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Bambi Bar

Bambi Bar

Auteur :

Editeur : Minuit

Quand les gendarmes frappent chez Léon, à l'aube, ils prétendent enquêter sur la voiture qui a renversé une jeune fille à la sortie d'un dancing. Mais, très vite, leurs questions s'orientent sur les activités du Bambi Bar qui emploie cette jeune fille dans des conditions pour le moins louches et qui vient d'engager Léon pour réparer la chaudière.

9,95 €
Vendeur : Amazon
Parution :
90 pages
ISBN : 978-2-7073-2028-5
Les avis

La presse en parle

Bambi bar, récit sec et rigoureux de l'horreur banale

Yves Ravey a habitué ses lecteurs à ne pas faire de sentiments. Ce n'est pas dans cette direction qu'il les invite à regarder. Son réalisme est rigoureux, froid, impitoyable, presque maniaque. Cela se sent dans son écriture, dans sa phrase sèche et précise. Les actions s'enchaînent, les protagonistes tiennent leur rôle, agissent dans le cadre strict qui leur a été fixé.
Après l'intrigue un peu complexe et les lignes de fuites de L'Epave (éd. de Minuit, "Le Monde des livres" du 15 décembre 2006), Yves Ravey propose avec Bambi Bar une sorte de conte noir ou gris, ramassé sur lui-même, très simple, élémentaire même. Pas de fées cependant, nulle merveille, enchantement mort. La banalité la plus accablante a pris leur place, comme dimension probante du tragique.
Dans ce roman, la notion de ligne de fuite n'est pas métaphorique. Et il n'y a qu'une ligne : celle qui doit mener Léon Rebernak et sa jeune nièce, Caddie, hors des griffes d'une bande de souteneurs, jusqu'à Oplotnitz, leur village d'origine, à l'Est. Le Bambi Bar est un dancing-peep-show glauque, un établissement de prostitution qui monnaye les charmes de très jeunes pensionnaires. Parmi celles-ci Caddie, avec sa mère Monica dans le rôle du chaperon complaisant et intéressé. Offmann, son père - le frère de Rebernak donc – est mort là-bas, du désespoir d'avoir perdu sa femme et sa fille : elles avaient emprunté la même ligne de fuite, mais vers l'Ouest à l'époque, vers la vie facile, aisée... Maurice, le souteneur, profite de Monica, tandis que Valério, le patron du Bambi, préfère passer du bon temps avec les jeunes filles. Tout est dans l'ordre, le plus sordide.

Détermination sans violence
Yves Ravey s'attache à décrire l'obstination et la détermination sans violence du narrateur, qui s'est fixé une mission. Celle de tirer Caddie de cette situation dégradante et de la ramener là d'où elle n'aurait jamais dû partir. En souvenir de son frère, Rebernak se montre audacieux, habile et roublard. Il lui faut gagner la confiance de la jeune fille, déjà habituée à moins d'égards... Autour, les gendarmes veillent, enquêtent, soupçonnent l'étranger au comportement bizarre. Ils peuvent aussi bien agir pour la bonne cause que se faire les agents involontaires des malfrats.
Le roman d'Yves Ravey déroule ses épisodes avec une rigueur et une économie de moyens remarquables : personnages, situations, lieux et objets ont des contours stricts, mais ne sont jamais aplatis ou caricaturés. Prêtant sa voix au narrateur, l'auteur se fait discret, presque absent. Il n'interprète rien, ne dénonce pas, du moins explicitement, mais raconte seulement. Ce recul – que Ravey applique dans ses romans comme dans ses pièces de théâtre – donne au récit toute sa force, qui n'a nul besoin d'être lourdement démonstrative. Un pathétique froid et sans ambiguïté se révèle ainsi sous la plume de Ravey. D'autant plus éloquent qu'il ne bavarde jamais.

Patrick Kéchichian, Le Monde


Le neuvième roman d'Yves Ravey se présente sous les allures d’un mince volume, dans une rigoureuse économie de moyens. Unité de lieu : un appartement, un dancing et une rue entre les deux. Unité de temps : non pas les vingt-quatre heures d’une journée, mais plusieurs soirs consécutifs. Unité d’action : une intrigue commandée par un dessein auquel un narrateur consacre son énergie.
De cela résulte un récit magistral, tendu à l’extrême. Yves Ravey, en artiste de la forme brève, atteint ici à la perfection narrative. Apportant l’étincelante preuve que « l’art de raconter », dont un esprit chagrin nouvellement élu à l’Académie s’autorisait à dresser l’acte de décès, trouve dans notre époque son content de ressources nouvelles.
Deux gendarmes se présentent de grand matin au domicile d’un certain Rabernak, qui pense utile de produire son permis de séjour. Sa voiture stationne dans la cour de l’immeuble. Elle porte des plaques étrangères. On l’aurait aperçue quelques jours plus tôt, entre chien et loup, à l’occasion d’un accrochage sans gravité devant le Bambi Bar. Elle aurait légèrement heurté la bicyclette d’une pensionnaire de l’établissement qui s’en retournait chez elle. Rien, ou presque. A peine l’amorce de l’un de ces faits divers qui engendrent les romans noirs. Dans la chambre de Rabernak, une paire de jumelles fixée sur un pied est braquée sur les fenêtres d’un appartement de l’autre côté de la rue. La demoiselle du dancing justement y habite, avec une autre personne du sexe, plus avancée en âge. On peut y voir un homme régulièrement passer et recourir aux services de la plus mûre. De tout cela, Rabernak ne manque jamais une miette. On aurait cependant tort d’identifier en lui un vulgaire voyeur.
Car il s’agit de bien autre chose. Une impeccable mécanique narrative s’est mise ici en place. Les rouages d’une histoire, dont on ne subodore d’abord rien, ont commencé de s’ajuster.
Le récit d’Yves Ravey prend alors son essor.
L’incident devant le Bambi Bar, le permis de séjour, le présumé voyeurisme : tout progressivement s’emboîte et vient s’articuler dans le champ d’une plus vaste intrigue. Rabernak est en effet originaire d’un village de l’autre côté de la frontière. Comme les deux femmes qu’il observe. Dans son portefeuille, il tient serrée la photo d’un vieil homme. Une autre histoire surgit, sans commune portée avec la banale affaire de mœurs dans un quartier chaud vers laquelle tout semblait conduire : Rabernak n’était-il pas un client assidu du Bambi Bar, dans lequel il avait déjà beaucoup « investi » ? Sa fidélité lui a d’ailleurs permis de s’y faire tout nouvellement embaucher, alors qu’il émargeait dans une agence de travail temporaire. On a besoin d’un chauffagiste pour s’occuper de la chaudière. Un soir, on l’a autorisé à monter dans une chambre avec Caddie, la plus jeune des deux femmes. Il s’est seulement assis et lui a montré la photo. Les ennuis n’ont plus tardé à commencer pour lui.
Une fois encore, Yves Ravey organise la rencontre du petit et du grand, de l’anecdotique et du significatif.
Au creux d’un fait divers s’échafaude une lecture du monde. Si les deux femmes ont échoué au Bambi Bar, c’est qu’un réseau commandé par un certain Maurice les y a conduites. Impossible désormais pour elles de retourner dans leur village d’Oplotnitz. Le mari de la plus âgée, qui avait prétendu s’opposer à la loi des trafiquants et les faire revenir, gît maintenant là-bas, quelque part sous terre. On ne transgresse pas impunément la liberté de faire circuler des êtres humains de l’Est vers l’Ouest, dans un marché désormais ouvert. Yves Ravey continue ici à merveille l’art du retournement brechtien.
On comprend alors que l’accrochage du début devait être pris au sens propre, non pas comme un choc mais comme une façon de rattacher les deux bouts d’une même histoire. Que les jumelles étaient pareillement une façon non pas d’observer mais de rapprocher. Parce que ce Léon Rabernak, qui aujourd’hui raconte, a partie liée avec ces femmes, comme avec celui qui repose sous terre. Parce qu’il détient la mémoire d’une histoire que le brutal Maurice et ses semblables voudraient définitivement effacer. Le livre est de peu d’épaisseur.
Mais la fable est d’importance, assurément.

Jean-Claude Lebrun, L'Humanité


Le roman d’Yves Ravey, Bambi Bar, joue avec les apparences.

On peut considérer Bambi Bar comme un roman policier. Bambi Bar, c’est 81 pages non saturées de signes, trois lieux où se déroule l’action - un dancing faisant aussi peep-show (le dénommé Bambi Bar), un appartement dans l’immeuble d’en face et une gendarmerie –, presque aucune violence, pas de meurtre : une sorte d’épure. Que n’a-t-on écrit sur ce que devait être l’atmosphère d’un polar, et dont Bambi Bar semble fort éloigné. Pourtant, dès les premières pages du roman d’Yves Ravey, le narrateur, Léon, est interrogé par un adjudant et son collègue sur son emploi du temps et un éventuel accident qu’il aurait eu en voiture avec une jeune fille à bicyclette. Léon nie les faits qui lui sont imputés. Mais on sent confusément que là n’est pas l’essentiel, que les gendarmes n’y sont pas, qu’ils sont loin de la vérité.
Oui, on peut considérer Bambi Bar comme un roman policier, d’autant que Léon est tout de même un drôle d’individu. Ne s’installe-t-il pas à sa fenêtre avec des jumelles pour scruter les faits et gestes de la jeune Caddie et de sa mère, qui vivent dans un des appartements au-dessus du Bambi Bar, où elles sont employées pour leurs charmes ? Mais pourquoi Yves Ravey distille-t-il des éléments qui frottent dans la petite mécanique à suspense qui s’est mise en place ? Ainsi, cette information selon laquelle, habituellement, les gendarmes demandent à Léon de leur présenter son permis de séjour…
Finalement, Bambi Bar n’est peut-être pas un roman policier. Ou pas seulement. Dans ces quelques 80 pages se croisent des questions sociales brûlantes, comme l’exploitation des filles de l’Europe de l’Est par l’Ouest, et une tragédie familiale. C’est que l’économie de moyens dont fait preuve Yves Ravey n’est qu’apparente. C’était déjà le cas avec Le Drap (2002) ou L’Épave (2006), où les ellipses et l’implicite produisaient énormément de sens. Ici, l’auteur opère à la manière d’un cuisinier : il réduit sa matière pour en délivrer tout le suc. Bambi Bar est un plat pour gourmets.

Christophe Kantcheff, Politis

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