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Les derniers Indiens
De Marie-Hélène Lafon
Editeur : Buchet-Chastel
Parution le : 10 Janvier 2008
Sélection Rue des Livres

" Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l'on passait en voiture devant les panneaux d'information touristique du Parc régional des volcans d'Auvergne, on est les derniers Indiens. " Les Santoire, le frère et la sœur, sont la quatrième génération. Ils ne se sont pas mariés, n'ont pas eu d'enfants. En face de chez eux, de l'autre côté de la route, prolifère la tribu des voisins qui ont le goût de devenir. Sentinelles muettes, les Santoire happent les moindres faits et gestes. Et contemplent la vie des autres. Des vrais vivants.


Commentaires Amazon

2008-02-29Note : 5/5
les derniers indiens
le meilleur livre que j'ai lu depuis longtemps. Un livre à lire absolument mais on n'en ressortira pas indemme. L'écriture est magnifique, sans un mot de trop. Magnifique

2008-01-14Note : 3/5
Des fantômes autour, un univers âpre, et pourtant ...
« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l'on passait en voiture devant les panneaux d'information touristique du Parc régional des volcans d'Auvergne, on est les derniers Indiens. » Ils ne sont plus que deux, désormais, à vivre dans la maison familiale, Marie et son frère Jean. La mère est décédée, laissant un trou béant. Elle était tout, directive et intransigeante, menait le foyer à la baguette, et ne voyait que par Pierre, l'aîné. Ce dernier n'était pas du même moule, il aimait partir, vivre et menait une vie en dehors du cocon. Un jour, il est revenu et s'est éteint doucement, épuisé par la maladie.

La maison des Santoire est une demeure remplie de fantômes et de spectres, une maison de souvenirs qui écrasent et engloutissent les vivants. « Les morts étaient dans la maison, dans ses murs et dans son air, ils respiraient avec les vivants, à leur côté, ils avaient leurs aises, leurs usages, même les morts de peu de conséquence, comme le père. Tous habitaient, demeuraient, ceux que l'on avait connus et les autres, nombreux et patients, à leur place, sans acrimonie, et c'était simple de glisser avec eux d'une heure à l'autre chaque jour. On n'avait plus de tristesse comme on avait eu pour Pierre à en être déchirés de folie en attendant la suite, c'était derrière, la tristesse les larmes chaudes la peur. On restait, on, les deux, avec les choses formidables qui grouillaient silencieusement et proprement dans l'ombre des pièces fermées. »

Marie vit aujourd'hui dans l'attente de l'instant où les voisins d'en face, les Lavigne, viendront et prendront tout. C'étaient des incapables, selon la mère, des brutaux en agriculture, mais ils sont devenus « plus gros, plus visibles, plus enviables et plus enviés ». Toutefois, un malheur les a frappés avec le meurtre de l'Alice, la drôlette de la famille. Et ce crime est resté irrésolu.

Ce qui fascine le personnage de Marie intrigue le lecteur, bien forcé de suivre les pensées de cette femme, et de connaître son monde à travers son regard. Le milieu est reculé, agricole et rural. Le cadre familial est sec comme du bois ; la figure de la mère est omniprésente, omnisciente. Longtemps Marie s'est tue pour suivre les préceptes de celle-ci, maintenant elle se permet des entorses aux règles de la mère, elle agit à sa guise et commence même à nourrir quelques rancunes, en plus des regrets. « Marie comprenait que ses propres ruminations répondaient à celles de la mère, étaient du même sang, faisaient pendant, muettes, gratuites, incongrues. »

Marie-Hélène Lafon nous plonge une nouvelle fois dans une ambiance âpre, mais pas douloureuse, un peu inquiétante et sourde au progrès (et aux modes). Cette façon de raconter l'histoire est son empreinte, et cela ne cesse de me séduire à chaque fois !

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