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Fiche livre | | |
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 Cliquez pour agrandir | Numéro six De Véronique Olmi Editeur : Actes Sud Parution le : 15 Août 2004
Alors que son père est aujourd'hui un très vieux monsieur, Fanny revisite le passé. Elle parcourt son enfance dorée au coeur d'une famille nombreuse où son identité se limitait souvent à un numéro, où sa fascination pour son père fut totale mais toujours inavouée.
Monsieur Delbast était médecin, catholique, respecté. Il était aussi de ceux qui ont fait la guerre, la première, et pour Fanny, qui, adulte, récupère ses lettres envoyées du front, c'est encore l'occasion de réinventer ce demi-dieu.
Pourtant, au-delà de son regard d'enfant, au-delà de la mythologie familiale, ce père fut bien autre chose. Mais la "numéro six", celle dont on confondait le prénom avec celui des aînées, celle qui jamais n'a surpris, qui jamais n'a su inspirer la fierté, celle-là même qui n'a aujourd'hui qu'une enfant sans père. se retrouve enfin face au vieillard et, dans un éternel besoin d'amour, exige son regard.
Après Bord de mer, Véronique Olmi aborde de nouveau le thème de l'amour filial avec une acuité et une sensibilité remarquables. Ce père, cet enfant du siècle tant aimé, cet aimable notable si banal, est pour la petite dernière solitaire une véritable icône, un mythe, un éternel absent qui va pourtant, avec le temps. lui revenir enfin.
Mais à travers la figure du père c'est aussi de la bourgeoisie qu'il est question ici, de l'étau, de l'insidieuse violence que ce monde bien-pensant est capable de poser sur les sentiments, sur le sensible et sur le pur amour d'une enfant. | Littérature
Commentaires Amazon| 2008-03-03 | Note : 4/5 | Besoin d'amour C'est un roman très court, mais le style illumine totalement son lecteur. Véronique Olmi écrit avec limpidité et luminosité. Une histoire simple, celle d'une petite dernière trop effacée pour s'affirmer, dont l'arrivée est trop subie pour lui permettre d'exister, de devenir autre chose que la « numéro six ». Celle d'une enfant devenue femme mais qui n'a pas su s'extirper de l'enfance, qui vit dans l'ombre d'un amour paternel trop distrait, trop lointain. Une femme qui essaye encore, à 50 ans, d'être la petite fille de son papa.
Fanny reporte sur son père son besoin éperdu d'amour et de reconnaissance, elle transforme son besoin impérieux d'exister à ses yeux en amour aveugle, avide et possessif.
A force d'être si peu aimée, ou si mal aimé par une famille chez qui les sentiments ne s'affichent pas, ne se disent pas, ne se partagent pas, l'amour de Fanny pour son père se transforme en idéalisation, en déification (« J'étais jalouse de maman. Pas seulement de vos voyages. De votre quotidien aussi. Vos discussions le soir que j'entendais de l'autre coté de la cloison, quand j'étais couchée. J'étais jalouse de tout ce que vous aviez à vous dire, et de vos rires. J'étais jalouse de ce vin que tu goûtais pour elle, de cette tasse de café que tu lui tendais, de ces fleurs qui tu lui offrais, de cette façon que tu avais de lui toucher la main quand tu lui parlais, de la malice joyeuse avec laquelle tu te moquais d'elle devant tout le monde, comme si elle était incroyable, unique, le personnage principal, l'héroïne de ta vie. Ta femme. »).
Avec le temps elle ouvre les yeux sur ce père fantasmé qui n'en a pas moins été un homme. Un poilu, un père, un médecin respecté, un colonialiste réactionnaire. Elle parle et raconte cette famille catholique bien-pensante, les silences et les maux qui se taisent, qui étouffent, qui asphyxient ; tout plutôt que de déroger à la sacro sainte bienséance... Elle y aura sacrifié sa vie de femme. Fait un enfant, mais sans donner à celui-ci la chance d'avoir un père. Victime consentante et lucide, vouée à aimer un homme qui ne fut pas le sien.
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