Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Le désert de la grâce

Le désert de la grâce

Auteur :

Editeur : Actes Sud

Avec une très grande probité historique dans la fiction, le roman de Claude Pujade-Renaud fait revivre un lieu mythique de foi et de résistance au pouvoir temporel : Port-Royal-des Champs.

Janvier 1712. Alors qu’il chasse avec un ami dans les environs de Chevreuse, le médecin Claude Dodart est témoin d’un macabre spectacle. Sous escorte armée, des hommes de peine éventrent le cimetière de l’abbaye de Port-Royal-des Champs, entassent débris, charognes et ossements sur des charrettes qui prennent le chemin de la fosse commune de Saint-Lambert. Le roi Louis XIV (et l’opiniâtre ennemie de Port-Royal, Mme de Maintenon), ont donc permis que soit pourchassé jusque dans la mort un ordre injustement accusé de jansénisme. Claude Dodart relate ce sinistre épisode à Françoise de Joncoux. Surnommée “l’invisible”, elle est au centre de ces quelques amis de Port-Royal qui tentent de maintenir un lien épistolaire et spirituel entre les moniales dispersées ou exilées, de porter secours aux prisonniers et embastillés — prêtres ou laïcs qui, comme les plus célèbres Solitaires de Port-Royal (Blaise Pascal, Isaac Le Maistre de Sacy) ont adopté un mode de vie à l’écart du Siècle, opposant l’inviolabilité des consciences au pouvoir ecclésiastique et au dogme de l’infaillibilité papale, et se vouant à l’éducation, la traduction, l’écriture. Cette œuvre-là, Françoise de Joncoux s’emploie à la déchiffrer, recopier, préserver. Par delà cent ans de persécutions, elle ravive la flamme tenace de la transmission. Parmi ses proches : Claude Dodart dont le père lui-même fut médecin de l’abbaye. Et Marie-Catherine Racine, ancienne postulante, que son père força à quitter Port-Royal. Mais pourquoi Jean Racine, élevé par les Solitaires, devenu dramaturge puis homme de Cour et historiographe du roi, se fit-il inhumer à Port Royal ? Et que contient le fameux manuscrit qu’il aurait consacré, dit-on, à l’histoire de l’abbaye ? Toutes ces contradictions la hantent.

Œuvre de restauration de la mémoire et de l’esprit du lieu, le Désert de la grâce s’apparente en cela au roman historique, car sa documentation est d’une rigueur parfaite. L’auteur se garde bien d’en déduire une hasardeuse romance, ou d’en dramatiser les épisodes. Claude Pujade-Renaud met en effet en jeu une attentive probité de la fiction. Elle suit sur près de dix ans la quête de ses personnages, accompagne particulièrement Claude Dodart, Françoise de Joncoux, et surtout le cheminement de Marie-Catherine Racine qui, par delà l’introuvable Abrégé de l’histoire de Port-Royal de son père, tente de clarifier sa relation avec le disparu. Port-Royal, c’est aussi un étonnant entrelacs d’histoires familiales, l’aventure de tout un clan dont les femmes sont les principales figures. Pour en rendre compte et ainsi embrasser tout un siècle, Claude Pujade Renaud reprend le dispositif de son précédent roman historique, La Nuit la neige : l’axe principal du récit est étoffé par de nombreux chapitres où celles qui ont “fait” Port-Royal, (ou qui l’ont fréquenté de quelque façon, directement ou indirectement) prennent de façon diachronique la parole et apportent leur contribution à la réédification symbolique de l’abbaye dont la beauté les habite.

Evoquer Port-Royal, c’est croiser et parfois mettre en opposition des thèmes essentiels : religion, conscience, carrière, pouvoir temporel ou spirituel, chasteté, clôture, maternité, communauté, famille, solitude, philosophie, foi, écriture, oubli, transmission… De ce lieu de grâce, les persécutions ont voulu faire un désert. Mais elles en ont scellé par la destruction l’intangible magie. Le roman de Claude Pujade-Renaud en témoigne. Il offre à Port-Royal un mémorial aux dimensions de son mythe. Et devance peut-être sa reviviscence.

20,10 €
Vendeur : Amazon
Parution :
280 pages
ISBN : 978-2-7427-6903-2
Donnez votre avis