Le goût de Tokyo
Le 13 septembre 1868, Edo prend le nom de Tôkyô, ou «capitale de l'Est». Le transfert de la capitale de Kyôto à Edo, et le changement d'Edo en Tôkyô marquent le début d'une longue période de profonds bouleversements urbains.
Double phénix, ville détruite deux fois (en 1923, par le grand tremblement de terre du Kantô, et en 1945 par les bombardements), et deux fois renaissant de ses cendres, Tôkyô prolifère au gré d'un «urbanisme par pièces». Elle progresse par touches, par îlots, par plis et par reprises. Sans plan d'ensemble, sans projet globalisant.
Tôkyô impressionne moins par son gigantisme que par la nature même des processus qui y sont en jeu, et les nouvelles catégories d'action mentale qu'elle permet de susciter. Polycentrique, piquante et poignante, toute en revers et en bifurcations, c'est une espèce d'espace où, comme le dit Abe Kôbô : «Même si vous vous fourvoyez, vous ne pouvez pas faire fausse route.»
Ville-embuscade, ville-surprise, entre l'embarras et l'étonnement : vous y trouverez ce que vous cherchez et, plus sûrement encore, ce que vous n'y cherchiez pas.
