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Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary
De Philippe Doumenc
Editeur : Actes Sud
Parution le : 15 Mai 2007
Sélection Rue des Livres

"Assassinée, pas suicidée." Si Mme Bovary a bien chuchoté cela sur son lit d'agonie, tout est changé et une enquête s'impose – que deux policiers vont mener avec une efficacité redoutable...

Vos avis

Transformer un monument de la littérature classique en intrigue policière est vraiment très audacieux. Là où Flaubert fut bridé par la censure, Doumenc développe les hypothèses, faisant d'Emma Bovary non plus une femme suicidée mais une femme assassinée. Et là où le maître décrivait si admirablement les horizons médiocres, l'ennui, les amours illusoires, Doumenc, aussi habilement, y ajoute la vénalité et la concupiscence. Point commun entre les deux auteurs: un très beau portrait de femme victime de la bassesse et de la stupidité des hommes.
malaura


Extrait

Yonville-l’Abbaye (Normandie, France),
24 mars 1846.

Après cette folle journée de la veille passée à courir dans la neige et la boue, après ces supplications vaines, ces menaces, ces refus grossiers auxquels elle s’était heurtée, elle avait enfin compris qu’elle était vaincue ; alors elle était rentrée, elle s’était à demi dévêtue, elle s’était couchée ; elle avait même dormi un peu. Se réveillant, elle avait eu la surprise de retrouver intactes la sérénité de la chambre, la douceur protectrice du lit, le tic-tac apaisant de la pendule ; puis, presque immédiatement, elle avait commencé à sentir monter en elle ce goût âcre qui envahissait sa bouche, cette amertume infinie, ces sueurs froides, ces vapeurs inexorables qui tôt ou tard atteindraient la tête.
Par bonheur elle ne souffrait pas encore. Dans une sorte de nuage, elle se revoyait enfant, avec son père, ce gros fermier inculte et veuf qui, parce qu’il avait du bien, l’avait envoyée aux écoles. Puis le couvent des sœurs où elle avait été éduquée, comme elle y avait été choyée et aimée, n’était-ce pas là au fond qu’elle avait été la plus heureuse ? Ensuite son mariage avec ce gros garçon qui, même quand il portait son habit de tous les jours, avait l’air endimanché. La noce serpentant au travers de la campagne avec le violoneux en tête, la façon dont le soir il avait, pour la dévêtir, posé sur elle ses gros doigts de mari désormais propriétaire, le boc d’occasion, cette minable voiturette à cheval dont, croyant lui faire plaisir, il lui avait fait cadeau, sa façon de manger sa soupe en lapant interminablement chaque cuillerée ou de se curer les ongles avec son canif après le dessert, soupirant ensuite auprès de son feu jusqu’au moment d’aller se coucher ; enfin ses manières de mari à la fois comblé et trompé, son aveuglement pathétique, son inconscience, et surtout sa bonté, sa bonté si incommensurable qu’elle en était venue à ne plus pouvoir la supporter !
Elle revoyait son arrivée avec lui dans la petite
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2007-09-03Note : 4/5
replonger dans l'univers flaubertien !
Yonville l'Abbaye (Normandie, France), le 24 mars 1846 à deux heures de l'après-midi, Emma Bovary, 25 ans environ, décède par empoisonnement à l'arsenic. Aux deux médecins appelés à son chevet, le docteur Canivet et le professeur Larivière, elle a le temps de dire : « assassinée, pas suicidée ». Et comme chacun sait (nous dit le roman), en une seule prise, l'arsenic n'est presque jamais mortel. De plus, elle a des traces d'ecchymoses ici et là. Le commissaire Delévoye et son jeune assistant Remi, dépêchés de Rouen, vont mener l'enquête. Et l'on retrouve ainsi tous les personnages du roman de Flaubert, une belle flopée de suspects !
Tout le talent de Philippe Doumenc est d'avoir su retrouver cette écriture flaubertienne, un style fidèle et délicieux. Le lire est un régal ! Certes il prend quelques fantaisies libertines, attribuant notamment à Homais une fille de 16 ans quelque peu aguicheuse, il replace dans le contexte le jeune Flaubert, tout cela est très plaisant ! A lire donc comme un excellent exercice de style, qui ne vous donnera qu'une envie, relire Madame Bovary !

2007-07-12Note : 5/5
Excellent !
Un tour de force de reconstituer l'histoire d'Emma Bovary dans un style parfaitement flaubertien, dans ce roman nous retrouvons avec délectation tous les personnages de "Madame Bovary" avec à la clef Flaubert, lui-même, et quelques clins d'oeil sur sa biographie.
Ouvrage extraordinaire où l'intrigue est parfaitement menée ; il ne vous tombe pas des mains tellement il est intéressant et bien écrit.
BRAVO et MERCI !

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