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Alabama Song

Prix Goncourt 2007

Alabama Song

Auteur :

Editeur : Mercure de France

Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, "Belle du Sud", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister... Mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand "roman américain".

15,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
192 pages
ISBN : 978-2-7152-2645-6
Extrait

Le bal des soldats Soudain, notre ville endormie fut envahie de milliers de jeunes gens, des pauvres gars pour la plupart, arrachés à leur ferme, leur plantation, leur échoppe, venus de tous nos États du Sud tandis que leurs officiers frais émoulus de l'école militaire descendaient du Nord, des Grands Lacs et des prairies (jamais depuis la guerre civile on n'avait vu autant de yankees en ville, me dit maman).
Si jeunes, si vigoureux, les guerriers rieurs fondaient sur nous avec beaucoup de bruit et se déversaient par nos rues telles des nuées d'oiseaux en livrée bleue ou grise ou verte, certains huppés d'or ou d'argent, ocellés d'étoiles valeureuses et de barrettes multicolores - mais tous, les oiseaux du mess comme les oiseaux du rang, les sécessionnistes comme les abolitionnistes, unis enfin, sinon réconciliés, tous reprendraient la route bientôt pour une longue traversée de l'Océan vers la vieille Europe qui n'était pas encore celle de nos rêves mais le continent d'une angoisse inconnue, cet inconnu qui consisterait à mourir dans une guerre étrangère. S'ils avaient peur, ils ne le montraient pas. Les bals se multipliaient dans les rues, sur les terrains d'aviation qui entouraient la ville et dans les camps d'entraînement. (C'est une curiosité, oui, une chose unique, inexpliquée : aucune ville de la taille modeste de Montgomery ne comptait autant de terrains d'aviation.
Et c'est ainsi que notre ville ridicule fut choisie pour être la champignonnière des gosses qu'on allait livrer au combat - le Feu, disent-ils, l'Action.) Je les entends encore bruire avec fureur : ce fier vacarme de pas qui claquent, de voix braillardes et de verres entre­choqués, comme si vingt mille gars formaient un seul grand corps, un titan au pouls fiévreux où l'on pouvait entendre bouillonner l'adrénaline et une irrépressible montée de sève. C'était comme si l'imminence du danger et l'assurance d'autres chocs, d'autres fureurs, mortels ceux-là, rendaient ces hommes encore plus chahuteurs, enfantins et curieusement euphoriques.

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