle il a été vendu.
Dilettante et relativement désoeuvré, il s'est attaché les services d'un marjordome guatémaltèque, Carlos, qui l'appelle Sir John et lui parle dans un espagnol du plus basique (ce qui produit des dialogues particulièrement désopilants). En plus des dettes, il s'est attiré les rancœurs de nombreuses personnes du fait de sa fâcheuse tendance à dérober, avec la plus grande habileté, les œuvres d'art de ses fréquentations. Sa situation financière s'étant détériorée à l'extrême, Allmen a dû vendre toutes les pièces précieuses qu'il avait acquises au receleur dont il était auparavant le principal client. Il s'est ensuite retiré dans une modeste maison de campagne en compagnie de Carlos.
La chance semble tourner lorsqu'il rencontre Jojo, une belle femme dans la fleur de l'âge. Après une nuit d'amour passionné, il découvre dans la magnifique demeure où elle l'avait entraîné, cinq coupes art déco à motif de libellules, chacune valant une petite fortune, chacune porteuse d'un secret. Il décide de s'en emparer sur le champ. Mais l'opération va prendre quelque temps car, comme pour ses précédents forfaits, Allmen multiplie ruses et précautions, pour le plus grand plaisir du lecteur qui suit ces rebondissements et péripéties particulièrement cocasses.
Déployant tout son talent de scénariste, Martin Suter mène l'histoire d'une main de maître. Les dialogues sont fulgurants, drôles, les descriptions rapides et d'une rare efficacité.


  • Traduit par Olivier Mannoni
  • Littérature étrangère

  • Prix conseillé : 17,25 € - Prix : 16,39 €

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    Le début

    Avec cette lumière grise, tout paraissait plat et inanimé. L’aube était immobile.

    Il faisait froid dans la bibliothèque en verre d’Allmen. Peut-être aurait-il dû allumer un feu. Mais sa dernière tentative, l’hiver précédent, avait si pitoyablement échoué qu’il s’en abstint. Il resta dans son fauteuil de lecture, sans lire, à frissonner. Cela aussi lui était égal.

    Les pieds du piano avaient laissé trois profondes empreintes. Même cette vision ne déclencha rien en lui. Rien, sinon une indifférence paralysante.

    Il ne savait pas combien de temps s’était écoulé depuis qu’il avait vu Carlos, en manteau et bonnet de laine, marcher vers la maison. Il l’avait entendu monter l’escalier à grands pas, puis le redescendre peu après. Carlos n’avait pas regardé à l’intérieur. N’ayant pas vu de lumière, il supposerait forcément qu’Allmen était au Viennois. Comme chaque matin à cette heure-là.

    Il vit alors Carlos qui s’activait dehors. Il portait sa tenue de travail, avec un autre bonnet de laine, plus ancien, et une veste d’ouvrier généreusement rembourrée.

    Allmen s’assoirait simplement ici et attendrait qu’il vienne préparer le déjeuner. Il irait le voir dans la cuisine et dirait :

    – Carlos ?

    Et Carlos répondrait :
    – ¿ Qué manda ?

    Alors il dirait :

    – Nous y sommes, j’ai besoin de las libélulas.

    Et au cas où il les sortirait, Allmen procéderait exactement comme dans son plan. Et dans le cas contraire ? Peu importait aussi.

    Il s’était certainement un peu endormi lorsqu’il entendit des bruits en provenance de la cuisine. Il faisait encore plus sombre. La neige tomberait d’un instant à l’autre.

    Allmen s’arracha à son fauteuil. Lorsqu’il passa devant l’endroit où l’arrière de la serre donnait sur un buisson épais et élevé, il eut l’impression que quelque chose y avait bougé.

    Les arbres du parc y étaient denses et sombres. Les troncs des grands sapins et des épicéas émergeaient d’un sous-bois presque impénétrable fait d’ifs et de fougères. Parfois, Allmen en voyait sortir ou disparaître l’un de ces renards citadins qui cherchaient leur pitance dans les

    jardins et sur les terrasses du quartier des villas.

    Il recula, s’adossa contre la paroi de verre et regarda l’emplacement en question. Un coup violent l’atteignit à la poitrine. En tombant, il entendit un « plop » sourd et ressentit une douleur à l’occiput.

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