 Cliquez pour agrandir | Mon ange De Guillermo Rosales Editeur : Actes Sud Parution le : 9 Septembre 2002
William Figueras est un écrivain cubain de trente-huit ans qui a fui un régime carcéral. Cet exilé total, comme il se définit lui-même, (et non exilé politique) est supposé apprendre à survivre à une trahison qui l'est tout autant : un régime révolutionnaire qu'il faut brûler après l'avoir adoré et ce nouveau monde qui attend une reddition sans condition à la sphère étriquée des triomphateurs - les parvenus cubains aux dents saines et aux ongles soignés qui exhibent leurs lourdes chaînes en or au volant de Cabriolet grand sport à travers les larges avenues de Miami Beach.
L'estimant inapte à jouir de sa liberté, la famille de cet être maigre, craintif et paranoïaque l'interne dans un boarding Home, asile privé où l'on se débarrasse à loisir de toutes sortes de déchets humains (vieillards, impotents, fous). L'institution fonctionne en vase clos, véritable microcosme tant du régime castriste que de nos sociétés "libérales". Elle a ses bourreaux, ses victimes et ses témoins : un gérant sans scrupule, un personnel brutal et servile et sa table des intouchables où viennent prendre place une décatie édentée, le vieux borgne qui exhibe son pénis fripé, ou encore ce dément qui crie sans cesse "je veux mourir°. Au coeur de cet enfer d'urine, de sueur, de chairs flasques et de désespérance surgit un jour une fleur. Une jeune femme vulnérable qui lui demande la mort et l'appelle "mon ange". Il lui donne l'amour et entrevoit une possibilité de rédemption. Mais aucune échappatoire n'est à la mesure de sa folie de vivre ; les grilles se referment sur lui et en lui, seul dans cet univers hallucinant où l'on ne peut que souffrir et faire souffrir. C'est ici qu'il faudra vivre, et pour toujours.
Insulaires ou exilés, les Cubains des deux bords ont tenté d'instrumentaliser ce roman pour le réduire à un règlement de comptes. S'il l'est, c'est avec des instances supérieures. Dans une langue concise, crue, sans message d'espérance ni pitié pour personne, Guillermo Rosales nous oblige à regarder sans ciller la brutalité du monde, taillant au scalpel les viscères nauséabonds d'êtres qui ne sont que souffrance. Métaphysique du renoncement, métaphore de la condition humaine, ce livre testamentaire est un diamant pur qui éclaire notre part d'humanité. |