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Chemins privés

Chemins privés

Auteur : François Boivin

Editeur : Deux Encres

À l'origine, un domaine viticole renommé. Un château dans un parc, parmi les vignes à flanc de coteaux du Layon. Trois générations d'une famille bourgeoise : d'un côté, les grands-parents paternels et une de leurs filles restée célibataire, de l'autre, les parents d'une fratrie de cinq. Tensions, obscurs blocages des échanges affectifs.
Le quatrième enfant - l'auteur -, atypique et déconsidéré, perçoit ces carences dès son plus jeune âge. Heureusement, il y a la nature, les animaux et la domesticité. C'est d'abord par là et avec eux qu'il éprouve le goût du bonheur et parvient à se construire, fort de sa singularité, une vie d'homme libre. Chemins tortueux et contrastés jusqu'à la maturité. Il devient un médecin apprécié et reconnu malgré une pratique hors sentiers battus, conforme au personnage. Tour à tour drôle, insolite, osée, parfois bouleversante, l'expédition, présentée sous forme de nouvelles, foisonne d'anecdotes et se révèle riche d'émotions de bout en bout.
Ode à la vie, magnifique message d'humanité, ce livre est une défense forte de tous les enfants «décevants».

François Boivin est médecin. Élève à l'école libre de Chavagnes-les-Eaux, puis pensionnaire deux ans chez un instituteur «efficace», il effectue ses études secondaires dans un collège religieux. Il fait sa médecine à Nantes. D'abord remplaçant dans les Mauges, il s'installe ensuite dans cette région comme généraliste accoucheur. Il finit sa carrière dans le Midi où il enrichit sa pratique de médecine chinoise et d'homéopathie et se consacre plus particulièrement aux patients touchés par le sida. C'est son premier livre.

22,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-3516-8051-3
Extrait

Babeth dans tous ses états

C'est de la mère Babeth dont il s'agit. Pour bien suivre, il faut en effet connaître les codes.
Il y avait aussi la petite Babeth qui était sa fille unique. Même quand elle fut adulte et mère de plusieurs enfants et bien qu'elle ait présenté une surcharge pondérale qui lui faisait voisiner le quintal, cette dernière est toujours restée, pour nous tous, la petite Babeth par opposition à la mère Babeth.
En ce qui concerne ma famille, il y avait aussi des codes très subtils. Les domestiques appelaient mes grands-parents, monsieur ou madame Boivin. Tandis que mes parents étaient nommés à partir du prénom de mon père : monsieur Jean ou madame Jean. Nous, les enfants, les domestiques nous appelaient par notre prénom et nous tutoyaient. Nous en faisions autant avec eux, ce qui marquait notre intimité réciproque d'autant que nous employions le diminutif, ici, Babeth; mais nos parents disaient Elisabeth, car il faut savoir garder la distance qui convient avec les gens de maison.
Oui, nous avions une grande familiarité avec eux. Je les ai personnellement souvent sentis plus proches de moi que mes propres parents; ils ne sont jamais très loin partout où il y a de l'émotion dans mon enfance.

«Elisabeth, elle est forte comme un cheval», disait ma mère.
En effet, elle ne passait pas inaperçue. D'assez grande taille, c'était une noiraude râblée et bien en chair, au cheveu abondant et crépu, dont la lèvre inférieure proéminente lui donnait l'air de faire la lippe, d'être fâchée. Mais sous le sourcil souvent froncé, derrière des lunettes antédiluviennes, se manifestaient de petits yeux noirs, malicieux, où l'humour était toujours là et déclenchait un rire facilement prêt à fuser.
Je pense qu'elle avait des origines négroïdes, ce qui lui donnait une accentuation des courbures proche de la caricature. Ma mère disait encore d'elle : «Elisabeth, elle a la tête à Chandernagor et le derrière à Pondichéry.»
Pour compléter cette description provisoire, il faut ajouter qu'elle était dotée d'une voix de stentor. Elle pouvait rameuter les vaches dont elle avait la responsabilité du haut de la coulée de prairies qui s'étirait en longueur jusqu'au niveau le plus bas de notre propriété où se trouvait le «douet».
La légende raconte qu'une des vaches s'appelant Victoire, à la fin de la guerre, au moment où l'Allemagne commençait à perdre pied, on entendit Babeth crier : «Victoire, Victoire» pour faire venir l'animal. Elle le fit, cette fois-là, avec une telle conviction que certains crurent la Victoire arrivée et se précipitèrent avec des drapeaux...

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