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Passeport à l'iranienne
De Nahal Tajadod
Editeur : Lattes
Parution le : 25 Avril 2007
Sélection Rue des Livres

Comment le renouvellement d’un passeport permet d’avoir un point de vue totalement différent et finalement drôle de la vraie vie à Téhéran aujourd’hui. Voilà ce que nous offre le récit de Nahal Tajadod à partir d’une histoire authentique qui lui est arrivée en avril 2005. Pour obtenir le précieux document toute la folie, la générosité, l’humour d’un peuple pourtant sous une lourde emprise politique, apparaît dans une galerie de portraits plus surréalistes les uns que les autres. Deux photographes spécialistes de portraits islamiques lui présentent un médecin légiste qui troque des organes… Des femmes en noir attendent assises dans la rue l’ouverture des administrations… une maquerelle qui veut envoyer des filles à Dubaï… une grand-mère qui offre une poule vivante à un militaire implacable… un chauffeur qui s’indigne que l’on refuse « la bombe » à l’Iran alors que les Indiens et les Pakistanais - qui pourtant ont la peau plus foncée - la possèden… un technicien qui cache une parabole TV dans une marmite d’offrandes religieuses... un autocuiseur qui mérite une bénédiction…
Une énumération qui a la fantaisie et la générosité désordonnée des souks orientaux où le rituel du târof – qui consiste à d’abord refuser tout paiement - est infiniment plus vivant et précieux que la loi du talion, ou Hâfez côtoie Balzac avec un même appétit de vivre.
Voilà l’Iran que nous fait découvrir Nahal Tajadod avec espièglerie et humour, et surtout avec l’immense tendresse d’une femme qui aime passionnément son pays et qui refuse l’image qu’on offre de lui.

  • Littérature étrangère
  • L'avis de Rue des livres

    Nahâl Tajadod doit rentrer en France, où elle vit depuis de nombreuses années, alors qu’elle est allée passer un mois en Iran, le pays où elle est née. Mais le renouvellement du passeport iranien n’est pas une mince affaire. Tout commence par la photo. Nous rencontrons deux photographes (c’est toute une histoire de faire une photo « acceptable » pour le gouvernement iranien !), qui vont nous orienter vers un médecin légiste qui a des relations, s’occuper des chaises et entamer une rivalité avec le technicien du cable, pour une histoire de café, entre autres péripéties. Tout au long de ce roman, l’auteure nous décrit avec beaucoup d’humour, de recul mais aussi une vraie tendresse, le quotidien des iraniens, à Téhéran de nos jours. C’est à s’arracher les cheveux et on se surprend à l’incrédulité, et pourtant, au final, ça fonctionne, là étant le plus incroyable. (Et aussi qu’elle parvienne à ne pas écouter la petite voix qui raisonne à l’occidentale chez elle) Il y a de très bons moments, par exemple : « Lorsque nous arrivons devant mon immeuble, le târof commence avec le chauffeur. - Combien je vous dois ? - Soyez, pour cette fois, notre invitée. J’ouvre mon portefeuille, j’en retire quelques billets. - Je vous remercie infiniment. Ca fait combien ? dis-je. Il prend un cahier, met ses lunettes et examine une série de tableaux pleins de chiffres. - Dix mille tomans, conclut-il » Ou encore : « Je me demande comment les livreurs et les visiteurs s’arrangent pour venir, tous ensemble, au moment où précisément Mohtaram est absente. Il faut leur offrir du thé et je n’ai jamais su, en ce qui concerne cette boisson, satisfaire le goût de chacun de mes invités. Certains prennent le thé dans des tasses, d’autres dans des petits verres kamar bârik, « taille fine ». Certains refusent leur thé s’il n’est pas servi dans de grands verres « à la turque » et s’il n’a pas longuement infusé. Quant à la couleur, elle doit être foncée pour certains, claire pour d’autres. Si par malheur on sert du thé clair à un partisan du thé foncé, il le repoussera en le comparant à âb-e zipo, à de la soupe. De la même façon, lorsqu’on offre du thé noir à un adepte du thé clair, il ne le touche pas mais déclare en détournant son regard : - Retire-moi ce breuvage d’opiomane. La variation des refus est à l’infini. Quel embarras si par mégarde, on sert du thé tiède noir, dans un kamar bârik, à un fidèle de thé brûlant qui ne le boit que s’il est de couleur claire et servi dans des grands verres « à la turque ». Que faire, alors ? » Mais l’accumulation de ces petits morceaux de vie manque de liant, produisant au bout d’un certain temps une lassitude, qui fait qu’on a besoin de passer à autre chose, avant de revenir prendre un petit bout de Kafka à l’iranienne. Après tout, qui a dit qu’on devait obligatoirement lire les romans d’une traite ? A la façon de chroniques, le style pêche moins, et on apprend beaucoup…
    cuné


    Commentaires Amazon

    2007-07-29Note : 2/5
    Attentes déçues
    J'ai acheté ce livre parce que j'avais envie de mieux comprendre l'Iran, après toutes ces images qu'on voit à la télé. Mais j'avoue que j'ai été déçu. Le titre, « Passeport à l'iranienne », était pourtant très alléchant. Il m'avait laissé penser que cet ouvrage me permettrait de voyager à travers l'Iran et de m'aider à mieux comprendre ce pays si complexe. Mais en fait, on se perd souvent dans les histoires personnelles de cette femme, issue d'un milieu élitiste et bourgeois du Nord de Téhéran. Je se demande, par exemple, ce que viennent faire les éternelles références à son mari (On a compris, c'est Jean-Claude Carrière, et alors ?). J'ai été aussi parfois choqué par la prétention de ses propos (surtout quand elle se vante d'avoir refilé une robe Tati à sa femme de ménage iranienne, laquelle y voit un luxueux cadeau de Paris).

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