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Les abeilles de monsieur Holmes

Les abeilles de monsieur Holmes

Auteur : Mitch Cullin

Editeur : Editions Naïve

Sélection Rue des Livres

Sussex, 1947. Sherlock Holmes vit retiré d'un monde dont les mutations et le tapage absurde lui échappent de plus en plus. Seuls le préoccupent à présent ses abeilles, l'écriture et le déclin de sa mémoire. Mais certains êtres cherchent encore auprès de lui des réponses essentielles sur la vie, l'amour ou les limites terriblement humaines de la raison, provoquant la résurgence d'émotions que Holmes avaient si longtemps enfouies, fissurant sa maîtrise légendaire... Dans ce portrait subtil et doux-amer d'une figure mythique, réflexion sur l'absence du père, le temps qui passe et les barrières intérieures que l'on s'impose, Mitch Cullin mène l'enquête, entrelaçant trois histoires, trois temps de la vie de Holmes, et porte sur le personnage un éclairage inédit et émouvant.

Traduction d'Hélène Collon

20,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
310 pages
ISBN : 978-2-3502-1097-1
Extrait

En rentrant de ses voyages à l'étranger, il réintégra sa ferme en pierre de taille par un après-midi d'été en laissant ses bagages devant la porte ; sa gouvernante viendrait les chercher. Puis il se retira dans la bibliothèque, où il s'installa tranquillement, heureux de se retrouver au milieu de ses livres, dans l'atmosphère familière du foyer. Il s'était absenté presque deux mois, qu'il avait passé à traverser l'Inde en train militaire avant de s'embarquer pour l'Australie sur un vaisseau de la marine royale débarquer enfin sur le rivage occupé du Japon d'après guerre. À l'aller et au retour il avait emprunté les mêmes itinéraires interminables, le plus souvent en compagnie de conscrits tapageurs dont peu reconnaissaient le très vieux monsieur qui dînait à côté d'eux, se déplaçait lentement, cherchait dans ses poches une allumette qu'il ne trouvait jamais et mâchouillait inlassablement un cigare jamaïcain qu'il n'allumait pas. C'était seulement dans les rares occasions où un officier mieux renseigné le présentait publiquement que les visages au teint rougeaud se tournaient vers lui, l'air stupéfait, car s'il se déplaçait à l'aide de deux cannes, le vieillard se tenait toujours bien droit et les années n'avaient nullement terni ses yeux gris au regard perçant ; ses cheveux, d'un blanc neigeux, longs et épais comme sa barbe, étaient peignés en arrière, à la mode d'Angleterre.
- Vrai ? C'est bien vous ? -J'ai cet honneur, en effet.
- Non ? Sherlock Holmes ? Je n'en crois pas mes oreilles.
- Ne vous en faites pas, c'est à peine si j'y crois moi-même. Mais enfin le périple s'achevait, encore qu'il eût du mal à s'en rappeler les détails. En fait, si elles l'avaient empli de contentement comme peut le faire un bon repas, a posteriori ces vacances lui paraissaient insondables, avec par-ci, par-là de brefs éclairs de mémoire qui se muaient en impressions vagues et retombaient invariablement dans l'oubli. Enfin... Il lui restait les pièces immuables de sa ferme, le rituel d'une vie bien ordonnée à la campagne, et la fiabilité de son rucher... Ces choses n'exigeaient pas de grandes capacités mémorielles ; elles s'étaient imprimées en lui au fil de ses années d'isolement. Et il y avait les abeilles : comme lui-même, le monde continuait à changer ; mais elles, elles demeuraient. Quand ses yeux se fermeraient, quand son souffle se ferait plus sonore, l'une d'entre elles l'accueillerait au seuil de sa demeure - une ouvrière se manifesterait dans ses pensées, constaterait qu'il était ailleurs, se poserait sur sa gorge et le piquerait.

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