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Les invités de maman : Une soirée à Ispahan
De Houshang Moradi Kermani
Editeur : L'Harmattan
Parution le : 6 Décembre 2007

Best-seller en Iran, ce livre, qui a déjà donné lieu à une série de télévision iranienne, met en scène une famille de la classe ouvrière, composée de quatre membres - le père, la mère, la fille et le fils -, qui vit dans un modeste logement habité également par plusieurs autres familles. Chacun participe étroitement à la vie des autres locataires, partageant leurs joies et leurs préoccupations. La famille en question s'apprête à recevoir un jeune couple. Cette visite donne lieu à toute une série d'incidents décrits avec un grand sens de l'observation et beaucoup d'humour. A partir de la description d'une situation locale bien précise, ce livre atteint à l'universel.


Commentaires Amazon

2008-04-27Note : 4/5
Les Iraniens tels qu'ils sont
Houchang Moradi Kermani, Les Invités de Maman. Une soirée à Ispahan,
traduit du persan (Iran) par Maribel Bahia, Paris, L'Harmattan, coll. Jeunesse, 2007


C'est le récit d'une journée qui passe comme un rêve, un rêve troublé par une suite de vrais faux drames que s'invente une femme angoissée, bouleversant ainsi la vie d'une famille de quatre personnes, et celle de leurs voisines omniprésentes. Angoisse pour que la maison soit bien tenue, que les enfants soient bien élevés, que le mari se tienne comme il faut devant le monde... et que le frigo soit garni. Parce que c'est surtout l'angoisse que les apparences soient préservées devant les invités. Ce qui compte, en effet, c'est que l'honneur soit sauf et qu'on ne perde pas la face, valeurs fondamentales d'une société où la dignité recouvre tout son sens.

Voilà le leitmotiv de cette nouvelle qui nous donne l'occasion inespérée de plonger dans l'intimité des gens simples et néanmoins fiers de l'Iran des années 80. Ceci se passe en pleine guerre Iran-Iraq, mais il n'est pas plus question de ce sujet ici, que de la théocratie, de l'ordre moral, du terrorisme ou du bellicisme, seuls thèmes ressassés en permanence par nos médias quand ils abordent ce pays, dont ils donnent une image paranoïaque. En revanche, on découvre un monde d'humanité, de finesse dans les comportements, de douceur et d'amour du prochain, autant d'attentions subtiles que le matérialisme et la modernité méprisent comme « salamaleks » et « politesses orientales » et éliminent inexorablement de leur champ culturel et affectif.

D'où le besoin nostalgique de pérenniser cet univers disparu corps et âme de nos sociétés « avancées » et qui s'estompe aussi à grands pas en Iran même, où il reste cependant encore cher au plus profond de l'âme la plus occidentalisée. D'où ce regard plein de tendresse amusée sur ce maniérisme désuet et charmant, et cette ironie à la Tchékhov du rire à travers les larmes. D'où le succès de Houchang Moradi Kermani, dont les oeuvres, centrées souvent sur le monde des enfants, sont très lues en Iran, et aussi pas mal traduites. Certaines, comme La Jarre (« Khomreh ») ont été portées à l'écran, d'autres comme celle-ci, Les Invités de Maman. Une soirée à Ispahan, ont été adaptées pour une série télévisée.

Sans tomber dans l'exotisme en employant des termes indigènes en « farsi » pour faire couleur locale ou pour montrer qu'elle connaît, ni sombrer par démagogie dans le registre populaire qu'on attend d'une famille d'ouvriers qui sont mis en scène, la traductrice a bien rendu le style simple, alerte et spontané du persan parlé de tous les jours qu'affectionne l'auteur. Merci donc à Mariel Bahia d'avoir permis au public francophone de connaître à son tour l'un des visages les plus atttachants de la société iranienne et de découvrir une plume qui compte dans la littérature de l'Iran contemporain.



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