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Le zéro et l'infini
De Arthur Koestler
Editeur : Calmann-Lévy
Parution le : 13 Avril 2005

Moscou, 1937. Dans un régime communiste, l'individu est zéro, et le Parti, c'est l'infini. Roubachov le sait : apparatchik lui-même, il a épuré sans états d'âme. Le voilà happé à son tour par la machine à broyer, soumis à des interrogatoires et sommé de se prêter à la mise en scène macabre qui le fera avouer qu'il est un traître, un ennemi de la classe ouvrière. Va-t-il se renier quand il s'agit de son propre sort ? Va-t-il sacrifier sa dignité, son amour-propre, en plus de sa vie (dont il sait qu'elle se termine), pour la " plus grande gloire du Parti " ? Mais pourquoi ce parti, qu'il a tant aimé, qui a porté tant d'espoirs, a-t-il besoin de dévorer ainsi ses enfants ? La question taraude Roubachov, mais un peu tard... Dans ce roman majeur du XXe siècle, publié en 1940, Koestler illustre la logique issue de la révolution russe : l'individu est une notion bourgeoise qui doit être subordonnée, et au besoin sacrifiée, à la communauté. Il dépeint une société totalitaire totalement fermée sur elle-même, paranoïaque et ivre de sacrifices rituels qui, au lieu d'avancer vers " l'avenir radieux ", régresse vers des temps d'avant la civilisation.


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2008-03-07Note : 5/5
Lucide désillusion
Arthur Koestler décrit avec brio la prise de conscience d'un bolchévique plongé dans l'horreur du stalinisme.

Progressivement celui-ci ouvre les yeux sur l'horreur du communisme, sacrifice de ce que l'homme a de plus précieux, sa conscience, sa liberté sur l'autel de l'illusion de l'état, de la patrie, du groupe.

Finalement tout comme le capitalisme, à travers son culte de la compétition, du matérialisme nie l'Homme, le communisme à travers des procédés apparemment opposés sert la même fin. Il s'agit simplement des deux facettes d'une même pièce.

Arthur Koestler décrit le cynisme, les mensonges, la soif de pouvoir, la violence, l'asservissement et la manipulation au service des ambitions folles et jamais satisfaites d'une petite élite dénuée de conscience.

Le zéro et l'infini est un roman fort, juste et poignant dont vous ne regretterez certainement pas la lecture. 5 étoiles largement méritées pour cette oeuvre majeure.

2007-05-09Note : 5/5
L'ADIEU AUX ARMES
En 1953, le directeur d'une prison de Berlin-Est convoqua les prisonniers politiques-tous communistes fervents, tous épurés- pour leur annoncer la mort de Staline. Ces hommes en ressentirent un immense chagrin. La problématique du croyant/communiste est tout entière dans cete "aberration".
Arthur Koestler, militant des années 30, revenu des horreurs imposées au nom de l'Histoire triomphante (" Le parti se renforce en s'épurant" écrivait Lasalle à son beau-père, Karl Marx), du Parti d'avant-garde (Cronos dévorant ses enfants) et des errements historiques (en Allemagne avec le refus d'endiguer le péril nazi au prix d'un front commun avec la bourgeoisie et en Espagne avec la liquidation des autres groupes de gauche tel le POUM) nous décrit, à travers la trajectoire de Roubachov, vieux Bolchévique épurateur puis épuré (cf les grandes purges de la fin des années 30 et l'éxécution des compagnons de combat-Kamenev, Zinoviev....-) ce qui différencie la vie d'un point de vue communiste de la vie d'un point de vue humaniste. Affirmant la primauté de l'individu et de sa liberté (vieille lubie bourgeoise dirait l'autre) sur le collectif asservi à une vision grandiose du futur humain, Koestler fait son "aggiornamento" et nous offre , en prime, un très beau livre.
La grand illusion lyrique s'était estompée plus rapidement chez certains esprits lucides que chez d'autres. La preuve par le "Zéro et l'infini".

2007-04-07Note : 5/5
Le mécanisme impitoyable des purges staliniennes...
Qui mieux que Koestler pouvait écrire ce roman dur et impitoyable sur les réalités du marxismes et de l'appareil d'état communiste. Démontant, décortiquant le processus implacable du système soviétique, l'auteur, dans une spirale implacable, nous entraine dans les coulisses des purges initiées par un système déshumanisant, déshumanisé, le système stalinien...

2007-02-03Note : 5/5
Aussi une oeuvre littéraire
Rien que pour les dernières lignes décrivant la mort du personnage principal, comme une note d'espoir au bout de cet implacable et impitoyable piège de la dialectique léniniste qu'il a lui-même contribué à mettre en oeuvre, ce livre mérite d'être lu. Un chef d'oeuvre politique, historique mais également voire surtout littéraire.

2006-07-26Note : 4/5
Excellente confrontation avec le totalitarisme
Ecrit en 1938, "Le zéro et l'infini" traite des procès de Moscou. Au-delà de la souffrance physique des hommes et des femmes qu'il expose, c'est la perversité du système qui les a broyés que l'auteur met à jour. Qu'on se le figure : le bourreau risque sa tête tant que sa victime condamnée d'avance n'a pas livré des aveux que chacun sait forgés de toutes pièces. La situation impose donc une collaboration, mais encore faut-il avoir déjà défini un objectif commun. Pour la victime, ce ne saurait être d'éviter à son bourreau de rejoindre ses rangs, et pour le bourreau, ce ne saurait être d'épargner une victime dont il lui est interdit de disposer. L'objectif sera donc de servir le système, la victime en venant finalement à croire qu'il lui faut jouer le rôle de bouc-émissaire pour sauver le monde, et le bourreau lui laissant espérer que son sacrifice sera reconnu un jour. Le système démontre ainsi sa force : au-delà des hommes qu'il peut tuer, il est aussi au-delà des faits qu'il peut nier. En fait, il est fait de raison pure.

Tel est approximativement le processus brillament décrit par Arthur Koestler à travers l'histoire de Rouchabof, un vieux de la Révolution que celle-ci entreprend un jour de dévorer. L'oeuvre n'intéressera pas seulement les amateurs de littérature ; la finesse avec laquelle elle démonte le système aidera beaucoup tous ceux qui étudient le totalitarisme.


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