Retour à Zanzibar
Retour à Zanzibar, c'est un road-movie inspiré et puissant, une course-poursuite aux accents rimbaldiens qui nous mène d'Ethiopie au Mont-Parnasse en passant par le Togo, les Abruzzes. C'est un récit de voyage d'une incroyable originalité parce que centré sur une enquête alchimique, et condensé d'imaginaire antique. Mais de quoi s'agit-il ? Une édition complète des oeuvres d'Arthur Rimbaud, une carte postale d'Arezzo avec la reproduction de la fresque de Piero della Franscesca représentant la reine de Saba, une boucle en argent, un pendentif en or, un billet de banque étranger, deux feuilles de papier pliées d'une certaine manière, etc. Voilà l'étrange kaléidoscope d'objets qu'a laissé derrière elle Noname, "l'esclave blanche" du poète Julius Applemayer, avant de disparaître. Il se lance aussitôt à sa poursuite à travers le monde. "Nomade pour Noname...". Et les indices semés par Noname jaillissent des lieux, en libérant leurs étranges pouvoirs alchimiques sur la psyché du poète. A Harar, en Ethiopie, il pénètre dans la maison des livres africains d'Arthur Rimbaud en présence d'une toute jeune fille à laquelle il se retrouve aussitôt malgré lui. Le rite qui se déroule dans une blancheur immaculée sonne, sans qu'il le sache, le début de son initiation... Mais qu'est-ce que cela peut donc signifier ? Le voilà attiré à Togoville, berceau du vaudou où il apprend l'existence d'une secte ancienne vénérant le Python. Entre deux hallucinations suscitées par la prise de drogue, il comprend brusquement que le Python représente le mouvement cyclique éternel, ondulant entre bien et mal, entre joie et souffrance, avant de finir par se mordre la queue pour clore le cercle des renaissances et des morts. Le mystère de l'initiation grandit encore : Applemayer rejoint l'expédition d'un savant allemand qui tente de pénétrer en vain le lieu secret - sur le lac de Ziway, dans la Rift Valley - où est conservée l'Arche de l'Alliance, emmenée par la reine de Sabba en Ethiopie à la mort du roi Salomon. L'aventure tourne court : le chercheur allemand est retrouvé massacré au bord de l'eau sans doute pour avoir osé convoiter la toute-puissance spirituelle. La quête d'Applemayer semble alors piétiner : il se retire chez lui à Pescara, dans les Abruzzes, sur le Mont Pinède, dans une villa à la Huysmans, tout en trompe-l'oeil et en transparence, mais l'inspiration poétique ne vient pas, il connaît des moments terribles et songe au suicide. Mais déjà une voix l'appelle... Exotique, envoûtante. Il faut repartir à la recherche de Noname. Mais qui est-elle à la fin, Noname : une femme, un serpent, une pythie ou l'irrésistible tentation qui réunit ces trois visages ? Noname fait penser à la muse qui se refuse, à l'inspiration, en éternel mouvement, qui demeure imprévisible, guettée à tout moment par la folie qui terrasse le génie redevenu simple mortel. Le cycle alchimique de Applemayer va bientôt connaître son heure d'or, son triomphe : insensiblement son voyage s'infléchit, dans un moment de grâce indicible, il se retourne vers Delphes comme un nouvel Orphée, là où "se dressait un sanctuaire, édifié par les Doriens, dont le monstre Python, qui fut tué par Apollon, était le gardien". Il gravit l'Olympe, il monte, monte dans la blancheur des violettes, et soudain surprend la vision pélagique, la mer de lumière : "Elle est retrouvée ! Quoi ? L'éternité". Il peut redescendre parmi les hommes et retrouver Noname qui l'attend telle Eurydice au sortir du labyrinthe et de la mort, sur la route enveloppée de poussières sur sa moto. Il a enfin ouvert les yeux, il a enfin la vision. Apparaît alors, comme vu du ciel, le sens de long voyage : au Nigredo, au noir de l'Afrique, répond l'or de l'aurige, vainqueur de la course de chars aux Jeux Pythiques.
