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Les Figures
De Alexis Robert
Editeur : Corti
Parution le : 21 Août 2008

Au XVIIIème siècle, Étienne de Creyst, l'un des premiers médecins aliénistes, découvre chez les fous les multiples possibilités de l'humain. Il commencera à leur exemple une exploration confinant à la destruction de l'identité. Les "Figures" révèlent les territoires où il est surpris de se reconnaître, ceux du minéral, du végétal, celui de la bête avec laquelle il communie dans l'universel. Trente ans après, le Mémoire qu'il a rédigé est lu à sa nièce. La jeune femme traversera, de la même façon, les expériences ultimes où se croisent le crime et la sexualité...
Quatre lectures, comme autant de clés libératrices ou de cercles d'enfer.

Vos avis

Les figures.

« L’éloge de la folie. »

Robert Alexis nous embarque cette fois sur la « Nef des fous », la dérive est totale puisque nous abordons les asiles du tumulte du dix huitième siècle ces fiefs de la démence où nous suivrons sa narratrice sur la piste la plus mystérieuse qui soit où la conduit sa curiosité. Qu’est devenu son oncle Etienne de Creyst l’aliéniste ?
Comme l’écrivait d’Holbach : « pour chercher la vérité, il faut qu’elle nous intéresse. » Etienne de Creyst a découvert que « ce n’est qu’à l’aide de l’expérience que nous pouvons découvrir la vérité » (d’Holbach). Laisser les préjugés : la jeune femme n’hésite guère ! Pour parvenir jusqu'à cet homme, elle devra affronter tous les interdits, surmonter ses répulsions, se confronter aux pulsions les plus extrêmes, se mêler aux lunatiques, affronter les aliénistes, plonger au cœur du labyrinthe de la démence et des dérèglements. Tumultes en tous genres, perversions les plus extrêmes.
« Tout homme est devenu fou par sa propre sagesse », Erasme citait l’ecclésiaste. La sagesse ici explose en jouissances démultipliées. Heurts violents des âmes, des corps.
Si la philosophie est sous-jacente, le talent de l’auteur est tel qu’il possède ses lecteurs avec une audace étourdissante. Les sombres humeurs de la folie n’ont jamais été aussi fascinantes. Les plus abjectes laideurs atteignent ce que Rosenkranz n’hésitait pas à nommer « l’esthétisme du laid ». La beauté monstrueuse… l’âme descend dans les abîmes, tente de survivre dans un monde qui la rejette. Que reste-t-il aux lunatiques, sinon se glisser dans cet espace sublunaire réfuté par la philosophie platonicienne. L’âme est sans limitation… Fantasmatique et réalité fusionnent en une angoisse sans cesse culminante… les perceptions se modifient. La magie de la nature, du monde animal, végétal est ici grandiose et coupe le souffle !
211 pages de lecture… le lecteur en sort étourdi, hanté, obsédé par cette quête identitaire. Qui sommes-nous ? On peut se poser la question.
Le fil d'archal


Et voici Robert Alexis de retour avec « Les Figures ». En France au 18ème siècle, siècle des lumières dont il se sert pour éclairer ce qui n’est qu’obscurité dans la vie des hommes, des femmes. Tour à tour les Figures alternent. La descente en spirale s’accomplit au fur et à mesure des lectures proposées. Exploration du mental, du corps en proie aux frénésies de la folie, cette dénaturation, cette altération de l’être. Remise en cause de la folie ? Est-elle guérissable, ou faut-il la laisser accomplir la révolution intime qui ravage, détruit et qui parfois peut amener une reconstruction de l’être. C’est une danse au bord de l’abîme. Implacable ! La connaissance a un prix. L’exploration de l’inconscient a un prix. Se connaître ne serait-il dû qu’aux fruits dangereux de l’expérience d’une sexualité brutalisée. Briser toute limite.
Robert Alexis écrit avec une plume dure comme le diamant. Un scalpel. D’ailleurs les hommes dans ce roman, sont essentiellement des médecins, des chercheurs, à leurs risques et périls… Tout commence par un mystère, l’auteur confie à sa narratrice l’évocation de celui-ci… Narratrice qui se détourne très vite d’un fiancé trop sage, trop simple pour elle.
L’amour ne serait-il qu’aliéné aux tortures ? Pour ne pas dire conditionné à la torture : celle du corps ; l’âme rivée au corps est-elle prisonnière ?
Ici la sexualité est dominante, la femme est soumise de force, et forcée. Tribut de sa curiosité. « Barbe bleue » n’est pas loin. Celui revisité par le compositeur Bartok. La psychanalyse est sous-jacente. Elle éclosera plus tard sous la férule puritaine du 19éme siècle ; mais nous n’en sommes qu’à l’obscurantisme, à la peur de la Bête. Le Gévaudan… est là ! Le chaos des origines guère loin. Les mœurs sont imprégnées de violence, de terreur.
Robert Alexis ne donne guère de chance au frère de la narratrice, un jeune homme délicat (le frère d’âme du héros rencontré dans « La Robe » semble être là l’espace de quelques pages. Cette fois il meurt).
Dans l’assemblage de ces « Figures » il y a une descente aux enfers. Et l’auteur est un Diable endurci ont dirait, il mène sont récit avec peut-être moins d’émotion. La maîtrise est maîtresse en ce livre, et si c’est là, un jeu facile, les jeux du roman sont des plus terrifiants. Le médecin le plus humain est renvoyé à l’animalité. Oh ! Il faut découvrir cette aventure et n’en rien dévoiler… Splendide lyrisme, la nature inspire plus d’humanisme que l’humain semble-t-il ! Devenir, ou redevenir une bête ? Retrouver l’identité première ? Powys avait exploré cela dans « l’Apologie des sens » d’une manière plus contemplative avec le moi ichtyosaure et sa sensualité cosmique. Ici la violence se déchaîne, les instincts se libèrent les pulsions les plus extrêmes s’affrontent jusqu'à la perversité.
On ne peut être animal tout à fait, comme ont ne peut plus être humain quand ont a fait le saut dans l’humanimalité. Si cela est possible : à quel prix ! Ceci me semble être la pensée de l’auteur, mais il serait risqué de l’affirmer, l’auteur est l’explorateur qui dit : « - Explorez avec moi, et voyez par vous-même ensuite, l’expérience pour chacun ne peut donner les même fruits même si chaque être mûrit aux branches d’un même arbre. »
Sans doute l’auteur cherche t-il en habile faiseur philosophe, de quoi piquer la bête qui sommeille dans ses supposés lecteurs ou lectrices. La Bête est belle mais condamnée sous sa plume. Malédiction de la nature de l’homme qui refuse de voir le vrai visage de la bête. Trop « humaine » peut-être… pour apparaître belle à des regards déformés par un stéréotype sociétaire. Alors, ce que l’auteur dénonce est-ce l’intolérance de l’ensemble d’une société castratrice ?
« De tous les corps de la nature, celui qui agit le plus sur l’homme est l’homme. » écrit Mesmer dans son traité sur le magnétisme animal. Robert Alexis en fait dans « Les Figures » une démonstration hallucinante. Démiurge du verbe, il fait de l’inconfort un plaisir exquis distillé savamment, démultipliant délices et cruautés de la sexualité débridée de notre nature humaine !
Nouveau Vésale, il dissèque le corps, l’écorche jusqu'à l’âme. Il damne ses lecteurs, ses lectrices sans pitié aucune. Son phrasé hautain, méthodique fait froid dans le dos. Robert Alexis veut-il nous libérer, ou nous faire perdre la tête ? Nous aliéner à son talent de narrateur c’est certain. Soyons donc fous ou folles le temps de 211 pages. Il serait insensé de manquer cette exploration hors du commun. On en revient… mais attention… chaque page tournée est hantée de monstruosités. Les nôtres ?
« Les Figures » : un pittoresque et stupéfiant parcours !
Jacqueline



Commentaires Amazon

2008-08-28Note : 5/5
un pittoresque et stupéfiant parcours
Et voici Robert Alexis de retour avec « Les Figures ». En France au 18ème siècle, siècle des lumières dont il se sert pour éclairer ce qui n'est qu'obscurité dans la vie des hommes, des femmes. Tour à tour les Figures alternent. La descente en spirale s'accomplit au fur et à mesure des lectures proposées. Exploration du mental, du corps en proie aux frénésies de la folie, cette dénaturation, cette altération de l'être. Remise en cause de la folie ? Est-elle guérissable, ou faut-il la laisser accomplir la révolution intime qui ravage, détruit et qui parfois peut amener une reconstruction de l'être. C'est une danse au bord de l'abîme. Implacable ! La connaissance a un prix. L'exploration de l'inconscient a un prix. Se connaître ne serait-il dû qu'aux fruits dangereux de l'expérience d'une sexualité brutalisée. Briser toute limite.
Robert Alexis écrit avec une plume dure comme le diamant. Un scalpel. D'ailleurs les hommes dans ce roman, sont essentiellement des médecins, des chercheurs, à leurs risques et périls... Tout commence par un mystère, l'auteur confie à sa narratrice l'évocation de celui-ci... Narratrice qui se détourne très vite d'un fiancé trop sage, trop simple pour elle.
L'amour ne serait-il qu'aliéné aux tortures ? Pour ne pas dire conditionné à la torture : celle du corps ; l'âme rivée au corps est-elle prisonnière ?
Ici la sexualité est dominante, la femme est soumise de force, et forcée. Tribut de sa curiosité. « Barbe bleue » n'est pas loin. Celui revisité par le compositeur Bartok. La psychanalyse est sous-jacente. Elle éclosera plus tard sous la férule puritaine du 19éme siècle ; mais nous n'en sommes qu'à l'obscurantisme, à la peur de la Bête. Le Gévaudan... est là ! Le chaos des origines guère loin. Les maeurs sont imprégnées de violence, de terreur.
Robert Alexis ne donne guère de chance au frère de la narratrice, un jeune homme délicat (le frère d'âme du héros rencontré dans « La Robe » semble être là l'espace de quelques pages. Cette fois il meurt).
Dans l'assemblage de ces « Figures » il y a une descente aux enfers. Et l'auteur est un Diable endurci ont dirait, il mène sont récit avec peut-être moins d'émotion. La maîtrise est maîtresse en ce livre, et si c'est là, un jeu facile, les jeux du roman sont des plus terrifiants. Le médecin le plus humain est renvoyé à l'animalité. Oh ! Il faut découvrir cette aventure et n'en rien dévoiler... Splendide lyrisme, la nature inspire plus d'humanisme que l'humain semble-t-il ! Devenir, ou redevenir une bête ? Retrouver l'identité première ? Powys avait exploré cela dans « l'Apologie des sens » d'une manière plus contemplative avec le moi ichtyosaure et sa sensualité cosmique. Ici la violence se déchaîne, les instincts se libèrent les pulsions les plus extrêmes s'affrontent jusqu'à la perversité.
On ne peut être animal tout à fait, comme on ne peut plus être humain quand on a fait le saut dans l'humanimalité. Si cela est possible : à quel prix ! Ceci me semble être la pensée de l'auteur, mais il serait risqué de l'affirmer, l'auteur est l'explorateur qui dit : « - Explorez avec moi, et voyez par vous-même ensuite, l'expérience pour chacun ne peut donner les même fruits même si chaque être mûrit aux branches d'un même arbre. »
Sans doute l'auteur cherche t-il en habile faiseur philosophe, de quoi piquer la bête qui sommeille dans ses supposés lecteurs ou lectrices. La Bête est belle mais condamnée sous sa plume. Malédiction de la nature de l'homme qui refuse de voir le vrai visage de la bête. Trop « humaine » peut-être... pour apparaître belle à des regards déformés par un stéréotype sociétaire. Alors, ce que l'auteur dénonce est-ce l'intolérance de l'ensemble d'une société castratrice ?
« De tous les corps de la nature, celui qui agit le plus sur l'homme est l'homme. » écrit Mesmer dans son traité sur le magnétisme animal. Robert Alexis en fait dans « Les Figures » une démonstration hallucinante. Démiurge du verbe, il fait de l'inconfort un plaisir exquis distillé savamment, démultipliant délices et cruautés de la sexualité débridée de notre nature humaine !
Nouveau Vésale, il dissèque le corps, l'écorche jusqu'à l'âme. Il damne ses lecteurs, ses lectrices sans pitié aucune. Son phrasé hautain, méthodique fait froid dans le dos. Robert Alexis veut-il nous libérer, ou nous faire perdre la tête ? Nous aliéner à son talent de narrateur c'est certain. Soyons donc fous ou folles le temps de 211 pages. Il serait insensé de manquer cette exploration hors du commun. On en revient... mais attention... chaque page tournée est hantée de monstruosités. Les nôtres ?
« Les Figures » : un pittoresque et stupéfiant parcours !


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